Suivez Nous

ANGÉLIQUE KIDJO SUR RFI : Elle met en garde Robert Mugabe et les Chefs d’Etat africains.

Atse Ncho De Brignan | | Evènements

-

Angélique Kidjo ne sait pas que chanter. Elle sait aussi donner son avis sur les problèmes politiques qui minent son très cher continent. Invitée de la Radio Française Internationale le 27 juin dernier, l’Ambassadrice de bienfaisance de l’UNICEF et lauréate du Grammy Awards du meilleur album de musique contemporaine 2008 avec son album « Djin Djin » s’est prononcée sur le processus électoral au Zimbabwé et les grands axes de processus de Paix et de Démocratie en Afrique en répondant aux questions de Christophe Boisbouvier.

RFI : Angélique Kidjo, bonjour !
Angélique Kidjo : Bonjour !
RFI : Comment réagissez-vous à ce qui se passe au Zimbabwe aujourd’hui ?
AK : Je suis triste. Je suis triste et en même temps je suis optimiste parce qu’on ne peut pas tirer trop longtemps sur la corde car elle finira par se casser. Et monsieur Mugabe doit permettre à la démocratie d’exister. Il fait de la résistance pour l’instant, mais il arrivera bien un moment où il va falloir qu’il lâche du lest. Moi, ce que j’aimerais bien de la part des dirigeants des autres pays africains, c’est qu’il n’y ait pas de caution de leur part par rapport à ce qui se passe. Et que, quand il ya un leader dans un pays africain, qui prend sa population en otage et qui plus est flou en ce qui, on ne sait pas, dans ce qui est de la politique de l’ingérence du pays, qu’on se tienne les mains. Il faut soutenir les mains dans les processus de Paix et de démocratie.
RFI : Quand vous entendez Robert Mugabe accuser son opposant Morgan Tsvangirai d’être une marionnette des Blancs ?
AK : Lorsqu’on est pro Africain et qu’on est en train de travailler pour une population africaine, on ne la prend pas en otage. On ne la torture pas, on ne l’assassine pas. Donc, moi, ce discours-là ne m’intéresse pas. Ce discours que j’ai envie d’entendre de Monsieur Mugabe, c’est qu’il dise : « Ok, d’accord ! Revenons à un processus de vote clair avec des observateurs de l’extérieur » ; être un homme, être courageux. Etre un Chef d’Etat digne de ce nom, c’est d’avoir les reins solides pour dire : « je suis un homme, je me tiens debout. On va avoir un vote clair ». Au jour d’aujourd’hui, Monsieur Mugabe sait très bien qu’il ne peut pas faire ça, parce qu’il n’a pas la majorité dans son pays et qu’il est obligé de rester au pouvoir. Il est obligé de passer par la dictature.
RFI : Alors, c’est vrai qu’il n’est plus populaire dans son propre pays, mais apparemment, son discours contre la Grande-Bretagne ou contre l’Occident, etc.…passe encore dans un certain nombre de pays africains. Est-ce qu’il est toujours aussi populaire en Afrique de l’Ouest, par exemple ?
AK : Moi, je ne pense pas qu’il soit populaire en Afrique de l’Ouest. Moi, j’étais au Benin fin mai-début juin, personne n’en parle. Et c’est justement ce silence que moi je trouve dommage dans tous les pays d’Afrique d’ailleurs. Il n’y a pas de prises de position claires, parce qu’on se dit qu’on se retrouvera tous au cours d’une réunion de l’Unité Africaine et on va se faire taper sur les doigts. Ce n’est pas un groupe d’enfants qui jouent. Ce n’est pas un groupe de leaders de pays d’Afrique qui se tapent dans le dos. Il faut que les populations africaines soient préservées au détriment de la soif de pouvoir des uns et des autres.
RFI : Alors les Chefs d’Etat africains se retrouvent lundi prochain à Sharm El Sheikh, en Egypte pour un nouveau sommet de l’Union africaine, qu’est-ce que vous en attendez ?
AK : J’espère que cette fois-ci le discours de Monsieur Mandela va résonner dans leurs têtes pour que cette réunion soit un peu différente des réunions de consensus entre eux qu’ils font.
RFI : Nelson Mandela a dénoncé en effet la tragique défaillance de la direction du Zimbabwe…
AK : Mais oui ! C’est une défaillance tragique et malheureuse et ça, c’est parce que si Mugabe se sent fort au jour d’aujourd’hui, c’est parce que sur tout le continent africain, aucun des leaders des pays africains ne s’est levé en disant : « nous sommes contre » ; parce que, d’un moment à un autre, ils peuvent tous se retrouver dans la même position que Mugabe et faire la même chose. C’est donc là le problème en Afrique.
RFI : Vous voulez donc dire, Angélique Kidjo, que beaucoup de Chefs d’Etat africains se taisent parce qu’ils ont peur d’être exposés aux mêmes reproches que ceux que l’on fait à Robert Mugabe aujourd’hui ?
AK : Mais quelque part, le fait de ne pas parler, de ne pas prendre position, c’est couvrir les uns les autres ! Est-ce que les Chefs d’Etat africains aujourd’hui pensent vraiment au bien-être de leurs populations, est-ce qu’ils y pensent ?
RFI : Alors, les Chefs d’Etat africains n’ont pas tous les mêmes attitudes, le Zambien Levy Mwanawasa, par exemple, est beaucoup plus critique que le Sud-Africain Thabo MBeki ?
AK : Vous voyez, c’est pourquoi je disais au départ que j’avais de l’espoir. Monsieur Thabo MBeki, il est voisin du Zimbabwe. S’il avait voulu aider vraiment les Zimbabwéens, il l’aurait pu le faire depuis longtemps. Il aurait suffi qu’il dise, il ya un an ou deux ans de cela, à son homologue zimbabwéen : « ce que tu fais n’est pas bien et que ça s’arrête » pour que les gens retournent dans leur pays. Et ça, pour moi, qui est une preuve de manque de leadership. On ne peut vouloir le beurre et l’argent du beurre. On ne peut pas jouer sur tous les tabous. Et les personnes qui souffrent le plus, c’est nous les Africains.
RFI : Alors, Angélique Kidjo, vous vous mobilisez aussi pour que les pays du G8 qui avaient promis une aide importante à l’Afrique lors du sommet de Glaninger en 2005 pour que ces pays tiennent leurs promesses ?
AK : C’est la première fois que les pays du G8 signent une sorte de contrat moral. Ils ont promis 23 milliards d’euros, ils n’ont donné que 3 milliards ; c’est-à-dire que 14%. Alors, ces 3 milliards ont permis à 29 millions d’enfants d’être scolarisés, à 60 millions d’Africains d’avoir accès aux médicaments contre le SIDA. Imaginez que les 23 milliards qu’ils ont promis soient donnés avant 2010, d’ici à deux ans, on aura réussi à commencer à tordre le coup à cette pauvreté grimpante qu’on a en Afrique. Moi, j’aimerais que les pays du G8 tiennent leurs promesses. Quand on a signé un contrat, il faut absolument le respecter.
RFI : Alors, est-ce que, avec vos amis Yannick Noah et le chanteur Bono Elkeldock, vous avez rencontré les interlocuteurs du G8 ?
AK : Non, pas encore ! Mais, on a envoyé le message qu’il faut et je pense qu’à un moment donné on les rencontrera, soit au Japon, soit Monsieur Bono Elkeldock, pour nous ira les rencontrer, s’il faut…
RFI : Au prochain sommet du G8 au Japon ?
AK : Au prochain sommet du G8 s’il faut qu’on se remobilise pour qu’on aille les voir, on ira les voir.
RFI : Angélique Kidjo, merci !