GEORGES MONBOYE : «  Je me bats pour la démocratie de la danse  africaine»

Devenu en l’espace de quelques années un lieu de référence des Cultures du Monde et en particulier de la Danse Africaine, le centre George Monboye offre au public une grande diversité de cours alliant tradition et modernité. Interview avec son fondateur Georges Monboye qui, une heure avant son spectacle au théâtre André Malraux, en France, nous confie sa vision, ses impressions sur ce qui constitue pour lui le socle de l’évolution humaine  »la culture  »…

-Comment va George?
Je vais bien merci.

-Vous êtes né en Côte d’Ivoire et depuis l’âge de 13 ans vous donniez des cours de danse…Extraordinaire tout de même! D’où vous vient cette appetit ou cette grande passion pour la danse?
En fait si vous voulez comme la danse c’est quand même le moteur en Afrique c’est à dire qu’elle est à la fois le début et la fin. Quand je parle de début c’est la naissance qui est accompagné par la danse et je dirai même aussi la mort qui est accompagné par la danse. Cette passion est tout simplement dans le quotidien de tout africain et en même temps il y’a ce côté familial parce que ma famille est une famille qui détient ce qu’on appelle le masque « glas » donc à l’intérieur de cette société là il y’ a le masque danseur, chanteur, guerrisseur, donc cette passion en plus d’être personnelle est familliale …

– Et comment s’est passé vos débuts dans ce milieu, y’a t’il eu intégration facile ou vous avez forcé les choses?
Si vous voulez je suis quelqu’un de très curieux dans le sens où tout m’interresse quelque soit sa beauté, sa diversité et donc au départ après mon village où j’ai grandi, où j’ai bercé dans la danse, dans la musique tout ça, je suis arrivé dans la capitale à Abidjan, j’ai ouvert les yeux autour de moi, regardé tout ce qui se passait, j’ai participé à des concours de danse, je me suis fait des contacts et donc forcément quand vous avez une curiosité très aigüe vous arrivez à vous frayer un chemin à un moment donné.

-Vous avez forcé le destin en quelque sorte…
Je pense que le destin il est à forcer, il est là avec nous et c’est à nous de le forcer.

Photo: Patrick DEBY


-Pensez vous qu’aujourd’hui les européens s’interressent plus à la danse africaine que par le passé.

Oui je le pense car la danse africaine est en train de se faire comprendre petit à petit et les européens commencent à s’y interresser parce que vous savez les européens ce sont des gens qui font très très vite le tour des choses et à mon avis ils ont peut être presque fait le tour de leur propre culture. Ils s’interessent de nouveau à la culture africaine et il l’interpretent à leur façon, il y’a une espèce d’angouement de la danse africaine qui nait, c’est d’ailleurs une des rares activités la plus fréquentée en Europe.

– Et sur les 15 ans d’existence de la compagnie Georges MOMBOYE, bilan positif ?
Depuis 1992 (date de création de la compagnie, ndlr) il y’a une sensibilisation qui a eté faite, parce qu’ à mon arrivée à l’époque à paris, il y’avait beaucoup de companies de danses africaines qui avaient un caractère traditionnel et folklorique. Moi ce que je voulais c’était faire un mélange, créer une espèce d’ouverture de la danse africaine. La danse que je pratique dans mon village natal n’est pas la même que je pratique ici en Europe, il y’a une certaine ouverture vers le comptemporain qui a eté effectuée. Et donc le bilan de la companie a eté positif dans le sens ou elle a servi d’exemple à d’autres chorégraphes ou même à d’autres compagnies.

– Ok parlons un peu de vos mises en scène. Où trouvez vous vos différentes inspirations?
Les thèmes que je choisis sont des nuages, des nuages très purs sur lesquels j’essaie de créer quelque chose. Sinon pour parler d’inspiration je m’inspire de mes danseurs, je la tire de l’actualité de mon pays la Côte d’Ivoire, je la tire de mon vécu, des évènements ici en Europe, du vécu de mes danseurs… Mon spectacle « Boyakoda » qui signifie le bonheur, j’avais envie de donner cette possiblité et pour dire que tout est possible à l’homme.

– Quel rapport entretenez vous avec les autres professeurs de danse africaine en France…
Nous sommes en train de créer un mouvement qui prend forme, nous nous retrouvons souvent dans les mêmes studios, nous échangeons des idées et ça déjà c’est un premier pas pour l’avancée de la danse africaine. Le developpement d’une « Afrique-culture », c’est à dire où il n’y a plus de frontières, ou les danses ne sont plus secteurisées pour ainsi dire. Je suis avec un congolais, il m’interresse j’apprend avec lui, je m’inspire de sa culture, de ses richesses et on avance.

– … et aussi en Côte d’Ivoire? Parce que George MOMBOYE c’est des spectacles très rares en Afrique…
J’ai déjà essayé de monter une compagnie dans mon pays qu’on appellait « Ivoire-danse » malheureusement cela n’a pas duré tout simplement parce que la situation politique ne l’a pas permise il faut le dire. Il y’a aussi une situation politique de la culture en Afrique qui n’est pas favorable pour les créateurs. Moi je vois que de l’assistanat avec  »african-création » par exemple qui est une espèce de structure européenne qui soutient les africains créateurs et voyez vous les critères au sein de cette structure ne m’arrangent pas et donc le jour où les gouvernements africains vont comprendre que la culture est la porte d’évolution et d’ouverture pour les êtres humains ce sera vraiment une bonne chose. Sinon au début j’en avais fait, j’ai eu des commandes au temps d’houphouet Boigny ou j’ai dirigé près de 50 danseurs au centre culturel français, j’avais participé aussi au Masa (Marché des Arts et du spectacle Africain, ndlr) . Tout ça pour dire en gros que j’ai participé mais la culture en Afrique n’est pas mûre ,effectivement on peut faire pour faire mais il y’a une esprit qui « stop » à plusieurs niveaux.

-Dans une heure vous avez un spectacle à présenter. Dans quel état d’esprit êtes vous?
Avant les spectacles tous les jours je suis dans un état où je me dis qu’au jour le jour je dois conserver une place, je dois la faire briller, la faire monter à un dégré supérieur tous les jours, il s’agit pour moi d’un commencement chaque fois avant mes spectacles.

– Georges MOMBOYE aurait voulu qu’on retienne quoi de lui?
Georges MOMBOYE est quelqu’un qui se bat quotiennement pour la démocratie de la danse tout simplement…

Que penses-tu de la politique extérieure par rapport à la Côte d’Ivoire ?
Je pense que la politique extérieure a un impact négatif dans ce qui arrive à la Côte d’Ivoire. C’est clairement une guerre économique entre le colonisateur et notre pays. Le paradoxe c’est que l’Afrique est le continent qui a le plus de ressources au monde. J’ai lu récemment que les ressources minières répresentent 75% dans le monde. Il est donc clair que l’Afrique est convoitée par les Occidentaux. C’est pourquoi, il faut que les dirigents africains parlent d’une seule voix pour défendre les interêts de l’Afrique. C’est vrai que la France pourrait soutenir une opposition ou une rébellion contre un pouvoir qui n’est pas en accord avec elle. J’ai l’habitude de dire que si nous sommes unis, ça va faire mal. Si les Ivoiriens etaient unis et qu’ils avaient mis en place une bonne démocratie, transparence, justice et égalité il n’y aurait pas cette guerre aujourd’hui.

Penses-tu à un réel retour de la paix en Côte d’Ivoire ?
Oui mais à condition que tout le monde soit conscient de l’intérêt de la nation. J’ai toujours dit qu’une paix durable, c’est une paix qui se constitue de justice et d’égalité. Si, aujourd’hui les Baoulé (ndlr. Ethnie originaire du centre de la Côte d’Ivoire) sont victimes d’injustice, ils vont se lever. Les Bétés ont été victimes dans les années 70, ils se sont lévés. Ils ont été massacrés par le pouvoir d’Houphouët, les Dioula ont été massacrés pendant longtemps mais aujourd’hui ils se sont levés ainsi que tous ceux qui pensent qu’ils sont victimes d’injustice. Il faut que les gens sachent que personne n’acceptera l’injustice en Côte d’Ivoire. Ce pays a été bâti sous Houphouët pendant 33 ans il est important qu’il nous appartienne à nous tous. Il faut vraiment qu’on revienne à l’époque de “Bététchê”, de “Djoulatchê” et faire la vraie politique.

Pourquoi avoir choisi le Mali pour ton exil ?
Je suis le descendant de Fakoly Kumba, donc un descendant de l’empire du Mandingue. Le Mali étant le noyau de l’empire du Mandingue. Pour moi c’est un retour à la maison en attendant que l’autre maison soit stable. L’autre raison est que je ne voulais pas aussi trop m’éloigner de ma famille et surtout de ma mère. Quand j’ai envie de la voir j’ai qu’à mettre une voiture pour aller la chercher. Je me sens très bien au Mali, j’y ai beaucoup de fans. Et en plus j’ai de bons rapports avec le Président ATT. Je le vois quand je veux.

A quand le retour à Abidjan ?
Je rentrerai chez moi quand la situation sera stable. Je ne veux pas prendre de risque et donc j’attends. Je laisse faire le temps mais lorsque je rentrerai, j’organiserai un grand concert au stade Félix Houphouët Boigny que je vais d’ailleurs remplir. Ce sera avec plusieurs autres artistes du monde avec pour thème “le concert de la réconciliation”.

Un mot sur ton prochain album…
Je compte le sortir en janvier ou mars selon qu’il sera prêt à une de ces deux dates. Il aura pour thème, “l’Africain”. J’estime qu’il est temps de faire la promotion de l’Afrique. Il faut que l’on ait maintenant l’habitude de dire que je suis d’abord africain de tel ou tel pays. Et je crois que cette nouvelle mentalité qui se forge en ce moment par les Africains dans le reste du monde doit être promue pour une Afrique plus unie et plus forte. J’ai déjà bouclé plus de 60 titres et c’est parmi eux que je vais choisir ceux qui vont figurer sur l’album qui, je crois, plaira à tout le monde.

Zacharie Acafou: