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Paris abrite « Déconnexion », une exposition du peintre ivoirien Mounou Désiré Koffi

Arsene DOUBLE | | Art contemporain

La galerie Art-Z de Paris accueille jusqu’au 14 juillet l’exposition du peintre ivoirien Mounou Désiré Koffi, baptisée « Déconnexion ». Artiste engagé, Mounou lie art et recyclage dans ses tableaux.

« Je travaille sur ce qui m’interpelle et ce qui est d’actualité ». Tels sont les propos de Mounou Desiré Koffi, jeune plasticien ivoirien âgé de 24 ans. L’artiste se sert de ses tableaux pour dénoncer des faits de société, notamment la délinquance juvénile, l’exploitation des enfants, la société de consommation exposée à « l’hyperconnexion.»

Figure importante de la peinture contemporaine ivoirienne, Mounou met en scène régulièrement les enfants pour parler de délinquance ou de violence faite aux plus jeunes. « A Abidjan, et en Afrique plus largement, ils ne grandissent pas toujours en sécurité », évoque Mounou Désiré Koffi interpellé aussi par les enfants enlevés pour être sacrifiés, ou ceux enrôlés pour faire la guerre. « Mes tableaux mettent en évidence ce qu’ils vivent, et revendiquent leur droit à l’éducation, à la liberté, leur droit de vivre en un mot », martèle-t-il.

Leurs visages représentés, copient les traits des enfants de son quartier, qui « sont toujours à mon atelier et posent tout le temps pleins de questions ».« Les hommes sont constitués de claviers, car l’outil informatique prend le dessus sur notre humanité », éclaire-t-il. « L’hyperconnexion » est pour lui un autre fléau qu’il cherche à dénoncer.

L’œuvre de Mounou Désiré Koffi se veut une critique de la société de consommation où le temps de vie d’un objet est équivalent à celle d’une batterie de smartphone et veut responsabiliser le consommateur sur l’empreinte qu’il laisse sur la planète. « Les gens s’amusent de voir leur tout premier téléphone collé sur la toile. On se souvient tous de sa première marque, de son premier portable, sans savoir où il se trouve actuellement », lance l’artiste. Un message qui vaut autant pour l’Europe que pour l’Afrique.

 

Mounou Desiré, un peintre récupérateur

Conscient du risque sanitaire lié aux vieux téléphones, Mounou Desiré Koffi se veut, par ailleurs, récupérateur en les rachetant et incitant la population ivoirienne à ne plus polluer l’environnement.

Pour réaliser ses premiers tableaux liant art et recyclage, Mounou arpente les rues de la capitale économique ivoirienne, bientôt rejoint par cinq personnes, qu’il rémunère pour sensibiliser aux déchets électroniques. Deux ans plus tard, le message est passé et des Abidjanais déposent désormais leurs mobiles désuets auprès de l’équipe, gratuitement ou non. « En deux ans, on a recyclé des milliers et des milliers de téléphones », explique le peintre récupérateur.

Avec 25 millions d’habitants, la Côte d’Ivoire produit environ 1 500 tonnes de déchets électroniques chaque année – sans compter les déchets importés. Mais ce fléau dépasse les frontières et « tout le continent africain est concerné », déplore l’artiste plasticien. C’est pourquoi ce dernier a pour projet d’installer d’autres équipes, sur le même modèle, au Bénin, au Mali ou encore en Guinée.

« Déconnexion », hormis l’ aspect artistique, marque aussi une volonté réelle du peintre ivoirien de soutenir le développement de la Côte d’Ivoire, voire la planète entière. L’exposition, qui se tient jusqu’au 14 juillet à la galerie Art-Z à Paris, traite des thèmes du développement durable : le respect des libertés individuelles et du droit des enfants, la protection de l’environnement, une société de consommation responsable, etc.

 

Arsène DOUBLE