Julio, l’artiste qui sculpte la parole

S’il est un artiste qui a presque fini par identifier son abstraction figurative avec les notions esthétiques de la photographie d’art, associées à la sculpture lumière, ce pourrait être Jules Niamien alias Julio.

En partant des références d’artistes: Chema Madoz, Phillippe Ramette, Heinrich Kühn et Ro- bert Demachy en passant par Man Ray, Julio entreprends deux projets à la fois similaires par leur sens.

Connu de tous, communément sous ce nominatif de Jules Niamien ou encore pour les intimes « Kpalèzo », ce peintre, communicateur, infographiste-designer, installateur et vidéaste aspire dans ses délires artistiques, l’aspect performatif de de la lumière dans son travail de recherche comme un médium en tant que symbole d’interpellation des lois sur les forces spirituelles cohabitant avec notre « moi ». Dans ce voisinage du vide de l’invisible, Jules sculpte la parole de ces ancêtres par le langage de la lumière sous l’effet d’objets incongrus traduisant les faces cachées d’un monde intérieur peu ordinaire presqu’inaccessible aux yeux des profanes et du monde visible. Sous l’esquisse préparatoire de sa résidence dans la capitale Belge, avant celle prévue pour juin 2014 dans la somptueuse ville de Londres, la rédaction du journal culturel franco-suédois 100pour100culture.com a bénéficié de cette opportunité de recueillir quelques propos de notre artiste durant son séjour bruxellois.

Ce projet artistique s’intéressera particulièrement à la photographie d’art, du surréalisme, du visuel, qui verra l’intervention de deux plans d’études distincts: la photographie comme moyen d’expression intérieure de l’image dans un premier axe , dans un second abord, la photographie comme prétexte de création d’un monde insolite.

Premier projet : La photographie comme moyen d’expression intérieure de l’image.

« Ce projet m’est venu à partir des œuvres de Heinrich Kühn et Robert Demachy, ces photographes utilisèrent toutes sortes d’artifices pour rendre la photographie expressive, c’est à dire exprimer une idée ou un sentiment, plutôt que de reproduire fidèlement le sujet: objectifs spéciaux (soft-focus) pour réaliser du flou, sur ou sous expositions, tirages sur papier très texturés, au charbon ou à la gomme bichromatée, colorisations postérieures, etc. sur mes photographies, c’est pour moi un symbole de destruction, protocole de rejets, fragilité́, déséquilibre, la destruction garde un grand intérêt dans l’expression de ma motricité́. L’image dénaturée à une tendance spirituelle immatérielle qui montre que tout est vanité́ et voué à disparaitre, tout comme la vie éphémère de l’instant.

J’ai choisi d’agir directement sur la photographie pour donner forme à mes sentiments, mes désirs, je partage donc le fait que ce soit l’homme qui influe sur la réalité́ pour la rendre conforme à ses inspirations comme le pensent les surréalistes de Breton. La difficulté́ serait de produire des effets similaires ou autres que ceux de la chambre noire, c’est donc faire de l’image photographique une ébauche de l’œuvre.

Je voudrais que l’on se sente proche de l’œuvre au point de ressentir comme des stigmates les émotions qu’elle traduit à travers les multiples transformations au cours de sa réalisation.

  

Deuxième projet : La photographie comme prétexte de création d’un monde insolite.

« Mon second projet est inspiré des artistes Chema Madoz et Phillippe Ramette, le premier réalise ses photographies à partir d’un vocabulaire d’objets qu’il combine, retravaille, oppose jusqu’à̀ obtenir des rencontres inattendues, où le surréalisme et l’absurde ne sont pas loin.

En libérant les objets quotidiens de leur destinée utilitaire, il nous fait passer à travers un miroir, dans une vision poétique issue de son imagination qui questionne notre perception de la réalité́ et de sa représentation.

Philippe Ramette peut être considéré comme un installateur, ses photographies sont trafiquées, mais finalement pas tant que cela : les situations prises ont existé́ « en réel » et la photographie a finalement un aspect très documentaire, se contentant de témoigner sobrement de ce qui a existé́.

« Le surréalisme n’est pas un moyen d’expression nouveau ou plus facile, ni même une métaphysique de la poésie. Il est un moyen de libération totale de l’esprit et de tout ce qui lui ressemble ». C’est pourquoi, d’un point de vue philosophique, selon Breton, le surréalisme repose « sur la croyance à la réalité́ supérieure de certaines formes d’associations négligées jusqu’à̀ lui, à la toute puissance du rêve, au jeu désintéressé́ de la pensée ».

Très impressionné les créations de ces artistes, je me sens dans la photographie surréaliste conceptuelle qui met en scènes des objets insolites ou banals mais qui laisse le spectateur s’interroger sur le sens du message.

J’ai donc réalisé une image à partir de papier toilette déchiré́, froissé.

En réalisant cette scène je ne recherchais pas une forme précise, mais seulement la complexité́ du sens que pourrait donner l’image prise sur plusieurs angles .Je sais que différentes méthodes sont utilisées pour créer un nouveau langage qui privilégie les associations inattendues et les effets de surprise ».

   

 

Désiré Amani 

Desire Amani: