Art contemporain Plus un art de présentation que de représentation!


Plus que jamais la question de sa viabilité et de sa promotion s’est posée au Festival des arts nègres. L’une des tables rondes qui a marqué la 3e édition du Festival mondial des arts nègres (Fesman), du 10 au 31 décembre dernier, à Dakar, est celle qui a porté sur la viabilité et la promotion de l’art contemporain africain.

Cette question récurrente, à l’instar de la dernière session de formation des journalistes critiques d’art de la Cedeao et de la Mauritanie à Ouagadougou, en octobre dernier, à l’initiative du Fonds régional pour la promotion et les échanges culturels (Cedeao/Uemoa), mérite un éclairage sur la place et le rôle de l’art contemporain en Afrique et dans le monde.

Le 21 septembre à Abidjan, Simon Njami, secrétaire général honoraire de la Fondation Charles Donwahi pour l’art contemporain, commissaire international d’expositions, critique d’art, professeur de l’histoire de l’art, y animait une conférence sur ce thème: «La place de l’art contemporain dans le monde et en Afrique: rôle des structures locales».

Si, selon lui, à la lumière de la définition qu’il donne de l’art contemporain, «une œuvre qui me parle de mon époque, et un auteur avec qui je peux prendre un verre après l’expo», il faille structurer et mettre en synergie tous les acteurs qui sont aptes à mettre en lumière toutes les créations rompant avec le classicisme en arts visuels, pour le Pr Yacouba Konaté, président de l’Association internationale des critiques d’art (Aica) et philosophe, la formulation de la problématique est… problématique. Pour lui, «l’art contemporain est plus un art de présentation que de représentation». La «contemporalité» étant sous-tendue, très souvent, par la scénographie qui accompagne l’œuvre. C’était à l’occasion de la célébration des 40 ans de peinture de Cyprien Kavlan à la Rotonde des arts à Abidjan Plateau.

Prenant comme exemple la mode et les fashion shows, Yacouba Konaté soutient: «Les défilés de mode avec les vêtements extravagants, à la limite, prouvent qu’ils ne sont pas présentés pour être portés, mais pour montrer la force créatrice de l’artiste». Aussi, s’oppose-t-il à l’appellation «structure locale» qu’il juge partielle et parcellaire, pour ne pas dire péjorative. En ce sens qu’il y décèle «une tension» sémantique qui pourrait créer un primat de la validation internationale (mondialisation oblige) sur des instances de proximité.
Ce que l’on pourrait traduire comme «un plaidoyer pour un système de reconnaissance et de validation endogène des œuvres d’art contemporain». Pour dire que c’est la somme de toutes ces instances locales qui permettront aux créateurs de tous les continents de s’assumer à partir de leurs bases dans ce système globalisé. Paraphraser Césaire ne serait donc pas superfétatoire: «C’est la revendication de l’originalité qui fait la beauté de l’universalisme, entendu comme la somme des particularismes».

Avec, bien entendu, un modus vivendi sur la définition de l’art contemporain comme un primat de l’idée sur la matérialité.

Remi Coulibaly: