« Désenchantement ? »

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L’histoire de la littérature africaine est si riche qu’il serait fastidieux voire suicidaire de vouloir l’embrasser en un seul jet. Et ce ne sont pas des spécialistes avérés tels Jacques Chévrier, Lilyan Kesteloot ou Jean-Pierre Makouta M’boukou qui diront le contraire. Cette histoire prend sa source dans le terreau du puissant mouvement de la Négro-Renaissance initiée par Du Bois, Langston Hughes, Claude Mac Kay, Countee Cullen et autres aux Etats-Unis. Comme ces valeureux pionniers, notre littérature s’est donné pour mission première de défendre le Noir, d’où la Négritude, avec les Senghor, qui aidera à rendre la lutte pour l’indépendance plus intellectuelle, plus médiatisée voire humaniste. L’indépendance, dans l’esprit de nombreux Africains de l’époque coloniale,  symbolisait bien plus que l’autonomie, la liberté, le rêve… C’était les prémices du bonheur. Les espoirs étaient donc gigantesques et à la mesure des humiliations et exactions subies. Les indépendances africaines représentaient la clef d’une sorte de paradis ! Le roman Les bouts de bois de Dieu de Sembène Ousmane est le reflet d’une telle conception de la liberté arrachée dans la douleur. On le voit en filigrane à travers la lutte des cheminots du Dakar-Niger. Cette propension à espérer un avenir radieux que moi, j’appellerais « Afro-optimisme », plante le décor d’une marche progressiste. L’intérêt dramatique de cette odyssée africaine qui a aujourd’hui cinquante-trois ans (53) ans nous autorise à passer en revue un questionnement plus que pertinent. Qu’avons-nous fait des indépendances tant convoitées ? Les promesses faites par nos leaders ont-elles été tenues à l’endroit des populations ? Que reste-t-il encore des espoirs nés de cet épisode frénétique de notre histoire ? En un mot, qu’apportèrent les indépendances aux peuples africains ? « Rien ! », rétorque Ahmadou Kourouma par la bouche de son narrateur  in « Les soleils des indépendances ». En effet, dans une ironie voltairienne savamment mélangée d’humour noir, le diseur de vérité (Toungnantigui) nous fait la peinture psychologique de son peuple désillusionné, déçu, avec une belle écriture imagée qui impose sa syntaxe et son vocabulaire aux puristes de la langue française.

Tout ce méli-mélo nous transporte loin, très loin, pour nous plonger dans un amer hymne au désenchantement. Pauvre Afrique riche de ses enfants qui s’entredéchirent pour une prétendue renaissance qu’ils clament tous dans un tintamarre de théories démagogiques.

 

Soilé Cheick Amidou

Soile Cheick Amidou: