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« Monikondee » : voyage au cœur du pays de l’argent, entre mémoire et spoliation

Jonas Kouassi | | Cinéma
Monikondee

Le festival de cinéma de Douarnenez a mis cette année à l’honneur les peuples d’Amazonie. Parmi les œuvres présentées, le documentaire « Monikondee » a marqué les esprits. Réalisé par le duo néerlandais Lonnie Van Brummelen et Siebren de Haan, en collaboration avec le metteur en scène surinamais Tolin Alexander, ce film plonge dans la vie des habitants du fleuve Maroni, entre traditions menacées et dérives liées à l’orpaillage.

Boogie, témoin d’un monde bouleversé

Le récit suit Boogie, un « marron », descendant d’esclaves fugitifs réfugiés dans la forêt amazonienne, appelés Fiiman au Suriname. Batelier, il navigue sur le fleuve Maroni avec sa pirogue, transportant marchandises, carburant et passagers. Son commerce d’essence lui permet de collaborer avec les orpailleurs, mais aussi de raconter l’histoire de sa communauté.

Le film alterne les images de ses voyages avec des chants traditionnels, les mato, véritables récits poétiques qui témoignent de la vie des peuples du fleuve. Une chanson rappelle avec amertume : « Les Blancs nous ont promis de l’eau potable et de l’électricité, mais n’ont pas tenu leurs promesses ».

Au fil de son périple, Boogie se fait le relais des voix des communautés autochtones et des fiiman, partageant leur mémoire, leurs douleurs et leurs résistances face aux bouleversements.

Monikondee : quand l’or détruit les traditions

Sélectionné à Douarnenez, « Monikondee » a également été distingué au festival Cinéma du Réel 2025 pour son apport au Patrimoine culturel immatériel. Le documentaire montre comment l’économie traditionnelle, fondée sur le troc et les échanges de services, a cédé la place à l’argent liquide avec l’arrivée de l’orpaillage industriel.

« Si tu parles d’or, tu n’auras pas d’argent », prévient une femme Aluku à Boogie, lui rappelant que ce métal précieux est synonyme de malheurs : pollution des eaux, destruction des plantes, violences. Pour les femmes fiiman, la véritable richesse reste le kwaka, farine de manioc préparée et échangée depuis des générations.

Mais l’or a bouleversé l’équilibre : commerçants chinois, prédicateurs américains, orpailleurs brésiliens se sont engouffrés dans la région. La mémoire des luttes, comme la bataille de Cottica contre les esclavagistes néerlandais, se mêle à la désillusion contemporaine. Boogie, lui-même issu des peuples Pamaka et Ndyuka, rappelle que les traités signés autrefois avec les colons hollandais ont vite été trahis dès la découverte de l’or.

Un film engagé et universel

Au-delà de la beauté de ses images, « Monikondee » raconte la spoliation coloniale, les ravages de l’extractivisme et l’emprise grandissante de l’argent. Les divinités de la nature, comme Agendeonsu, semblent impuissantes face aux pêcheurs industriels, exploitants forestiers et chercheurs d’or qui saccagent le territoire.

Pourtant, le documentaire met aussi en lumière la force des femmes, garantes de la transmission et du respect de la vie, qui réclament justice contre ceux qui polluent leurs terres. Comme le confie Boogie, partagé entre survie et marchandage : « L’argent est devenu notre chef ».

À travers « Monikondee », le spectateur découvre un récit puissant sur l’identité, la mémoire et la résistance d’un peuple qui refuse de se laisser engloutir par « le pays de l’argent ».

Jonas Kouassi

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