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Cinéma : Quel avenir pour le 7e art en Algérie?

Youcef Maallemi | | Cinéma

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Que se passe-t-il? Comment en est-on arrivé là? Les professionnels du secteur ne cessent d’en appeler à la responsabilité des pouvoirs publics, d’exiger plus d’assistance financière et autres. Or, leur responsabilité dans la situation actuelle du cinéma national est considérable : Enquête

On a beaucoup écrit ces derniers jours sur la crise du cinéma algérien, diagnostiqué par ceux qui le font, cinéastes et producteurs. Les premiers responsables de cette situation n’ont malheureusement pas identifié le mal qui ronge cette industrie. Le cinéma algérien ne va pas très bien. Il se porte même très mal. Les salles obscures sont désertées par le public, à l’exception de ces quelques centres culturels qui continuent d’alimenter la flamme de la cinéphilie. Force est de constater que les professionnels (producteurs, distributeurs,…) continuent de solliciter les aides publiques, comme si c’était la seule solution à leurs problèmes. Ils ne font pas en tout cas de gros efforts pour améliorer leurs ressources propres. On ne peut pas dire aussi qu’ils brillent par la qualité et la transparence dans la gestion des fonds qui sont mis à leur disposition. Pour rendre à l’Etat algérien ce que lui appartient et ne pas être injuste à son égard, nous devons rappeler ici que l’Algérie est l’un des rares pays de la région à fournir une aide financière au cinéma. Côté production, la situation du cinéma algérien n’est pas aussi mauvaise qu’on a tendance à le croire. Partie des pionniers de l’Afrique dans ce domaine. La production augmente au fil des années, tant au niveau de la qualité que de la quantité. Les deux autres pays qui déploient assez d’efforts dans ce domaine sont le Maroc et l’Afrique du Sud. Toutefois, il existe un problème de distribution que rencontre la production cinématographique nationale. L’Etat participe aussi à l’effort de diffusion en accordant des facilités de toutes sortes pour encourager la programmation des films dans les manifestations culturelles. Le département du ministère de la culture a accordé aussi des aides à fonds perdus pour aider les exploitants à restaurer les salles, les embellir et les rendre aussi plus accueillantes. Transparence. C’est aux autorités de rendre publics les montants qui sont dépensés annuellement pour la promotion du cinéma. Des montants très importants et qu’ils auraient pu, s’ils avaient été utilisés à bon escient.

Connaîtra-t-on un jour les chiffres réels ?

Certains départements publics apportent eux aussi leur contribution par des aides financières directes ou indirectes. Et si la cause de la crise actuelle était à rechercher du côté des professionnels eux-mêmes? Et si c’était leur gestion qui était sujette à caution? Ont-ils vraiment et toujours bien utilisé les fonds qui leur ont été versés? Ne fut-ce qu’en produisant des films qui intéressent le public et qui assurent un minimum de recettes. Or, la plupart des films réalisés au cours des dix dernières années, et qui ont coûté des sommes importantes aux contribuables algériens. Lorsqu’on sait que des cinéastes appartenant à des pays où le cinéma est beaucoup moins assisté par les pouvoirs publics, ont pu décrocher la Palme d’Or du festival de Cannes, suprême récompense dans ce secteur tels que le malien Souleymane Cissé, on est en droit de se demander pourquoi nos cinéastes ne parviennent même pas à inscrire leurs films dans la compétition officielle de ce festival. Il y a donc là un problème non pas d’aide et de financement, mais d’imagination et de création. Quand on sait aussi le dévouement du public algérien pour les produits culturels algériens, il nous en a donnés plusieurs fois la preuve, on est en droit de nous interroger sur les raisons de la désaffection actuelle vis-à-vis des films algériens. On pourrait penser sans risque de se tromper que nos cinéastes assument une grande partie de responsabilité dans la crise actuelle du cinéma algérien. S’ils mettaient autant d’énergie à soigner leurs films qu’ils mettent souvent à en réunir le financement, ils gagneraient sans doute le respect du public et sauveraient ainsi un secteur qui les fait vivre. D’ailleurs, plus qu’aisément. La situation actuelle du cinéma algérien se caractérise par une série de paradoxes: un cinéma pauvre et subventionné par l’Etat, mais incapable de générer des recettes; une véritable politique d’aide au cinéma, mais des salles qui se vident…

Production : Absence de laboratoire.

La production cinématographique en Algérie est confrontée à un autre problème de taille lié à l’absence de laboratoires. Ce problème engendre un renchérissement des coûts de la production cinématographique. Toutefois, pour certains cinéastes rencontrent un problème de montage financier. La production cinématographique constitue l’un des secteurs qui excite sans cesse l’intérêt et l’attention des responsables. Des grands moyens sont à cet effet mobilisés et mis à la disposition des cinéastes : producteurs, acteurs, scénaristes… A côté des moyens investis par les institutions publiques, le secteur privé joue également un rôle indéniable. En Algérie, le 7e art et ses créateurs subissent une marginalisation. L’inexistence d’une véritable volonté politique, mais aussi d’un réel projet national a réduit la production cinématographique à une simple aventure de quelques amoureux fervents du film. L’oeuvre cinématographique algérienne a connu, depuis l’indépendance, différents avatars liés principalement à des conjonctures politico-sociales. Le scénario constitue lui-même, un miroir qui reflète l’image de la société algérienne, mais également une voix revendicative de certaines classes. Bien après l’indépendance, les premières oeuvres du cinéma algérien, ont été consacrées à des thèmes précis. La dénonciation du colonisateur, le combat du peuple algérien pour sa liberté, le rôle de la femme dans la société, l’émigration algérienne vers le continent européen ( France notamment)…, ont été, entre autres, les principaux chapitres développés dans les films réalisés au court de la première décennie de l’Algérie indépendante.

Début de carrière : Parcours de combattant.

Le début de toute carrière est difficile. Dans le domaine de la réalisation cinématographique, pour se faire une place au soleil, c’est tout un parcours de combattant, d’abord, trouver un producteur, prêt à financer le premier projet. Cette phase est considérée comme la plus importante au début de la carrière d’un jeune cinéaste. C’est aussi l’étape où le travail du producteur s’avère aussi bénéfique pour le réalisateur. Le producteur doit, en effet, œuvrer pour dénicher les jeunes réalisateurs talentueux. Mais c’est aux cinéastes de prouver leurs capacités et leurs talents. Il faudrait assurer un suivi des jeunes réalisateurs, talentueux pour qu’ils puissent poursuivre leur carrière. La formation des cinéastes est souhaitable mais pas nécessaire parfois. Il arrive que de bons réalisateurs sortent d’autres écoles, mais le plus important est que le réalisateur puisse répondre au goût du public cinéphile et de sentir le besoin et l’envie de raconter une histoire. Cette hypothèse n’est pas valable pour les techniciens du cinéma. En effet, la formation est impérativement indispensable pour les métiers comme les chefs-opérateurs, les scripteurs ou les metteurs en scène entre autres. La production télévisuelle nationale, notamment le programme dédié à la diffusion des séries et des feuilletons algériens, est encore très insuffisante. Mis à part les programmes ramadanesques, la production locale est quasiment absente sur les écrans. Pour remédier à ce problème, tous les acteurs de la production audiovisuelle doivent travailler la main dans la main pour garantir une production cinématographique quantitative et qualitative. Le cinéma a besoin de la télévision et vice-versa. Le principal problème à l’origine du manque de fréquentation des salles de cinéma est d’ordre géographique, c’est-à-dire que les salles de cinéma doivent aller vers le public. C’est en quelque sorte une façon d’opter pour une meilleure répartition des salles. La mise à niveau de toutes les salles et une meilleure programmation cinématographique sont des facteurs incontournables pour drainer le public. Mais il est temps aussi que les responsables culturels pensent à mettre en place le système qui consiste au regroupement des salles de cinéma en une seule unité qui comprend aussi des centres d’animation pour des familles. C’est en quelque sorte une façon de drainer le grand public comme c’est le cas au Maroc et en Europe.

Les origines de la crise.

La principale raison qui fait que le cinéma est paralysé est due essentiellement au fait que ce secteur n’arrive pas à relever le défi de la qualité. Le cinéma algérien manque de structures. Il n’existe pas non plus en Algérie un réseau de salles. Sur un autre plan, l’hémorragie de la fermeture des salles de cinéma se poursuit sans arrêt. Il est plus que jamais urgent de combattre ce fléau afin que le secteur du cinéma joue le rôle qui lui revient de droit dans le secteur culturel en général. La production cinématographique en Algérie est en deçà des espérances, le secteur manque cruellement de réalisateurs professionnels. Est pourtant, beaucoup des jeunes passionnés pour ce métier et qui désirent l’exercer mais n’ont pas les moyens qu’il faut pour la réalisation de leur rêve. En Algérie, les salles de cinéma ont drainé des cinéphiles notamment lors des manifestations comme certaines journées dédiés et les festivals. Pour le secteur du cinéma ait la place qui lui revient de droit et les salles de cinéma, un public de cinéphile respectable, il faut organiser régulièrement de grandes manifestations, car une grande partie du public cinéphile est habitué à fréquenter les salles de cinéma pendant ces grandes manifestations. Donc plus il y a de manifestations, plus les cinéphiles fréquentent les salles de cinéma, mettre en place un réseau de salles de cinéma et encourager dans la même perspective les privés à s’investir dans le secteur, et, surtout, qu’on accorde une attention particulière aux jeunes réalisateurs de talent en leur offrant des cartes professionnelles afin qu’ils puissent exercer le métier de réalisateur.

Salles de cinéma : Le public et la programmation

Il est vrai que la mentalité d’un algérien a beaucoup changé ces derniers temps, outre qu’il a perdu cette tradition de la sortie cinéma, certains parents n’incitent plus leurs enfants à la culture cinématographique. Si on essaie de faire un bilan sur l’activité des salles de cinéma dans la capitale, activité qui, il faut bien l’avouer, après avoir connu une activité florissante dans les années 60, 70 et 80, est peu à peu tombée en «déchéance». Cette situation devrait néanmoins changer, puisque l’on commence à parler d’un processus de réhabilitation de ces salles pour justement réanimer la culture cinéphile dans la capitale, avec l’espoir de voir les familles algéroises de nouveau fréquenter les salles obscures. Ces salles ont vu leur nombre se rétrécir comme peau de chagrin, passant de pratiquement près d’une centaine pour la seule capitale pour atteindre aujourd’hui tout au plus une dizaine. Les raisons de cette déchéance sont multiples, mais la plus évidente, c’est que ces salles se sont transformées au fil du temps en lieux de rencontres, bien loin d’être culturelles !! Mais que propose par ailleurs la programmation? Réponse de l’exploitant d’une salle de cinéma à Alger centre : «C’est toujours difficile et pas du tout évident.  Au fait, c’est un cercle vicieux, car pour avoir une bonne programmation, il faut que le public se déplace pour assurer un minimum de rentabilité des films, et vice-versa pour attirer le public, il faut avoir une bonne programmation,  sauf que les droits des films, les copies et leur transport reviennent trop cher et notre marché ne permet pas du tout de couvrir parfois même les frais, et je ne parle pas de bénéfices». Mais ce n’est pas suffisant, préserver quelques bonnes salles ne fait pas vivre tout un secteur qui ne cesse d’être menacé quand les pouvoirs publics devrait  notamment la fermeture des salles obscures et leur transformation en commerces (la dernière celle de Ain Benian, transformée au bureau d’état civil donc au vu et au su de tout le monde). «D’un autre côté, on n’arrête pas de parler de combattre le piratage des films et le marché illégal du DVD, alors que toutes ces boutiques de gravure sont ouvertes avec toutes les autorisations exigées et en toute légalité. On est vraiment dans une impasse et l’exploitant seul ne peut pas combattre seul tout ce monde-là». A leurs yeux le destin des salles doit être pris en main par ceux qui s’intéressent au cinéma, par ceux qui ne baisseront pas les bras et ne voient pas dans l’exploitation uniquement le volet commercial et la logique de profit. Au même moment, dans les pays européens, la distribution s’est organisée et de nouveaux modes d’exploitation ont été adoptés. De l’Amérique du Nord jusqu’en Bulgarie en passant par l’Europe occidentale sans parler des pays asiatiques, on a commencé à créer des « multiplexes cinématographiques», sorte de complexe fonctionnant à la manière des grandes surfaces et regroupant de petites salles allant de 8 jusqu’à 24 écrans avec des commerces de friandises et de boissons. C’était la solution pour remplacer les cinémas de quartier et les salles du centre-ville qui n’attirent plus le public. C’était aussi la meilleure façon de s’adapter aux changements des habitudes de consommation chez un public qui cherche à échapper au centre-ville et aux tracasseries des embouteillages et des problèmes de parking. Qu’ont fait nos distributeurs pour s’adapter aux exigences de la nouvelle génération des clients cinéphiles ? Encore des années devant nous avant de voir fleurir les multiplexes dans notre paysage urbain. Les Maisons de la culture, la plupart d’entres elles équipées souvent de salles de projections présentent régulièrement des programmations de cycles et de semaines de films qui offrent à un public, essentiellement jeune, la possibilité de partager un film sur grand écran. Il faut que nos investisseurs accordent plus d’attention à un domaine qui pourrait leur rapporter gros, vu que la demande est réelle et on peut le vérifier auprès des nombreux commerces de gravure de DVD qui ont pignon sur rue, pratiquement, dans toutes les régions du pays.

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