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Art / Insolite : Handicapé, Adama Traoré peint avec la bouche

Raymond Alex Loukou | | Arts Visuels

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Inimaginable ou encore insolite pourrait-on dire. Installé à l’entrée de l’hyper marché Sococé, à Abidjan, les Deux Plateaux, Adama Traoré est un peintre hors du commun.

« Paysage, souffrance et espoir « . Telle est la thématique autour de laquelle s’articule les création de cet artiste. Dans un espace complètement anodin,  ce peintre y expose ses tableaux depuis 2007. Une chose intrigue cependant la vue du passant : Adama n’est pas un peintre ordinaire.

Malgré son handicap, Adama Traoré dépourvu  de ses deux bras, trouve les ressources nécessaires pour peindre des tableaux. Une exhibition dans un style figuratif, cet artiste fait partager sa sensibilité et sa lecture de la vie sociale. Adepte du figuratif, cet artiste atypique donne la pleine mesure de son talent avec des tableaux dont les principales couleurs se déclinent dans les primaires à partir du gouache qui constitue sa principale matière.

Sa peinture est faite sur du papier canson avec lequel il travaille beaucoup. Le tissu n’a également pas de secret pour lui à condition qu’on lui passe une commande. « J’utilise pour la coloration, de la gouache. La gouache coûte cher mais pour m’en sortir, je paie en gros les bidons de couleurs gouache » affirme-t-il.

Dépourvu de bras,  Adama peint avec le menton et la bouche. Il n’en fait aucunement point un obstacle à sa créativité : « Dieu m’a créé comme ça et c’est ce talent qu’il m’a donné et je remercie Dieu pour ce don » confie-t-il.  Adama Traoré avoue s’être introduit dans le métier depuis l’âge de 9 ans lorsqu’il était  à Abobo  chez une dame avec  des handicapés comme lui.  C’est là-bas qu’il a fait ses armes dans la peinture. Après le décès de cette dame, se prendre en charge s’imposait désormais à lui. C’est ainsi qu’il est rentré en famille. «  C’est là que j’ai commencé à me chercher » avoue-t-il.  Grace à la générosité des propriétaires de Sococé, il s’y est installé depuis 4 ans.

Son inspiration, il la tire de sa vie personnelle et de la culture Sénoufo. «  Je suis Sénoufo et au village lorsque j’y vais, je vois la souffrance des habitants, et la souffrance que je vis moi-même, je les transpose dans mes tableaux » affirme-t-il. Avant d’ajouter : « Parce que je connais la souffrance, je sais comment elle est, et c’est cela qui m’inspire davantage dans mes tableaux ». Même si les amateurs de peinture apprécient ses œuvres, Adama rencontre des difficultés.  Il l’exprime clairement : « c’est très difficile.  Il faut  des mois pour qu’un tableau parte dans les mains d’un client. Quand ils me voient travailler, ils me donnent des jetons avec lesquels je me défends pour ma survie quotidienne ».

A l’évidence,  Adama Traoré ne vit pas de son art. En plus des difficultés financières,  les tableaux ne sont pas à l’abri des intempéries. Le soleil et la pluie détériorent ses tableaux. C’est pourquoi, en ce moment, il  à la recherche d’un magasin.  L’artiste avoue  faire 15 tableaux  par jour  sans y mettre de couleurs.  Adama travaille d’arrache pied car conscient que seul le travail paie.  « Je ne me repose pas car je veux sortir de ma pauvreté. Je ne veux pas baisser les bras parce que Dieu m’a donné un don, et je veux profiter de ce don. Je veux que les gens sachent que malgré mon handicap, je suis capable de réaliser des choses au même titre que ceux qui ont tous leurs membres».

Limité par les moyens financiers, Adama sollicite de l’aide pour pouvoir présenter au grand public sa dextérité dans la peinture. «Je veux qu’on m’aide à m’installer dans un magasin pour vendre mes tableaux et évoluer pour un avenir plus radieux». D’ailleurs, des âmes sensibles ont commencé à se manifester à l’instar des responsables de la structure Qnet, qui lui donne un grand coup de main en l’aidant à vendre ses tableaux. Grâce à eux, l’artiste extraordinaire, Adama arrive à payer son loyer et à mieux vivre son quotidien. Les apports d’autres structures ou personnes amoureuses d’arts sont les bienvenus pour aider à promouvoir les tableaux de cet artiste qui peint avec la bouche et le menton.