L’œuvre de Sossa Kouassi

L’œuvre de l’artiste Sossa Kouassi, ayant attiré la plus grande attention des critiques  et des médiateurs culturels, l’artiste compositeur, musicologue et professeur d’esthétique musicale, Adépo Yapo, ayant été à la direction du Centre de Recherche sur les Arts et la Culture (CRAC) à l’Institut National des Arts et de l’Action Culturelle (INSAAC) quelques années, a pénétré les coulisses de cette fécondité et a investi la pluralité dimensionnelle des cordes du pouvoir artistique que fredonnent les œuvres du sculpteur Sossa Kouassi.

 

Qui est donc véritablement cet homme ?

Sculpteur, l’artiste est professeur à l’Ecole Nationale des Beaux-Arts (ENBA) à l’Institut National Supérieur des Arts et de l’Action Culturelle (INSAAC) d’Abidjan. Dans son atelier, il transmet non seulement les techniques traditionnelles de la pratique de cet art mais enseigne également son savoir et son savoir-faire qui lui sont propres, fruit de ses recherches en créations artistiques. Cette particularité que l’on lui reconnaît au sein du corps professoral se manifeste au travers du nombre impressionnant de ceux qui aspirent à devenir ses disciples. Dans sa démarche pédagogique, l’artiste propose souvent des sujets dont la composition fait toujours appel à des assemblages de divers matériaux de récupération, même dans les cours de dessin. Cette fixation spatiale des objets donne aux élèves, selon lui, la perception et la notion du geste sculptural qui devra se déployer dans une trajectoire verticale. Nous avons, nous-mêmes, été émerveillés par cette approche didactique et expressive de l’enseignant qui maîtrise, il faut le reconnaître, tous les contours de son art. Ce trait stylistique est très perceptible dans ses œuvres. Il faut relever, en plus de cela, son inclinaison pour la spiritualité qui lui a permis de donner vie aux choses inertes dont la bouteille vide, constitue l’un des matériaux cardinaux de ses créations.

 

Que cache en réalité les œuvres de Sossa Kouassi ?

En Côte d’Ivoire, si les peintres ont créé le « Vôhou Vôhou », l’on est en mesure de dire que, en sculpture, Sossa Kouassi représente ce courant artistique qui se caractérise par l’assemblage de matériauxde récupération. Chez ce sculpteur, les matériaux qui entrent dans le jeu de ses compositions sont :

– le bois récupéré ;

– la bouteille vide ;

– la corde en toile de jute ;

– le fil de fer ;

– la calebasse ;

– etc.

Son attirance par la bouteille vide réside dans le fait que celle-ci constitue, selon lui, des traces inaltérables de la vie humaine, les fouilles archéologiques lui ayant donné raison. Dans son imaginaire, Sossa déplore le fait que la bouteille, après être vidée de son contenu, soit abandonnée alors qu’elle a servi à conserver un liquide dont l’utilisation a certainement permis à la société de partager un instant de bonheur. Si, l’on prend le cas des boissons alcoolisées (liqueur ou vin), leur consommation peut permettre d’atteindre des états d’une béatitude proche d’un certain bonheur momentané. L’acquisition de ce bonheur est-elle une raison suffisante pour, se dessaisir du contenant ? Alors que, quelques instants avant, contenant et contenu faisaient l’objet d’une; convoitise. La bouteille vide récupérée, l’artiste lui donne un contenu expressif dans un environnement où la notion du beau intervient comme seul moyen de manifester sa reconnaissance et son amour envers le créateur suprême et par ricochet à ses semblables. C’est sous cet angle qu’il faut lire la graphie imprimée par les œuvres de cet artiste qui a su s’imposer aux nouvelles tendances sculpturales.

 

L’œuvre intitulée « Devoir de Soldat »

L’armature est constituée d’un assemblage de divers matériaux : bois, fil de fer, cordes, calebasses et bouteilles, auquel il faut ajouter l’harmonie de couleurs, formes et sonorités. L’aspect extérieur donne l’impression d’observer un soldat posté à un endroit, tenant en main son fusil. La technique utilisée est l’assemblage dont le résultat traduit l’un des aspects de la crise que traverse la Côte d’Ivoire.

L’idée serait venue des événements survenus à Guitrozon et Petit Duekoué, dans l’ouest du pays. Dans cette région où étaient installées les Forces Impartiales de l’ONU (casques bleus) et celles de la Licorne (Armée française) l’artiste révèle que le soldat dit neutre ne l’est jamais en réalité car l’on ne sait jamais ce qu’il pense dans son fort intérieur. La calebasse renversée, servant de socle à toute l’œuvre , symbolise le ventre du personnage et dont l’on ne voit pas l’intérieur. Cette calebasse hémisphérique, projetée de façon symétrique vers le sommet et symbolisant de ce fait le casque, est ouverte car le soldat le ôte pour montrer sa tête signe dé salutation. Mais la tête décoiffée est aussi muette en informations quant à la position du soldat.

Cette œuvre datant de mai 2005, est une bonne combinaison de matériaux, de formes, de couleurs et de sonorités. Ici, l’artiste a fait usage de 3 bouteilles vides. Le déploiement spatial des éléments prend de l’amplitude dans l’axe médiane et le tout coiffé par la calebasse fixée sur le sommet. L’on peut également relever la proportion des formes et l’harmonie des couleurs où la transparence de la bouteille laisse apparaître le vert olive habillé de couleur rose claire faite des attaches célestes des cordes en toile de jute. Le casque de bordure rouge ocre rentre en résonance avec le noir ébène du bois et de la calebasse qui rappelle les éléments de la terre. « Devoir de Soldat » est une sculpture vivante qui laisse transparaître la vie d’éléments inertes.

 

La facette de l’œuvre « Réconciliation »

Dans cette œuvre, il y a trois matériaux essentiels :

-le bois ;

-la bouteille ;

-la corde en toile de jute.

La technique est   la même que celle  décrite précédemment. Mais ici, puisqu’il s’agit de réconciliation, l’accent est mis sur la symétrie, le dosage des proportions et de l’équilibre des éléments en présence.

L’artiste utilise 4 bouteilles de même forme et de même dimension qu’il assemble de façon binaire. Dans cette dualité où éléments mâle et femelle peuvent s’accoupler pour donner vie à quelque chose de nouveau dans un environnement donné, les bouteilles, dans leur transparence prennent les couleurs du milieu immédiat. L’on peut observer les deux parties antagonistes que l’artiste appelle Droite et Gauche. Les Centristes, selon lui, peuvent prendre les couleurs des uns ou celles des autres dès lors qu’ils se rapprochent d’un camp ou de l’autre. Ils (les centristes) ont le devoir de rapprocher les camps en conflit. C’est ce qu’il faut lire dans le mouvement des éléments mis en commun.

Les deux bouteilles du bas se donnent dos et le nœud  qui les relie, le secret de famille, se fait par la base. Les bouteilles utilisées sont dans la teinte sombre. Quant aux bouteilles du sommet, elles sont reliées par leur ouverture, ce qui leur permet de se regarder face à face. Dans ces conditions, une discussion est possible; l’on peut se parler, se concerter, harmoniser les points de vue et, de fait, arriver à une solution de paix, symbolisée par la dernière bouteille, au sommet, transparente et blanche.

Dans cette œuvre, l’équilibre, la projection et la symétrie constituent l’harmonie recherchée. Le noir ébène, le rouge ocre et le rose s’harmonisent dans tout un ensemble camaïeux. Le déploiement des formes et des mouvement s’inscrit dans un espace maîtrisé où la promiscuité des éléments, en présence, favorise leur montage et leur volonté à aller à la paix, fondée sur un socle de quatre pieds.

 

Quel apport nous réserve l’œuvre « Espoir » ?

Parmi les œuvres que nous connaissons de l’artiste, c’est dans celle-ci que Sossa Kouassi a utilisé le plus de bouteilles, huit de formes et de dimensions différentes. Elle est faite d’une armature de pièce unique : le bois. L’amplitude des mouvements est assurée par l’usage des fils de fer recouverts par des cordes en toile de jute. Dans l’exécution de cette pièce d’art, l’auteur s’est employé à une occupation progressive de l’espace dans leur verticalité. Les mouvements trouvent leur amplitude vers le sommet plus ouvert qui offre un espoir certain.

Cette œuvre laisse poindre une nouvelle société qui manifeste la volonté de reconstruire la nation sur un socle solide fait d’une pièce unique en bois. Cet espoir s’inscrit dans un concept de beauté car l’on ne saurait expliquer autrement la progression conique des mouvements et ce, dans  un élan spiral avec une occupation maîtrisée de chaque espace vertical. Dans cette sculpture, il apparaît beaucoup plus chez l’artiste la recherche du beau qui puisse conduire l’adorateur vers Dieu.

 
L’ avenir pour l’Aube de Temps Nouveaux »?
Œuvre essentiellement fait d’un assemblage équilibré des matériaux en présence, « Aube des Temps Nouveaux » donne la lecture d’un dialogue de cultures. L’auteur, dans cette pièce, fait le constat de la cohabitation de plusieurs cultures, nations et peuples qui ne se connaissaient pas mais sont appeler à vivre ensemble. Pour ce faire, ils mettent en commun leurs disparités pour constituer un noyau. De ce noyau se déploient d’autres ramifications qui donnent naissance à des éléments nouveaux plus riches, fruits de leurs échanges.

Le dialogue des cultures aboutira nécessairement à une universalité qui conduit inéluctablement à la paix puisque les peuples pourront faire usage des mêmes outils et auront, presque le même référent. Si l’on utilise le même référent culturel, alors pourra s’installer l’entente entre les peuples et la paix habitera le cœur des hommes. Dans cet assemblage d’éléments d’origines diverses, l’artiste se rapproche beaucoup plus des matières de la nature dans leurs formes initiales. Son génie se manifeste dans la composition à la fois simple et complexe de l’armature multiforme dont les mouvements épousent espace vertical et espace horizontal dans »Lui » relief riche en messages car le discours, ici, fait appel à la fois à la connaissance événementielle et celle relevant de l’ésotérisme.

 

Adépo Yapo

Adepo Yapo: