La restitution à la Côte d’Ivoire du tambour parleur sacré Djidji Ayôkwé, intervenue le 20 février, marque une nouvelle étape dans le processus de retour des biens culturels africains conservés en Europe depuis la période coloniale. Saisi en 1916 par l’administration coloniale française, cet objet emblématique du peuple Atchan (Ébrié) avait été conservé pendant plus d’un siècle au musée du quai Branly – Jacques Chirac.
Instrument de communication traditionnel, le Djidji Ayôkwé servait à transmettre des messages entre villages, à annoncer des événements majeurs et à mobiliser la communauté. Au-delà de sa fonction sonore, il incarnait l’autorité et la cohésion sociale. Son retour est donc perçu comme un acte symbolique fort dans les relations entre la France et la Côte d’Ivoire.
Cette restitution s’inscrit dans la dynamique engagée en 2017 par le président Emmanuel Macron, à la suite de son discours prononcé à l’Université de Ouagadougou, où il s’était engagé à favoriser le retour d’œuvres africaines vers leur pays d’origine.
Cependant, quelques voix se sont élevées pour questionner l’authenticité de la pièce restituée. Des comparaisons entre des photographies anciennes du tambour et les images actuelles montrent des différences notables dans la forme, les motifs sculptés ou encore l’aspect du bois. Ces écarts ont suscité des interrogations dans l’opinion publique et parmi certains observateurs.
Plusieurs hypothèses peuvent expliquer ces différences : restaurations successives, altérations naturelles dues au temps, ou variations liées aux techniques de conservation. À ce stade, aucune déclaration officielle ne remet en cause l’authenticité de l’objet restitué.
Au-delà de la controverse, cette situation souligne l’importance de la transparence et de la rigueur scientifique dans les processus de restitution. La publication des archives, des rapports d’expertise et des travaux de conservation pourrait contribuer à apaiser les doutes et à renforcer la confiance autour de cette démarche historique.
Le retour du Djidji Ayôkwé demeure un événement majeur pour la mémoire et le patrimoine ivoiriens. Il ouvre également un débat plus large sur la gestion, l’authenticité et la transmission des œuvres restituées, dans un contexte où les questions patrimoniales occupent une place centrale dans les relations entre l’Europe et l’Afrique.
Firmin Koto