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Faustin TITI (Dessinateur) “La bd peut aider à mieux comprendre l’Afrique”

Firmin Koto | | Arts Visuels

Après avoir étudié la peinture au centre artistique d’Abengourou (Côte d’Ivoire, Afrique de l’Ouest), Faustin TITI a travaillé pour l’agence de communication Nelson McCann et contribué à l’éclosion de plusieurs magazines et journaux ivoiriens.

Faustin Titi


Celui qui fait l’unanimité des entreprises lorsqu’il s’agit de concevoir des bandes dessinées promotionnelles et éducatives a obtenu plusieurs prix notamment le Prix Calao en 1990, le Prix du Festival Coco Bulles en 1999. Il a participé au Festival d’Angoulême où il a obtenu la mention du Jury lors de la première édition du concours panafricain “Africa e Mediterraneo”, en 2002. Continuant sur sa lancé, un an après avoir remporté le Premier Prix du même concours panafricain, section “droits de l’homme, Faustin Titi élargie sa toile en Suède où il était de passage récemment.100%culture.com l’a rencontré pour vous.

Peux-tu te présenter à nos lecteurs ?
Je suis Faustin Titi. Je suis dessinateur ivoirien, j’ai 34 ans, je réside à Paris et je suis auteur de bandes dessinées. J’ai fait de la presse et la communication, mais finalement je me suis orienté dans la bd qui est l’une de mes passions et tout a l’air de bien marcher.

Tout a l’air de bien marcher. Qu’est-ce à dire concrètement ?
Quand on est un jeune Africain qui s’insert bien dans le créneau de la bd en Europe, ce n’est pas évident en général. Dans mon cas, on peut dire que cela marche plutôt bien. Néanmoins, je ne me complais dans aucune autosatisfaction. Seulement, lorsqu’on est africain et qu’on a du talent, voir ses oeuvres traduites dans une langue comme le suédois, cela fait naître des sentiments d’espoir. Aujourd’hui, j’ai la conviction que mon étoile brillera bientôt.

Tu es à Stockholm à l’invitation des plus hautes autorités suédoises en charge du département national de la bande dessinée. Peux-tu nous instruire sur ce premier voyage ici ?

J’ai été contacté par la Bibliothèque Internationale de Stockholm. Depuis l’année dernière, nous étions en contact, préparant ce projet. Je crois que cette structure a découvert mon oeuvre à l’Harmattan à Paris. Alors, elle m’a invité pour que je parle de la bd en Afrique et aussi pour égrener le contenu de ma dernière bd intitulée « Une éternité à Tanger » qui fait un clin d’œil au fléau de l’immigration en essayant d’en dégager quelques raisons. J’ai aussi l’occasion de donner des conférences dans des lycées et des centres divers pour expliquer aux Suédois et aux jeunes qui ne comprennent pas vraiment le problème de la candidature à l’immigration.

Nous croyons aussi que cette bd, qui connaît un succès en ce moment en Europe, qui fait présentement l’objet d’une édition en suédois ?

C’est l’initiative principale qu’a prise la Bibliothèque Internationale pour élargir le contenu de cette bd à la population suédoise afin qu’elle puisse mieux s’imprégner du problème de l’immigration dans un contexte plus réel, mais à travers la bande dessinée qui est un grand moyen de communication et d’éducation surtout dans le milieu scolaire. Cette bande dessinée avait besoin d’aller un peu plus au-delà de la langue française pour atteindre son objectif.

Parler d’objectif à atteindre en Suède avec ta bd, à quoi contribue réellement cette édition ?

D’abord, il faut dire que cette bd traduite en suédois peut-être maintenant à la porté d’un plus grand public ici. Qui voudrait aussi comprendre les fondements du problème de l’immigration au niveau de l’Afrique. Ce qui permettra à beaucoup de personnes de ne pas avoir du mépris pour les immigrés qui sont confrontés à un problème qui prend sa source depuis la colonisation. Sinon comment comprendre qu’un jeune Européen puisse circuler librement en Afrique, du nord au sud, et que ce ne soit pas pareil pour le jeune africain lorsqu’il met les pieds en Europe. Pourtant, les matières premières d’Afrique circulent en Europe sans problème. Pourquoi donc le matériel et pas les hommes à qui appartiennent ce matériel ? Le problème de l’immigration n’est pas seulement lié au phénomène de l’immigration clandestine. Il faut peut-être aller bien au-delà et chercher des solutions qui arrangent toutes les parties. Sinon, qu’on laisse l’Afrique avec ses matières premières et, dans ce cas-là, les Africains resteront chez eux à profiter de toute cette richesse. Autrement, tant que ça se passera comme je l’ai souligné plus-haut, les jeunes Africains chercheront toujours une meilleure condition de vie en occident. Cet occident qui décide pratiquement de tout ce qui concerne sa survie. Voici des choses qu’on doit comprendre en Europe surtout dans le milieu de la jeunesse à qui l’on n’explique souvent pas grand-chose et qui peut détester les immigrés parce qu’on leur a fait croire que ceux-là sont des envahisseurs. Je crois que la Suède, qui travaille beaucoup dans ce domaine, veut se familiariser à la bande dessinée africaine en termes d’audience, de message et de marché, etc.

Faustin Titi
photo: Laurent Denimal

Parmi tant d’auteurs africains, pourquoi le choix de la bibliothèque de Stockholm s’est porté sur ton oeuvre ?

Selon les bruits de couloirs, il faut dire que cette structure a vraiment bien apprécié mon travail. Ses dirigeants ont estimé que le sujet de l’immigration a été bien traité. Cela a été une découverte merveilleuse pour eux de voir un jeune Ivoirien avec une bd d’une telle qualité. Profitant de ce que cette année a été décrétée année de la francophonie, ils ont donc saisi cette aubaine.

Une “Éternité à Tanger” a tout de même une histoire !
Effectivement, cette bd a une histoire. C’est celle de
Gawa, un jeune Africain originaire de Gnasville, lieu imaginaire et symbolique de toutes les métropoles d’Afrique, se retrouve à Tanger, après un long périple. Dans cette ville, aux portes de la forteresse Europe, Gawa attend un improbable départ. Il raconte ses péripéties : c’est à pied, à cheval ou en voiture qu’il a traversé les pays, bravé le désert et les contrôles de police pour parvenir jusqu’à la ville marocaine. Gawa décrit aussi l’ambiance trouble des rues de Tanger et le rêve déchu d’une vie ailleurs : il déroule les conditions de vie inhumaines de ses semblables sous la coupe des passeurs et des circuits mafieux qui prostituent les filles et rançonnent les « candidats au voyage ». Cette histoire avait été présentée au concours AfricaComics en Italie et sur les 150 participants, c’est finalement les planches que j’ai proposé qui ont permis que je remporte le prix. Qui était accompagné d’une somme d’argent et surtout d’une promesse d’édition. Nous avions donc du travail dans la ligne directrice de cette histoire pour présenter une bd de plus de 40 pages destinées à l’édition. Je voudrais aussi profiter de l’occasion pour dire un mot sur Eyoum Nganguè, ce journaliste camerounais qui a écrit le scénario de cette bd. En tant que rédacteur en chef du magazine panafricain Planète Jeune, il avait fait un reportage sur ce sujet. Très imprégné alors de ce phénomène, cela a été une belle rencontre entre lui et moi pour poser le problème de l’immigration sous l’angle de la candidature et faire naître la bd “UNE ÉTERNITÉ À TANGER”.

En tant que jeune africain auteur de bd et vivant en Europe, comment vois-tu l’avenir de la bd made in Africa ?

La bd africaine a quand même une histoire. Mais, tout de même, il faut reconnaître qu’on a été longtemps influencé par les auteurs européens. Aujourd’hui, c’est à nous de prendre notre destinée en main pour apporter notre propre style et notre vision en tant qu’africains. Actuellement, la bd africaine est à l’état des balbutiements parce qu’il reste encore beaucoup à faire pour atteindre le niveau de la bd mondial. Vous savez certainement qu’il y a un problème crucial d’imprimerie et de structures d’éditions en Afrique. Il y a cependant une lueur d’espoir pour la bd africaine d’autant plus que, de plus en plus, les Africains se rapprochent de l’univers de la bd à travers les dessins de presse qui paraissent dans les journaux spécialisés. Même si le pouvoir d’achat ne permet pas aux Africains de s’offrir des albums, un pas considérable est fait cependant avec le dessin de presse qui fait espérer que les choses seront meilleures dans un avenir proche avec s’il y a une réelle volonté politique.

As-tu d’autres projets en vue ?

Pour parler de projet à court terme, il faut dire que j’ai une autre bd en préparation qui sortira le courant de cette année. J’ai été choisi par, Le Mouvement du Nid, une Ong basée à Paris pour réaliser une bd de 42 pages qui parle de la prostitution en Afrique et des réseaux de proxénètes. C’est pour moi un autre challenge dans la mesure où le sujet de la prostitution en Afrique mérite qu’on s’y arrête un peu, vu l’ampleur du fléau. À Paris, on en parle déjà en termes de grand projet qui sera lancé dans quelques mois.