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Gbagbo et les chefs de guerre : la grande illusion

Firmin Koto | | Edito
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Certains persistent à croire que le président Laurent Gbagbo aurait été « trahi » par les chefs de guerre de la rébellion, lesquels lui auraient promis de se retourner contre leur mentor Alassane Ouattara au moment décisif. Cette version romantique des événements est commode. Elle permet d’éviter une vérité bien plus dérangeante : il ne s’agissait pas d’une trahison, mais d’une illusion politique monumentale.

Car enfin, dans quel monde des chefs de guerre, portés par des armes, protégés par un réseau international et engagés jusqu’au cou dans un camp politique victorieux en gestation, auraient-ils risqué leur survie en basculant vers un président déjà fragilisé diplomatiquement ? Imaginer un tel retournement relevait soit d’une naïveté coupable, soit d’un aveuglement stratégique total.

Des promesses auraient circulé, des messages auraient été glissés dans les coulisses, des « on-dit » savamment entretenus par des intermédiaires peu scrupuleux. Mais la politique ne se gère pas à coups de murmures, encore moins quand des armes parlent. L’erreur fut de confondre frustrations internes et fractures décisives, mécontentements personnels et ruptures d’alliance.

Au moment crucial, la logique implacable du rapport de force a prévalu : on ne quitte pas un camp adoubé par les puissances dominantes pour se ranger derrière celui qui est déjà contesté et isolé. Les chefs de guerre le savaient. Ils n’avaient aucune intention de « trahir » qui que ce soit. Leur loyauté n’était pas sentimentale ; elle était stratégique.

La vraie défaite n’a donc pas été militaire ou diplomatique : elle fut mentale. Elle se loge dans cette croyance que la parole d’hommes armés vaut garantie politique, que des alliances forgées par la guerre peuvent se dissoudre par simple jeu de promesses.

Pire encore, cette illusion a coûté cher. Elle a nourri un faux sentiment de sécurité, retardé des choix cruciaux et laissé croire qu’un basculement miraculeux pouvait sauver une situation pourtant déjà compromise.

L’Histoire est brutale : on ne gagne pas une élection post-conflit en pariant sur des retournements clandestins, mais en construisant des rapports de force clairs, politiques et internationaux. Ceux qui ont cru à la fidélité opportuniste des chefs de guerre ont perdu – non parce qu’ils ont été trahis, mais parce qu’ils ont misé sur un fantasme.

La légende parlera peut-être de trahison. La réalité, elle, parle d’une erreur stratégique fatal.

Firmin Koto 

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