Le peintre ivoirien Alia, en exposition au Sofitel Abidjan Hôtel Ivoire

L’exposition du talentueux peintre ivoirien Alia se tient, du 10 décembre 2020 au 10 février 2021, au Sofitel Abidjan Hôtel Ivoire. Le vernissage s’est déroulé dans la soirée du jeudi 10 décembre 2020 en présence de plusieurs amoureux de l’art. 100pour100culture vous invite à revivre cette manifestation artistique.

 

Plongés dans la pénombre, les cimaises de la galerie du Sofitel Abidjan Hôtel ivoire nous en mettent plein la vue. Ce plaisant décor que présente actuellement la salle est l’œuvre d’un talentueux artiste ivoirien connu sous le nom de Alia. Se posant en star du jour, l’homme est l’auteur d’une vingtaine de magnifiques tableaux, entièrement dominés de portraits de femme avec du pagne Wax à usage excessif.

Dans ses productions, le Wax tient lieu à la fois de support et de décor. Aussi, ses œuvres évoquent des réalités propres à l’Afrique. “SIMPLEMENT FEMME“, “BEAUTE AFRICAINE“, “LA BRANCHEE“, “LES CITADINES“, “FEMMES BATTANTES“, “CHIC DAME“, “DOUCEUR DE FEMME“, “ÉLEGANCE“, “CARACTERE“, “LA VIE“, “LE COUPLE“, “LE MASQUE EN PAGNE“, “TRADITION ET MODERNITE“, “ALLONS A LA PAIX“, “GENERATION”, “LES GARS COOL“, “LES CITADINS” sont quelques-unes des œuvres qui s’offrent aux regards éberlués des spectateurs qui sont venus découvrir non seulement l’artiste, mais aussi ses productions de belle facture.

À 19h Alia était prêt à tenir la traditionnelle allocution des vernissages. Arborant une dreadlocks et des lunettes fumées, le quadra peintre ivoirien de 42 ans porte un veston bleu assorti d’un pantalon pagne de type Wax. C’est un artiste d’une belle prestance doté d’une grande humanité, très joviale et croyant que nous découvrons. Tous les regards étaient  portés sur lui. Smartphones mis en mode photo-camera, appareils de filmage et de prise de vue conventionnels, …sont tous dirigés vers notre star du jour.

19h 30, l’artiste prend enfin la parole. D’une voix posée chargée d’émotions, Alia s’exprime laconiquement devant une assemblée acquise à sa créativité. Sa source d’inspiration, l’usage prononcé du pagne Wax dans ses œuvres, le message véhiculé par celles-ci et son parcours artistique sont entre autres les thèmes auxquels s’intéressera notre talentueux peintre.

« Mon inspiration vient de mon créateur, Dieu le Tout puissant. », avance-t-il en introduction de son discours. Quant à l’usage prononcé du pagne Wax dans ses œuvres, Alia explique que le Wax, bien qu’il ne soit pas d’origine africaine, est aujourd’hui considéré comme un produit purement africain. Fort prisé et utilisé en Afrique, le Wax a fini par se voir attribuer une autre « nationalité ». Le plus étonnant est que les Européens, à l’origine de son expansion sur le sol africain, le considèrent désormais comme un produit africain.

Toujours selon ses explications, notre quotidien est marqué par l’usage excessif du Wax. On a recours au Wax lors des naissances, des décès, des défilés de mode, des fêtes de génération, voire dans les pratiques coutumières.

« Je me suis donc dis que le Wax, c’est l’Afrique. C’est toute notre vie. C’est toute notre existence. Le Wax est plus utilisé par nos femmes et même dans notre économie. Les femmes ont pris le Wax pour faire leur business », constate le peintre avant de confier à l’assistance que c’est la raison qui l’a donc poussée à s’intéresser au Wax dans ses créations artistiques.

Par ailleurs, Alia ne manque pas de nous révéler que la présence de plusieurs ethnies dans nos Etats africains va aussi jouer un rôle dans le choix du pagne Wax. Accordant une place de choix à Dieu dans sa carrière artistique, il soutient que c’est l’esprit divin qui lui a mis à cœur l’idée du “n’zassa“- c’est l’association de plusieurs morceaux de pagne comme le Wax, en Baoulé.

« Et puis dans nos Etats, on retrouve plusieurs ethnies. La Côte d’Ivoire, par exemple, compte plus de 60 ethnies. Je me suis dit pourquoi ne pas fait le “n’zassa“. Et ça, c’est l’esprit de Dieu que me guidait toujours. », déclare-t-il. Et l’artiste d’ajouter : « J’étais dans la rue, sous le soleil, dans la poussière. Et c’est là que je tirais mon inspiration…Le soleil représente la lumière. Et cette lumière était déjà divine et spirituelle. Elle me donnait l’inspiration. Cette lumière m’a donné le “n’zassa“, qu’on retrouve partout sur nos parents. »

Alia affirme également avoir réalisé que dans le “n’zassa“ résidait « quelque chose de précieux, d’important, une richesse, un message fort. » Selon lui, le “n’zassa“ représente « le mélange de plusieurs ethnies.»

Interrogé sur la raison pour laquelle ses œuvres mettaient plus la femme en avant, il répond : « La femme est la vie. Le Wax doit son existence à la femme. Le Wax et la femme font un. Consommant plus le Wax que les hommes, ce sont elles qui mettent en avant le Wax. »

Tenons à rappeler, au passage, que la femme constitue le sujet principal de ses productions artistiques. A en croire Alia, c’est elle qui « active la société africaine. ». Outre la femme, il peint le quotidien de son continent, l’Afrique.

Parlant de sa carrière, Alia a une histoire très émouvante. Pendant de nombreuses années, l’artiste n’a connu que des expositions de rue jusqu’en 2020. Ses œuvres étaient familières aux rues d’Angré et Marcory. C’est cette année, par la grâce de Dieu, que Alia a quitté les expositions de rues et a vu ses œuvres brillées sur les cimaises du pullman hôtel en janvier dernier avec Céline GAUTHIER et ensuite à la galerie Art Time puis maintenant à la Galerie du Sofitel Abidjan Hôtel Ivoire avec Olivier PEPE,  publicitaire et passionné de l’art contemporain, pour une exposition individuelle.

L’artiste Ankoffa : « Quand j’ai vu son travail, automatiquement, son travail m’a parlé»

Il est 20h. A mesure que l’artiste s’exprime, nous pouvons lire sur le visage du public de l’admiration mêlée de sympathie pour Alia. Si ses œuvres sont admirables, l’histoire de l’artiste ne laisse personne indifférent. Après avoir salué le remarquable travail de Alia, l’artiste peintre ivoirien Allou Ankoffa nous donne une explication détaillée de l’originalité de l’œuvre de l’artiste.

« En Côte d’Ivoire, il faut dire qu’il y a de très bons artistes. Ils ont juste besoin d’un espace pour s’exprimer. Ils ont juste besoin que leur travail sois mis en lumière. Et c’est le cas de Alia qui a lui-même souligné cela. Quand on regarde son travail, on sent qu’il y a de la matière et de la recherche. Sa palette est riche. Il y a de la force dans ses traits. Il a su combiner mariage au couleur et composition graphique. C’est intéressant.», soutient le professeur d’arts plastiques Ankoffa.

« Quand j’ai vu son travail. Automatiquement, son travail m’a parlé, poursuit-il. Parce que moi aussi je suis fan de graphiste, de trait renforcé et mariage au couleur. Donc, son travail m’a parlé avec toutes ses recherches ; sans oublier son histoire qui m’a touché car il vient de la rue. En voyant ses œuvres, on sent qu’il a beaucoup à dire, il en a gros sur le cœur. Son travail est à féliciter. »

Il est environ 21h, la galerie commence peu à peu à se vider de son monde inhabituel. Cependant, les œuvres exquises de l’artiste peintre Alia resteront accrochés sur les cimaises de la salle d’exposition du Sofitel Abidjan Hôtel Ivoire jusqu’au 10 février 2021. Tous les amoureux de l’art y sont conviés.

 

Arsène DOUBLE

Arsene DOUBLE: