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Quand l’exception devient la règle, et l’absurde une méthode

Firmin Koto | | Edito
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Il fallait oser. L’administration ivoirienne l’a fait. Face à la controverse nationale sur les « 400 admis à la douane », le Directeur général de la Fonction publique a dégainé l’arme favorite de la bureaucratie en difficulté : la clarification définitive, unilatérale et non négociable. « Concours exceptionnel réservé aux contractuels », point final, circulez, il n’y a rien à voir.

Sauf que l’administration, dans son empressement à fermer le débat, a oublié une vieille ennemie : la chronologie. Elle est cruelle, la chronologie. Elle ne négocie pas, ne s’explique pas en conférence de presse et ne disparaît pas par décret.

Car au milieu de cette démonstration de pédagogie verticale surgit un cas d’école : Diomandé Mediahou, né le 17 septembre 2006. Concours lancé le 20 septembre 2024. Âge du candidat au moment des faits : 18 ans et trois jours. À peine le temps de souffler ses bougies que le voilà déjà auréolé d’une expérience professionnelle suffisante pour être contractuel de la douane ou du budget.

La question n’est donc pas politique. Elle est mathématique. Dans quel univers administratif un adolescent, juridiquement mineur jusqu’à la veille de sa majorité, a-t-il pu accumuler une expérience contractuelle dans une administration publique censée respecter ses propres règles ? À moins que la Fonction publique n’ait inauguré un nouveau régime juridique : le contractuel anticipé.

Faut-il désormais comprendre que l’État recrute avant la majorité, mais ne l’assume qu’après ? Que le statut de contractuel peut s’acquérir par anticipation, transmission génétique ou révélation divine ? Ou bien devons-nous admettre que l’exception invoquée n’est qu’un mot-valise commode, extensible à l’infini, capable d’engloutir toute règle gênante ?

Le plus inquiétant n’est pas tant l’irrégularité présumée que la désinvolture avec laquelle elle est balayée. On ne répond pas aux faits, on récite une formule. On ne démontre pas, on décrète. Et quand les chiffres dérangent, on espère que l’opinion publique ne saura pas compter.

Mais un pays ne se gouverne pas durablement contre l’évidence. À force de transformer l’exception en passe-droit, la pédagogie en monologue et la transparence en écran de fumée, l’administration ne fabrique pas de la confiance : elle produit du cynisme. Et ce cynisme-là est bien plus dangereux que n’importe quelle polémique.

Le public, lui, regarde. Il additionne les dates, soustrait les incohérences, multiplie les doutes. Et il conclut, sans conférence de presse, que lorsqu’un système commence à expliquer l’inexplicable, c’est souvent qu’il a cessé de respecter l’explicable.

L’État peut tout justifier. Mais il ne peut pas abolir le temps. Pas encore.

Firmin Koto

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