Centre Pompidou à Séoul : une inauguration sous haute tension, la polémique autour d’un géant de l’armement éclate au grand jour

L’ouverture du Centre Pompidou à Séoul, nouvel événement culturel majeur en Corée du Sud, est déjà au cœur d’une vive controverse. En cause : son partenariat avec Hanwha, puissant groupe industriel actif dans le secteur de l’armement. Entre manifestations, accusations d’« artwashing » et tensions géopolitiques liées au conflit israélo-palestinien, l’arrivée du célèbre musée français dans la capitale sud-coréenne suscite un débat qui dépasse largement le monde de l’art.
L’inauguration d’un musée est généralement synonyme de célébration, de découverte et de rayonnement culturel. Pourtant, ce jeudi 4 juin 2026, l’ouverture du Centre Pompidou à Séoul s’est déroulée dans une atmosphère bien différente.
Dès les premières heures de la journée, plusieurs dizaines de manifestants se sont rassemblés devant l’établissement pour dénoncer les liens entre le musée parisien et Hanwha, conglomérat sud-coréen dont les activités dans l’industrie de défense sont au centre des critiques. Les visiteurs venus découvrir cette nouvelle antenne du prestigieux musée français ont dû traverser les rangs des protestataires, donnant à cette inauguration une dimension particulièrement symbolique.
Une alliance culturelle qui provoque l’indignation
À la tête du mouvement de contestation, la militante Kim Bori a pris la parole devant les manifestants, appelant publiquement le Centre Pompidou à revoir ses partenariats.
« Cette entreprise coopère avec des sociétés israéliennes considérées comme complices de crimes de guerre contre les Palestiniens : Elbit Systems, Elta Systems et Israel Aerospace Industries », explique la militante.
Pour les opposants au projet, la question dépasse le simple cadre culturel. Ils estiment que la collaboration entre une institution artistique de renommée mondiale et un acteur majeur de l’industrie militaire soulève des interrogations éthiques importantes.
Kim Bori poursuit :
« C’est pourquoi nous exigeons que Hanwha mette fin à sa coopération avec Israël dans le cadre du génocide en cours, et nous demandons que le Centre Pompidou en France rompe son contrat avec la Fondation culturelle Hanwha. »
Ces revendications s’inscrivent dans un contexte international particulièrement sensible, où les liens économiques et industriels avec Israël font l’objet d’une surveillance accrue de la part de nombreux mouvements militants à travers le monde.
L’« artwashing », un concept désormais au cœur du débat
Au sein de la manifestation, un terme revenait régulièrement dans les discussions : l’« artwashing ».
Pour Jung Eunyong, artiste sud-coréenne présente sur place, cette notion est aujourd’hui devenue centrale dans les débats entourant le financement des grandes institutions culturelles.
« L’artwashing, c’est-à-dire l’utilisation de la culture pour blanchir des violences au profit d’intérêts politiques ou économiques, est scandaleux. Aucun professionnel de la culture ne doit l’ignorer. »
Ce concept désigne l’utilisation de l’art, de la culture ou du mécénat culturel pour améliorer l’image publique d’entreprises ou d’organisations dont les activités sont controversées. Depuis plusieurs années, cette critique vise aussi bien certaines multinationales que des acteurs de l’énergie, de la finance ou de l’industrie militaire.
Dans le cas du Centre Pompidou à Séoul, les opposants considèrent que l’association entre un musée mondialement reconnu et un groupe actif dans l’armement risque de brouiller les frontières entre engagement culturel et stratégie d’image.
Cette polémique intervient également dans un climat politique particulier. Récemment, le président sud-coréen a adopté un ton particulièrement ferme à l’égard du gouvernement israélien. Il a notamment qualifié le Premier ministre Benyamin Netanyahu de criminel de guerre et a évoqué la possibilité de son arrestation s’il se rendait sur le territoire sud-coréen.
Ces déclarations renforcent encore la sensibilité du dossier et expliquent pourquoi l’ouverture du Centre Pompidou à Séoul est devenue, en quelques heures seulement, bien plus qu’un simple événement culturel.
Alors que les portes du musée viennent à peine de s’ouvrir au public, le débat sur les liens entre culture, financement et responsabilité éthique semble loin d’être terminé. Une chose est certaine : cette nouvelle antenne du Centre Pompidou débute son histoire sous les projecteurs d’une controverse internationale qui pourrait continuer à alimenter les discussions dans les semaines à venir.
Alexandre Martin
Mots-clefs : Corée du Sud, polémique