Artisanat : Bettencourt paie son prix

PRIX Depuis 1999, le prix Liliane Bettencourt «Pour l’Intelligence de la main» récompense les meilleurs artisans d’art.

Le nom de Liliane Bettencourt n’est pas attaché qu’à l’affaire du même nom. Il est aussi la dénomination des prix de l’ « Intelligence de la main » créé en 1999 par la Fondation Bettencourt Schueller pour encourager les créateurs qui œuvrent «pour l’excellence et la noblesse des savoir-faire français dans les métiers d’art». Deux prix sont à cette occasion remis : «Talents d’exception» et «Dialogues».

Cette année, la milliardaire a créé une nouvelle récompense, «Parcours». Ces trois prix, dotés chacun de 50 000 euros, sont de plus désormais complétés par un accompagnement pouvant aller jusqu’à 100 000 euros par lauréat pour la mise en œuvre de ses projets.

Le premier prix, «Talents d’exception» 2014, a été remis à l’artisan d’art et dinandier (le travail sur feuille de cuivre ou d’étain martelée) Nathalie Le Berre, pour sa sculpture l’Infini«Evoquant les rythmes du corps humain, elle est réalisée d’une seule feuille de métal déployée dans les trois dimensions prenant le profil de la lettre C, noir à l’extérieur et doré à l’intérieur», explique le dinandier.

Pour son projet d’accompagnement, il concevra une quinzaine de pièces – mobilier, vases, luminaires et sculptures. Son travail très organique s’inspire de la série Early forms de Tony Cragg, mais aussi des sculptures d’Antonio Volti. Il affectionne particulièrement les «creux bombés», en forme de «selle d’équitation», qui font jaillir la lumière de la pièce par la couleur qu’il dépose à l’intérieur.

«UN OBJET D’INTÉRIEUR POUR L’EXTÉRIEUR»

Le second prix, «Dialogues», récompense une rencontre : celle du céramiste Gérard Borde et du designer Marc Aurel pour leur œuvre commune, le Fauteuil Beyrouth.«Nous avons voulu inventer le premier mobilier urbain en céramique, hormis quelques éléments en carrelage que l’on trouve par exemple dans les stations de métro, il n’en existe nulle part», explique Gérard Borde. Ce fauteuil est constitué d’une structure métallique peinte et d’une assise en céramique, composée de deux coussins, d’un accoudoir et d’un dossier, destiné aux espaces extérieurs des nouveaux souks de Beyrouth. Pour qu’il résiste au temps et aux tags, l’artisan a choisi une céramique très résistante blanche pour le prototype, qui sera ensuite déclinée en plusieurs coloris.

Marc Aurel, qui collabore depuis trois ans avec le céramiste, a «voulu une œuvre qui soit en contraste avec ce que l’on voit aujourd’hui. j’ai conçu un objet d’intérieur pour l’extérieur», explique-t-il. C’est un véritable travail construit à quatre mains, comme il le fait depuis vingt-cinq ans avec des maîtres d’art ou compagnons. «Ils ont un savoir-faire exceptionnel, ils magnifient le dessin que je leur apporte», poursuit-il.

«Fauteuil Beyrouth», 2013, Marc Aurel et Gérard Borde. (Photo Aurel Design Urbain)

Le tout dernier prix va au directeur du centre International d’art de Meisenthal (Moselle), Yves Grienenberger. La récompense n’est pas décernée pour une œuvre particulière, mais couronne plutôt «la posture d’un lieu et les hommes qui font ce lieu», comme le souligne le directeur. Yves Grienenberger, en place depuis 2001, «qui n’est pas habitué aux honneurs», s’en félicite. C’est une reconnaissance pour le Centre international d’art verrier (Ciav), qui «permet de croiser l’héritage technique d’un territoire avec des expressions contemporaines» depuis son ouverture en 1992.

Le CIAV aux DDays 2014. (Photo Alain Froehlicher)

Le jury 2014 était présidé cette année par David Caméo, directeur général des Arts Décoratifs, et réunissait l’architecte Christian Biecher, le pâtissier Pierre Hermé, le plasticien Fabrice Hyber et la designer India Mahdavi. Les œuvres primées seront présentées au public du 24 au 29 octobre, chez Piasa, à Paris.

 

Dominique Poiret

Source: next.liberation.net

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