L’expression du cri de ralliement : Pour Mensah Ignace, artiste peintre Ivoirien

MENSAH IGNACE

L’instant du cri daro était particulier de par la charge symbolique du terme mais également par la façon dont le cri était émis.
Pendant et après chaque lecture du manifeste, il était de coutume que le cri daro, qui veut dire victoire, fût émis en répons alterné par tous les autres membres. Au sein du groupe celui qui le faisait théâtralement bien était l’artiste peintre, Mensah Ignace. Dire le cri, était pour Ignace, une occasion de performance : il s’époumonait à lancer le mot de victoire comme s’il n’y aurait plus d’autres occasions de le faire. L’expression de son visage prenait, juste le temps que durait le cri, la forme d’un masque doté de pouvoir mystique. Un masque porteur de sens. Dès lors, le cri n’était plus qu’un simple exercice physique plutôt un message émis auquel il fallait prêter une attention particulière.

J’eus à photographier Ignace, successivement sur les deux éditions des workshops organisés par le collectif, quand il donnait de la voix pour dire le cri. Ignace jouait bien le rôle de celui qui rendrait à ce cri toute la dimension qu’elle pouvait revêtir.

Si je devais le photographier une troisième fois alors qu’il serait en train d’émettre le cri daro daro, j’aurais sans doute capté une image beaucoup plus surréaliste que les deux autres fois. Faute de quoi je me contenterais d’affirmer que l’image du cri de la deuxième édition était la plus aboutie. L’expression du visage d’Ignace avait atteint son point culminant, de sorte qu’on crût qu’il essayât de gober les nuages. Pris en contre-jour, le noir devenait noir, son visage noir laissait courir tout le long de son profil des lignes de lumière crue. L’instant se passait dans les airs comme pour répondre à un appel céleste. Tout était aérien. Le cri était primal. Et nous gagnâmes une sorte de béatitude juste le temps du cri et de la prise de vue. C’était la victoire !

Mensah Ignace est un peintre du néo-surréalisme, l’un des rares d’ailleurs en Côte d’Ivoire, à défendre cette tendance. La démarche de peintre d’Ignace est décrite dans sa biographie de cette façon : « Son amour pour l’univers céleste est manifeste dans chacun de ses tableaux, l’artiste appelle une méditation intérieur, à un voyage hors du temps pour une relecture de notre monde. Il donne à partager une fantasmagorie attachante, poétique, avec son imaginaire qui repousse les limites de la réalité. Les portes, qui sont une récurrence dans ses tableaux, sont autant de passages entre le ciel et la terre.

Elles établissent une passerelle entre l’homme et le rêve ». Il n’y a pas de hasard, Ignace était dans cette photographie le sujet qu’il traitait dans sa peinture. Par sa sensibilité le défenseur du néo-surréalisme qu’il était, avait illustré avec justesse le rêve de la victoire.
Ce passage est un extrait de mon mémoire -travail en cours- sur le collectif Daro-Daro auquel j’ai appartenu, en défenseur de la photographie aux cotés de mes autres frères d’art dont faisait partie Mensah Ignace a qui j’ai consacré un chapitre. Malheureusement l’artiste vient de nous quitter.

RIP DARO

DARO DARO A TOUS LES DARO!!!!!

Ananias Leki Dago

Ananias Leki Dago: