L’universalité du besoin d’art ne tient pas à autre chose qu’au fait que l’homme est un être pensant et doué de conscience. En tant que doué de conscience, l’homme dans sa logique doit se placer en face de ce qu’il est, de ce qu’il est d’une façon générale, et en faire un objet pour soi. La nature et ses lois se résument « en chose ». Les choses à leur tour se contentent d’être, elles sont très simples et ne sont qu’une fois. Mais l’homme se dédouble et chasse devant lui ce qu’il est : – il se contemple et se représente lui-même. Cette conviction mentale, bien expérimentée se manifeste par un besoin général qui provoque en lui une extériorisation de ce qu’il est en passant par l’œuvre d’art.
L’homme ne peut rien améliorer sur cette terre s’il n’a pas su tout d’abord s’élever par la pensée pour contempler d’autres images, d’autres existences qui le dépassent et qui peuvent lui servir de modèles ou de guides.
Deux grands mouvements en l’homme s’affrontent et s’allient pour donner naissance à l’œuvre d’art: un mouvement spontané et un mouvement étudié que la volonté dirige. Le premier est l’inspiration, souffle divin donné par les cieux et le second est » l’ART » proprement dit, possédant ses règles et exigeant de l’homme qui veut construire son œuvre un travail patient.
Les termes « MODERNE » et « CONTEMPORAIN » posent un souci au niveau de l’approche conceptuelle de l’art contemporain proprement dit. Il s’agit ici de l’art du maintenant, l’art qui se manifeste dans le même moment et au moment même où le public le perçoit. Tout juste s’agit de » l’art moderne « , si l’on entend par moderne le XXe siècle en général.
A l’art contemporain, en revanche, manque le temps de constitution, d’une mise en forme stabilisée, et donc de sa reconnaissance. Sa simultanéité -ce qui se passe maintenant-exige un rassemblement, une élaboration: l’ici-maintenant de la certitude sensible ne peut être perçu directement, « HEGEL », au premier chapitre de la phénoménologie de l’esprit en faisait la constatation : le maintenant n’est déjà plus quand on le nomme, il est déjà passé, quant à l’ici, il exige la constitution d’un lieu qui, l’enveloppe. Travail qui, s’il se fait à notre insu pour les choses de la vie quotidienne, réclame une attention spéciale quand il s’agit du domaine de l’art, dans la mesuré où les productions artistiques sont détachées de nos intérêts vitaux, de l’urgence de nos besoins, et forment une sphère quasi autonome.
Pour appréhender l’art comme contemporain, il nous faut donc établir certains critères, distinctions qui isolent l’ensemble dit « CONTEMPORAIN » de la totalité des productions artistiques. Or ces critères ne peuvent être cherchés dans le seul contenu des œuvres (leur forme, leur composition, l’emploi de tel ou tel matériau, ni non plus leur appartenance à tel ou tel mouvement dit ou non « « d’avant gardiste ».)
Au simple énoncé de cette constellation éthique de ces explications en forme de reproche ou de regret, on s’aperçoit que l’art dans sa plastique contemporaine pose un douloureux problème à tous ,au public mais aussi et peut-être plus encore à ceux qui ont mission de l’analyser.
Peut-on se demander dans le commun des mortels si l’art non contemporain – celui du XIXe et des débuts du XXe siècle – avait de si prestigieuses et éclatantes qualités, tant au point de vue de la fécondité de l’innovation, du statut économique et de la reconnaissance du public qu’il semble opportun, voire nécessaire de le hisser sur le parvois au fin de pleurer sa brillante disparition…?
Sans doute, sommes-nous submergés par certaines réflexions que nous pensons universelles et infinies dans un temps, oubliant les différentes formes et les différents statuts auxquels l’œuvre et l’artiste s’en servaient comme cordon ombilical aux diverses périodes de l’histoire?
Nous rejoignons, ici les constatations préliminaires : l’art contemporain est mal perçu par le public, qui se perd dans les différents états de l’activité artistique et est cependant incité à le considérer comme un trésor indispensable à son intégration à la société actuelle. La société est devenue, bon gré mal gré, une « société culturelle ». Les conséquences, au niveau artistique, sont tout aussi troublantes que la confusion qui s’opère dans l’esprit bien entendu du public. Où qu’on aille et quoi qu’on fasse pour y échapper, l’art est présent partout, en tous lieux et dans toutes les branches d’activités.
En effet, dans une telle société, l’impératif d’avoir à « être créatif », à » faire de l’art » s’abat sur les décideurs (élus, administrateurs en charges de régler les problèmes urbains, de société, d’intégration des différences ethniques dans un vaste « lieu commun ». Les œuvres d’art (sculpture publique, aménagement paysager, ensemble architecturé décoration de salles de réunion sont censées apporter une réponse aux problèmes de la ville.) L’art est ce lieu de réunion symbolique unificateur des différences, qui doit faire fonction de liaison et se substituer à une cohésion difficile à trouver, en somme tenir lieu de consensus politique. L’art en s’internationalisant devient le signe d’une volonté de rassemblement, d’entente, à laquelle les régimes politiques ne peuvent se dérober.
L’image symbolique d’une nation se trouve en prise avec cet impératif. D’où les prises de position d’un « Etat culturel ».
Le contrepoint de cette fine politique, cependant, comme nous le constations, c’est, en ce qui concerne :
– le public
– une impression confuse
– une compréhension —– où est l’artiste où est l’art?
– et en même temps —– ce qui paraît contraire au principe de communicabilité universelle
– et sa mise à l’écart.