France : Le Centre Pompidou entame une cure de jouvence architecturale jusqu’en 2030

Dernière ligne droite depuis lundi 10 mars pour les visiteurs du temple parisien de l’art moderne. Après 48 ans d’effervescence, le Centre Pompidou entame une cure de jouvence historique : désamiantage, rénovation et exil temporaire de ses icônes. Un chantier titanesque jusqu’en 2030, mais l’aventure artistique continue hors les murs.
Adieu les tubes colorés, place au ballet des œuvres
Le compte rebours était lancé. À 21h pile, les portes du « monstre » de verre et d’acier se sont verrouillées pour laisser place aux pelleteuses. Avant ce grand chambardement, le public a eu jusqu’au soir du lundi pour déambuler une dernière fois parmi les 2 000 pièces de la collection permanente. Un ultime hommage aux géants qui ont marqué l’histoire du lieu : l’urinoir iconoclaste de Duchamp, le regard perçant de Frida Kahlo dans The Frame, ou les amoureux en apesanteur de Chagall.
Mais comment déplacer de telles reliques ? Les semi-remorques remplaceront les cimaises.« C’est une logistique militaire », confie un conservateur sous couvert d’anonymat. Chaque œuvre voyagera sous escorte, direction des réserves sécurisées ou des musées partenaires.
Une valse minutieuse pour ces trésors estimés à plusieurs milliards d’euros. Seule consolation : jusqu’en septembre, quelques galeries résisteront à l’hibernation, comme l’exposition Suzanne Valadon, ultime respiration artistique avant le black-out total.
2024-2030 : l’art moderne s’exile en mode globe-trotter
Pas question de laisser les 3,2 millions de visiteurs annuels en rade. Le Centre Pompidou mise sur une diplomatie culturelle tous azimuts. Dès cet automne, le Grand Palais récemment rénové accueillera des expositions-phares. Mais le vrai pari est international : Madrid, Shanghai, New York et Tokyo verront débarquer des pièces maîtresses de la collection. « C’est du off-site à l’échelle planétaire », s’enthousiasme une responsable des partenariats.
Pendant ce temps, le bâtiment de Renzo Piano et Richard Rogers subira une cure de désintoxication. Entre désamiantage urgent et modernisation des espaces, le chantier coûtera plusieurs centaines de millions d’euros. Un défi technique autant que symbolique : comment préserver l’ADN de ce « paquebot » avant-gardiste tout en le préparant pour le XXIᵉ siècle ?
« Beaubourg a toujours dérangé, rappelle un architecte. Sa rénovation doit être à la hauteur de son audace originelle. » Pari risqué… mais nécessaire pour ce vaisseau amiral de l’art contemporain.
Lucie Assi
Mots-clefs : art, art contemporain, Centre Pompidou