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INTERVIEW / KONE WAGNINLBA, responsable du projet URBASCENES :  » NOTRE OBJECTIF EST D’ IMPLIQUER LA POPULATION D’ ABATTA A LA CRÉATION ARTISTIQUE  »

Raymond Alex Loukou | | Arts Visuels

Faire la promotion de la scénographie et des arts de la scène en milieu urbain est l’ objectif que s’ est fixé le CRESAS ( Cercle de Recherches et d’ Echanges en Scénographie et Arts Scène dirigé par le scénographe Koné Wagninlba Jocelyn. A travers le projet culturel dénommé Urbascènes : Plateforme Culturelle d’ Abatta, il veut impliquer les populations d’ Abatta, bourgade située sur l’ axe Riviera-Bingerville à la création artistique. En clair, ce projet met les populations d’ Abatta au cœur de la création artistique.  Il s’ agit d’ activités culturelles menées par les populations d’ Abatta pour les populations d’ Abatta aux dires de Koné Wagninlba. Une façon d’ intéresser les populations à la création artistique. Une démarche qui rencontre l’ assentiment de la chefferie d’ Abatta qui incite d’ ailleurs les populations à adhérer au dit projet. Faire la promotion de la culture de proximité est le pari que compte gagner les responsables de ce projet. Dans cet entretien, le promoteur nous apporte des éclairages.

Qu’ est ce qui a motivé la création du projet Urbascènes ?

    URBASCENES est un projet crée en 2008 par le Cercle de Recherches et d’ Echanges en Scénographie et Arts de la Scène ( CRESAS ) pour présenter un nouveau festival au public ivoirien et promouvoir la scénographie. Après la première édition du festival le 20 décembre 2008, nous avons jugé nécessaire de repenser le projet afin de répondre plus efficacement aux questions urgentes de la culture. Aujourd’ hui, les Urbascènes prônent la nécessité de rapprocher les arts du public, de les intégrer dans les populations et de créer des communautés artistiques fortes et solidaires. Dans le cadre de la Plateforme Culturelle d’ Abatta ( sur la route de Bingerville ), il s’ agit de réunir au coeur du village d’ Abatta 20 organisations artistiques autour d’ une industrie culturelle qui les engage au-delà de la démarche artistique, à la lisière de la pensée politique et aux confins des centres de prise de décisions. Le projet entend contribuer à la recherche, à la conservation et au développement des arts en Côte d’ Ivoire et en Afrique. Le village d’ Abatta est donc une véritable plateforme culturelle en chantier.

Comment êtes-vous arrivés à convaincre la chefferie d’ Abatta ? 

   La chefferie d’ Abatta avec à sa tête, le chef Abito Aké André nous a prêté une écoute favorable après avoir reçu et lu le dossier de l’ avant-projet des Urbascènes, Plateforme Culturelle d’ Abatta. Plusieurs séances de travail ont permis de présenter nos ambitions à la chefferie qui nous a délivré un agrément. Ensuite nous avons de l’ investiture du chef pour présenter une démarche du projet à la chefferie et au village d’ Abatta. C’ est ainsi que les organisations artistiques partenaires de la Plateforme ont apporté une forte animation dans le village d’ Abatta. La chefferie d’ Abatta a mis à notre disposition un bus pour transporter les 150 artistes et pris en charge leur restauration. Ce fut une très belle occasion qui a permis de convaincre tout le monde qu’ ensemble nous pouvons faire de grandes choses car la culture est levier très puissant du développement.

Comment les populations d’ Abatta ont accueilli la Plateforme Culturelle ?

 Après avoir reçu l’ agrément de la chefferie d’ Abatta, nous avons aussitôt commencé ériger des panneaux à l’ effigie du logo de la Plateforme Culturelle d’ Abatta sur le site du village. Ces panneaux suscitaient des interrogations de la part des populations. Dans la foulée, nous avons constitué un réseau de jeunes amateurs d’ arts originaires d’ Abatta. Avec ces jeunes, nous avons approché des familles pour leur présenter le programme Urbascènes et négocier la mise à disposition de locaux ou de terrains sur lesquels on pourrait construire ici et là, une menuiserie, une scène de répétition., une résidence de création etc…

Tout ce travail de communication et de sensibilisation s’ est concrétisé à l’ issue de la parade artistique des Urbascènes dédiée à l’ investiture du chef Abito. C’ était une belle occasion  pour la population de découvrir ce que c’ est que les Urbascènes. J’ avoue que la population a énormément apprécié cette parade. Aujourd’ hui, c’ est la population d’ Abatta elle-même qui parle du projet. C’ est la preuve que le message est passé.

Qu’ attendez-vous des populations en les intégrant à ce projet ?

Nous souhaitons que les populations d’ Abatta ouvrent davantage leurs portes aux artistes. Les Urbascènes dans leur dispositif voudraient développer des rapports plus citoyens autour de l’ activité artistique. Il ne s’ agit pas de créer ou de diffuser des spectacles dans le village d’ Abatta mais plutôt avec le village d’ Abatta et pour le village d’ Abatta. Cette démarche se concrétisera par l’ hébergement des artistes chez l’ habitant pendant les festivals qui se dérouleront  dans les concessions familiales d’ Abatta.

Quelles retombées les populations d’ Abatta doivent-elles attendre ?

Les Urbascènes partent de la reconfiguration artistique de l’ espace, rehausse la création par des techniques puis valorisent l’ ensemble de l’ ouvrage d’ art. La Côte d’ Ivoire qui ouvre à présent de nouveaux chantiers de développement trouvera en ce projet une véritable énergie constructive pour rebâtir son secteur son secteur culturel et donner un nouvel élan à la création ivoirienne. La structuration et la construction d’ une industrie culturelle autour de la scénographie est projet capital  pour le développement des arts et l’ épanouissement des troupes et compagnies professionnelles. Urbascènes est donc le lieu vivant de la gestation d’ une énergie nouvelle nécessaire à la production artistique ivoirienne. Sa réalisation au plus près des habitants est la preuve d’ un nouveau regard sur la culture et les arts. Le fait que le village d’ Abatta soit au coeur et également grand bénéficiaire de cette nouvelle approche artistique est déjà quelque chose de positif.

Votre démarche consiste donc à associer les populations au projet !

Bien sûr ! nous l’ avons dit, Urbascènes ne se réalisera pas dans le village d’ Abatta mais avec le village d’ Abatta et pour le village d’ Abatta c’ est-à-dire que la population d’ Abatta est impliquée à tous les niveaux de ce projet. Avec une telle démarche des profils artistiques se développeront à partir d’ Abatta. L’ arrivée des artistes profiteront aux populations. Des secteurs tels que le tourisme et le petit commerce se développeront de façon impressionnante. L’ intégration des artistes dans les familles d’ accueil est un moyen de développer de nouveaux liens sociaux et d’ ouvrir ainsi Abatta sur le monde extérieur.

Quelles sont les perspectives de ce projet ?

A court terme, les Urbascènes entendent démontrer que dans ce contexte actuel de la culture ivoirienne, il est nécessaire de mutualiser les moyens de création pour réaliser un impact réel sur le développement durable en matière de culture en Côte d’ Ivoire. Ensuite les Urbascènes s’ intéresseront à l’ autonomisation des créateurs en mettant à leur disposition à Abatta un dispositif constitué d’ ateliers de création, de décors, des scènes de répétition, des résidences de création etc… dans un même environnement afin de faciliter le travail de création et de réduire les frais de création. Nous envisageons à long terme sortir d’ Abatta des biens culturels de qualité. Vous n’ ignorez pas qu’ Abidjan, il est de plus en plus difficile pour les artistes du domaine des arts vivants et même des autres domaines de l’ art d’ avoir un véritable lieu de travail pour mieux conduire leur création. Ce qui donne à leur production un goût d’ inachevé et met en doute leur qualité artistique. Urbascènes se présente comme une véritable   » scène urbaine  » mise entièrement à la disposition des créateurs par le village d’ Abatta.

Qu’ attendez-vous de la part d’ éventuels partenaires à ce projet ?

 Nous attendons des partenaires un véritable engagement. Toute contribution aux Urbascènes est une option qui peut être encouragée, discutée et enrichit. Les Urbascènes tiennent à associer tous ses partenaires aux interrogations et réflexions autour du programme. C’ est un projet partagé autour duquel toutes les contributions sont les bienvenues. Nous faisons chemin ensemble avec tous ceux qui pensent que la culture peut contribuer à l’ amélioration des conditions de vie de nos populations.

Loukou Raymond-Alex