« L’histoire bégaie »
Sur l’horloge de l’aventure humaine, jamais, l’Histoire ne s’écrit pour le simple plaisir de réciter ou raconter. Ni Ki-Zerbo, ni Lacouture, des historiens aux talents avérés, ne réfuteront ce postulat irréfragable. L’histoire est loin d’être un réceptacle de belles fables aspirant à faire pâlir « Les Mille et Une Nuits » et leurs avatars à travers le monde. C’est un miroir géant pour l’homme qui devrait y décrypter la splendeur mais surtout l’hideur de son passé. Pour se soigner l’âme de plus en plus en décrépitude. L’espèce humaine en prend-elle conscience pour jauger sa responsabilité dans cette descente aux enfers ? Pourrait-on imaginer un homme sans passé ? Que deviendrait un peuple qui ignore ou renie son histoire ? Ce serait la névrose de l’indécrottable alcoolique égaré dans le bassin de la bacchanale de la bouteille ; une vraie noyade. Et les jours à venir, il replonge. Fatalement. Ce serait une trajectoire de perpétuel recommencement jusqu’à la destruction, la fin du drame humain.
Dans cette société étrange en transes à coups d’émotions où le fantastique et le sensationnel ont toujours une longueur d’avance sur le respect des valeurs, il faut des holocaustes. Et il en faut des milliers voire des millions pour qu’une catastrophe soit jugée grave. Et encore davantage pour que des âmes protestent afin de dénoncer la tragédie. Les plus mous, solennellement. Les plus déterminés, avec la dernière énergie. Monde hypocrite ! En ce moment là, les plumitifs mettent à contribution leur ingéniosité pour caracoler sur des formules à couper le souffle, pendant que les montagnes de vbf s’amoncellent. Terrorisme, racisme, xénophobie, djihadisme, rébellion ont pignon sur rue.
Malheureusement,cette éphémère flamme d’indignation s’étiole et s’éteint fatalement comme un feu de paille. Mémoire de coq. Et le Mal festoie sur les charognes humaines. Banalement. Comme si nous étions tous paranoïaques sous les doigts hypnotisants de Dracula. Et pourtant, l’histoire nous rappelle les immondes barbaries du nazisme portées au firmament du délire macabre. 1914- 1918 et 1939-1945 chargées de leurs bombes ne sont guère si loin. Que dire de la schizophrénie hitlérienne dans son entreprise de sélection sordide pour sauvegarder la prétendue race aryenne ? L’apartheid et ses victimes, la guerre au Rwanda et son cortège funeste, le vaudeville tragique ivoirien sont si proches. Idi Amin Dada, Pinochet, Hissène Habré, Sani Abacha, Sadam Hussein ne sont point des étoiles qui font briller la tolérance et les Lumières sur l’humanité. Beaucoup de personnes ont bombé leur poitrine il y a des décennies afin que le monde soit de plus en plus humain. Ils avaient rêvé d’arracher notre destin commun des griffes de tous ces névrosés qui avaient trompé le peuple pour ériger leur tendance psychopathe en philosophie de gouvernement. Que nenni ! Ils ont vendangé leur vie. Pour rien.
Et voilà que Bachar et associés, Occidentaux et associés, depuis près de trois ans, d’une manière ou d’une autre, tuent. Légalement. Au nom d’une démocratie à deux sous qu’on avait promise en Irak, Libye, Egypte… Désillusion. Chimères amères.
Quand allons-nous comprendre que l’Histoire doit avoir des vertus didactiques et thérapeutiques? Nos héritiers nous observent. Qu’allons-nous leur laisser comme legs ?
En Côte d’Ivoire, nous continuons, par presse interposée, à balafrer le doux visage de notre havre de bonheur d’antan. A quoi a donc servi la parenthèse de sang? Rien, sinon qu’à orner les vestiges de l’Histoire. Et comme par contagion, le Mali s’est embrasé ? Sommes-nous amnésiques? C’est à croire que nous sommes toujours en train d’écrire le roman noir de notre histoire. Quand allons-nous nous envoler sur les ailes de la colombe ?
Soilé Cheick Amidou
