Première partie : saisir les paradigmes artistiques et culturels ?
Nous dressons cette étude pour notifier le rôle majeur que l’art pourrait jouer dans de nombreux pays africains, à côté des matières premières.
En effet, en Afrique, nous estimons que le rôle à jouer de l’art dans le champ social, dans la vie des nations africaines et donc dans l’économie peut être et doit être d’un facteur naturel au même titre que les autres secteurs d’activités. La diversité des ressources artistiques africaines est un véritable atout à exploiter pour booster l’économie des pays et créer des emplois. Aujourd’hui encore, quand on parle d’art dans de nombreux pays africains, l’image d’Épinal (le cliché) qui vient à la tête de nos concitoyens, c’est le dessin. Tout est résumé au dessin alors qu’il n’y a pas que le dessin. Le domaine est vaste. En recherchant les causes d’un tel jugement lapidaire, je crois en situer les origines. Dans nos pays, en général le cours d’arts plastiques dans les collèges et lycées se résume aux dessins par faute de moyens pour développer les autres secteurs. Alors, le tropisme, pour la majorité d’enfants qui ne choisissent pas nécessairement la vocation des arts par manque d’information, c’est de continuer à croire à l’âge adulte et de façon cossarde que le dessin est l’élément principal de l’art. Il est donc nécessaire de présenter le vaste environnement de l’art tant soit peu pour nous en faire une idée, avant toute analyse.
La classification des arts
Il faut savoir que dès le XXe siècle, il a été établi une classification des arts au nombre de neuf domaines.
Par ordre de classification nous avons comme :
1er art l’architecture
2e art la sculpture
3e art la peinture
4e art la musique
5e art la poésie
6e art la danse, le mime, le théâtre et le cirque (qui sont les arts dits de la scène)
7e art le cinéma
8e art la photographie, la télévision, la radiodiffusion (qui sont des arts dits médiatiques)
9e art la bande dessinée
Je me garde de citer le dessin, le graphisme, l’infographie, la vidéo, le jeu vidéo, la sérigraphie, la lithographie, le tissage à métier, le modelage, la performance, l’installation, le body art, le textile, l’art environnemental, la fresque, etc. qui sont des domaines artistiques majeurs et notables pourvoyeurs d’emploi et qu’il est aussi nécessaire de citer, même s’ils sont hors des catégories classifiées plus haut.
Je n’ai pas non plus évoqué le vaste domaine des arts appliqués qui comprennent :
– Le design d’espace (architecture d’intérieur, paysagisme, évènementiel, marbrerie, paysagisme, scénographie, etc.)
– Le design textile (vêtement, haute couture, mode, stylisme, costume, tenues spécialisées, accessoires)
– Le design du produit (mobilier, objet industriel, design)
– Le design de communication (graphisme, publicité, multimédia, web design, affiche, illustration, imprimerie, typographie, médias contemporains, etc.)
– Les métiers d’art (bijouterie, ciselure (art de la finesse et de la précision), vitrail (composition artistique décorative formée de pièces de verres), coutellerie (l’art de fabriquer le couteau), dinanderie (ustensiles de cuivre, d’argent et de laiton), céramique, dorure, ébénisterie, encadrement, fonderie, forge, gravure, joaillerie, horlogerie, maréchalerie (métier de ferrage des chevaux), miroiterie, mosaïque, verrerie, zinguerie (métier de la toiture et de leur étanchéité), orfèvrerie, reliure,)
Le rendement économique
Dans les sociétés africaines, il demeure une tendance à figurer le rôle à jouer de l’art aux antipodes du développement économique alors qu’il en est un secteur vital, sans lequel, je me demande si l’idée même de société à encore un sens ? À retirer tous les éléments que je viens de citer de la vie des hommes, c’est tout comme si l’on retirait à Adam et Ève le jardin d’Éden.
Mon propos prend toute son ampleur, dans la mesure où aujourd’hui nous constatons par exemple l’importance majeure de tous ces secteurs d’activité sur la vie culturelle et économique de nos pays.
À l’époque contemporaine, à considérer seulement certains secteurs de la liste que je viens d’égrainer ; y a-t-il encore vie humaine, à l’exclusion de l’architecture, de la télévision (à étendre aux écrans de façon générale), de la musique, de la danse, etc., tant elles modulent à elles seules la vie de la société actuelle. En sommes, l’art est partout et infiltre tous les secteurs de la vie.
Il faut relever que les infrastructures culturelles peuvent véhiculer en raison de leur dimension ou caractère artistique des devises importantes, pourvu qu’elles soient mises en valeur et promues. Comme infrastructures culturelles, nous pouvons citer les monuments historiques :
Les monuments historiques sont soit des édifices dont la conservation présente du point de vue de l’histoire ou de l’art, un intérêt public (exemple : château (château de Versailles (), églises (basiliques), village historique, un pont historique (Pont Faidherbe (1897) de Saint-Louis au Sénégal), Le Golden Gate Bridge (1933) de San Francisco en Californie qui était jusqu’en 1964 le pont le plus long du monde avec 2737 m, et qui selon l’American Society of Civil Engineers, cet ouvrage d’art fait partie des sept merveilles du monde moderne. En guise d’information, le pont le plus long aujourd’hui est le pont Danyang-Kunshan (2010 à 2011) qui relie les villes de Danyang et de Kunshan en Chine (164,8 km), etc.), la Kaaba d’Arabie Saoudite qui est avant tout une construction ou un édifice en forme cuboïde dont les premières manifestations datent de la période préislamique avant de symboliser l’unité des musulmans qui adorent un Dieu unique, etc.)
Les monuments historiques sont soit des objets dont la conservation présente aussi un intérêt public, d’ordre historique, esthétique, scientifique ou technique (exemple : une statue (statue de la liberté), un meuble, une automobile, masques, costumes, armes, livres ou manuscrits anciens (exemple les cent mille manuscrits de Tombouctou véritable trésor de la ville dont certains datent de la période préislamique remontant au XIIe siècle), nous pouvons citer entre autres objets, le Saint-Suaire de Turin, d’Édesse, de Compiègne, de Besançon, de Cadouin, de Lierre)
Les ouvrages artistiques répertoriés au sein des monuments nationaux ou consignés directement comme ouvrages nationaux ont une haute portée économique dans la vie d’une nation. En dehors des aspects touristiques (nous indexons ici le tourisme national et international), les infrastructures culturelles et artistiques sont des facteurs majeurs de créations d’emploi et de recouvrement d’impôts.
En France, en 2000, un aperçu du palmarès de fréquentation de certains monuments et musées notoirement connu et les emplois générés, nous fournit les résultats suivants :
La Tour Eiffel fait 6 152 032 visiteurs. Le tarif adulte 8.20 €, soit 5380 CFA. Les visiteurs de 12 à 24 ans payent 6.60 € soit 4329 CFA. Le nombre de 6 152 032 visiteurs à multiplier par le plus petit tarif donne le montant de 26. 635 837 742 CFA arrondissons à 26 milliards. Je n’ai pas inclus dans ce calcul, les ventes dans la galerie marchande et les restaurants au rez-de-chaussée et à l’intérieur de la Tour Eiffel
Le Musée du Louvre fait 6 100 000 visiteurs/le tarif de 11 € x 6 100 000 = 44 017 600 000 CFA arrondissons à 44 milliards. Je n’ai pas inclus dans mes calculs les ventes dans l’immense galerie marchande et les nombreux restaurants à l’intérieur du Louvre.
Le musée du Centre Pompidou fait 5 122 000. Le tarif plein est de 10 €. Le tarif réduit est de 8 €. À considérer le chiffre d’affaires fixé sur le tarif réduit, nous obtenons 26 880 256 000 CFA. Nous allons réduire cela à 25 milliards sans compter les chiffres d’affaires faits par le restaurant au premier niveau, les librairies, les boutiques, la bibliothèque, le cinéma, les ateliers enfants.
Les visiteurs des autres patrimoines culturels et artistiques sont considérables et sont de fait susceptibles de générer des fonds importants pour un État :
– Le Château de Versailles 2 872 988
– Le Musée d’Orsay 2 490 281
– L’Arc de triomphe (la tour des Champs Élysées) 1 335 117
– Le mont Saint-Michel 1 078 266
– Le musée de l’Armée à Paris 843 509
– Le Palais de la Découverte 636 691
– Le Palais des Papes à Avignon 616 432
– Le Musée Grévin 600 000
– Le Musée Rodin 560 542
– La Tour Montparnasse 550 000
– Le Musée Picasso à Paris 527 379
– Le Musée de l’Opéra 510 160
– Le Musée d’Art moderne de Paris 402 444
– Le Château des ducs de Bretagne 386 185
Il faut associer à l’effet de rendement économique, hormis les rendements directs dus au frais de visites des monuments désignés eux-mêmes, les effets bénéfiques sur les villes d’accueil par exemple au niveau de l’hôtellerie, des transports, des restaurants, et diverses boutiques de luxe, etc..
Nous l’avons vu pour Paris, il est à savoir combien engrangent des villes comme New York (Musée Guggenheim), Londres (le British Museum ; le Museum of London ; Science Museum ; Victoria & Albert Museum, Natural History Museum, etc. ), Berlin (Deutsches Technikmuseum ; etnologisches Museum ; Bröhan Museum), Tokyo ( le National Museum of Modern art ; le Mori Art Museum ; le Bunkamura Art Museum ; Tokyo Metropolitan Art Museum), Washington, San Francisco, etc. Je ne peux omettre l’Italie et son bastion artistique et culturel historique précurseur de la renaissance artistique à Florence, Rome, Venise, Naples, Milan, etc. En Italie, je citerai les grands noms de l’art que sont Léonard de Vinci (la Joconde), Michel-Ange (Basilique St Pierre de Rome, le jugement dernier), Masaccio, Sandro Botticelli (la Naissance de Vénus), Piero della Francesca (l’œuvre « La Cité Idéale » à Urbino, Andrea Mantegna (le martyre de Saint Sebastien), Donatello (la statue équestre du Guattamelata, et le David de Florence) Raphaël (le Pérugin de Rome, la Madone aux œillets), Antonello da Messina, Bramante, le Corrège, le Tintoret, Giorgione. Tous ces artistes (sculpteurs, peintres, architectes) sont entrés dans la légende et sont connus dans le monde entier comme étant les plus grandes expressions du génie artistique de tous les temps. L’Italie génère par rapport à l’aura de ses artistes historiques et leurs créations, d’importantes devises.
Les emplois générés sont considérables au sein du patrimoine culturel et artistique. Plus il y a de monuments qui ont une importance au cœur d’une nation, qui en atteste de leur présence, plus il y a des personnes engagées en leur sein pour assurer la pérennité des infrastructures et des œuvres. Un pays qui possède par exemple 10 000 infrastructures culturelles emploie autant de travailleurs sinon davantage en leur sein ; étant entendu qu’un musée n’emploie pas une seule personne. Nous livrons ici, le nombre de musées dans de nombreux pays, à rapporter au taux d’employabilité.
La France compte 43 180 monuments historiques.
L’Australian Council of national Trusts (ACNT) répertorie en Australie 300 sites historiques, emploie 7000 vacataires et 350 permanents. Chaque année, les sites gérés par l’ACNT reçoivent plus de 1 million de visiteurs
La Belgique comptait en 2010, un total de 1173 monuments.
En Italie il existe 60 000 monuments nationaux.
Aux États-Unis d’Amérique en 2003, il est dénombré 2300 sites d’intérêt historique et de portée nationale.
Au Japon 5824 objets d’art et 1059 sont considérés comme des trésors nationaux.
Au Canada en 2011 on dénombrait 955 lieux historiques.
En Colombie en 2011 on pouvait mentionner 1079 biens d’intérêt culturel du domaine national.
La Corée du Sud comportait en 2010, 315 objets estampillés du sceau trésors nationaux
Le marché des arts
Au niveau du marché des arts, notons qu’il existe plusieurs marchés. Il faut faire la distinction entre le marché des œuvres classiques qui englobe le patrimoine historique que nous venons de citer et le marché des œuvres actuelles ou contemporaines. Les deux notions de références qui caractérisent la valeur au sein de ce marché sont l’excellence artistique et la rareté extrême de l’œuvre indexée. Plus une œuvre est exécutée de façon excellente et plus elle est rare, plus elle prend de la valeur sur le marché de l’art.
Depuis le XIXe siècle, la définition sociale de l’œuvre d’art veut qu’elle soit le produit du travail indivisible du créateur d’une part, et qu’elle soit déterminée par la gratuité (entendons par la notion de gratuité, le caractère non utilitaire de l’œuvre, autrement elle devient fonctionnelle et peut être considérée comme un produit de l’artisanat ou de l’industrie. Aujourd’hui, cette fonction même du produit artisanal ou de l’industrie a été quelque peu revue, dans le sens où les techniques de création comme la photographie, la sérigraphie, la vidéo, le ready-made, l’objet, etc. sont rentrés dans le champ d’objectivation et d’accréditation artistique du fait de l’aura des artistes, de certaines écoles et des mouvements artistiques.
La valeur économique de l’œuvre d’art est caractérisée par son unicité et par sa rareté. Elle est unique au monde, elle est irremplaçable. C’est un bien stérile comme l’or. L’œuvre d’art se situe comme l’or dans la catégorie des placements de refuge ou de spéculation. Ce qui signifie que quand la monnaie nationale est dévaluée, une personne qui a investi dans une œuvre d’art de valeur d’un artiste célèbre reconnu internationalement peut revendre son œuvre au prix fort. Il peut au demeurant récupérer sa mise sans subir les fluctuations dues à la dévaluation de la monnaie locale.
De Ricardo à Marx, en passant par Stuart Mill, les économistes ont reconnu le statut économique de l’œuvre d’art, en relation étroite avec son caractère unique. La demande de biens rares suppose que la rareté soit considérée comme une valeur artistique. Dès lors, l’art sera l’objet, non seulement de placement, mais de désir ou de distinction.
L’art contemporain nous montre à souhait que l’art aussi est modulé par plusieurs paramètres au nombre desquels il faut intégrer le pur business. De fait, au-delà des caractéristiques de rareté, les stratégies de communication modernes sont aussi capables de booster la côte d’intérêt d’une œuvre d’art, de donner à l’objet le plus banal un sens et un intérêt majeur.