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Hémisphères vodous

Thibault Honore | | Arts Visuels
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crédit photo : Musso Ganaw

Hémisphères vodous est une manifestation culturelle qui se tiendra dans la ville de Strasbourg du 10 janvier au 10 février 2014. Les propositions qui seront développées au sein d’Hémisphères vodous prendront la formed’expositions d’art contemporain, de spectacles vivants et de conférences, organisés et coordonnés par l’Université de Strasbourg et ses partenaires. L’aménagement de tous ces événements sera celui d’un parcours à travers la ville de Strasbourg : un cheminement de lieux en lieux, d’expositions en débats, se voulant autant de réflexions portées sur les relations qu’entretiennent l’art contemporain et le vodou, et plus largement avec l’art africain. La fin de l’année 2013 a été inauguré, à Strasbourg le Musée vodou, un musée ethnographique privé dédié aux objets vodousafricains. Cette nouvelle structure muséographique constitue un sujet de réflexion privilégié pour l’équipe d’enseignants et de chercheurs de la Faculté des Arts de l’Université de Strasbourg et pour leurs partenaires. Parce que le sujet du vodou questionne l’objet d’art, il nous est donc paru manifeste que nous devions présenter à notre tour nos réflexions sur cette collection. Nous avons choisi de concevoir pour la rentrée de 2014, une série d’événements culturels et scientifiques avec le soutien de nos partenaires culturels et politiques locaux. Ces événements devraient fédérer les forces vives culturelles alsaciennes et strasbourgeoises tout en permettant une résonance à l’international, grâce aux personnalités invitées (artistes et chercheurs).

Hémisphères vodous est l’occasion pour le public alsacien de découvrir une dimension de l’art contemporain résolument tournée vers le partage et la découverte de nouvelles iden tités culturelles. C’est aussi et enfin l’opportunité pour nous de soutenir la jeune création régionale en l’exposant dans des lieux de renom aux côtés de figures tutélaires de la scène artistique internationale, rendant dès lors visibles les productions artistiques locales et l’actualité de la recherche dans la capitale alsacienne.

Les expositions d’art contemporain permettront de développer des approches réflexives singulières en mettant au jour la pluralité des formes esthétiques et plastiques qui sont constitutives du vodou et qui jusque là ont été peu traitées dans le champ de l’art. Ainsi chaque lieu d’exposition, se spécialisera sur un aspect, sur une question et développera ses propres enjeux réflexifs. Des artistes internationaux vont, dans le cadre d’ateliers en collaboration avec des étudiants et des enseignants de la Faculté des Arts et de la Haute Ecole des Arts du Rhin, produire et installer des oeuvres originales dans certains lieux en ville. La réalisation de ces oeuvres uniques constitue l’opportunité exceptionnelle pour notre ville et nos partenaires de participer à une actualité internationale dans le champ de la création artistique contemporaine. Des évènements plus ponctuels apporteront enfin une dynamique dans le parcours : spectacles vivants, performances et pièces de théâtre qui seront disséminés dans l’espace urbain.

Il y a une certaine nécessité, lorsqu’une collection, à l’image de celle du Musée Vodou, s’installe dans une ville comme Strasbourg, à ne pas la circonscrire ni dans une zone géographique périphérique, ni dans un carcan disciplinaire qui lui imposerait de n’être qu’un objet de recherche à destination de spécialistes. Une fois que l’on a épuisé les marottes qui consistent à penser conventionnellement qu’arborer des objets ethnographiques et plus particulièrement vodous revient à exhiber les reliques et les restes d’une civilisation et d’une culture enfouie – le vodou continue d’être pratiqué par près de cinquante millions de fidèles dans le monde – on se rend vite compte que nos habitudes intellectuelles et culturelles s’ajourent. Une fois fabriqué, inventé ou créé, l’objet vodou n’est pas inanimé. Au contraire, on lui parle, on l’invoque, on lui crache dessus, on le dresse, on le jette à terre, on l’asperge de sang ou d’huiles. Objet énigmatique, paradoxal, vivant, il est tout à la fois actif et réactif. Il ne faut donc pas tomber dans la facilité d’interroger le vodou à posteriori de son histoire, mais bien au contraire dans sa contemporanéité. Ces objets habités et vécus, aux pouvoirs de guérison, de protection ou d’intercession ont exercé leur fascination sur certains artistes comme Jean-Michel Basquiat. Les artistes contemporains furent légion à venir puiser leur inspiration dans l’univers vodou, confronter leur culture, échanger (Michel Nedjar, Michel Macréau, Christine Sefolosha, Pascale Marthine Tayou pour ne citer qu’eux). Comme certains, j’ai eu l’occasion d’observer – dans un même espace d’exposition – l’association d’oeuvres d’art contemporain et d’objets ethnographiques, parfois même vodou. Ceux qui ont visité ce type d’exposition ont pu percevoir les connivences et les interactions qui peuvent se produire entre ces deux formes d’expression artistique dès lors qu’elles sont mises au contact l’une de l’autre. Derrière les dessins, les peintures et les sculptures contemporaines se dissimule souvent un monde d’images sépulcrales, ancrées dans le symbolique et la mythologie et semblant divulguer quelques forces incantatoires. Les artistes contemporains dits « occidentaux » et les « artisans du vodou» usent chacun de pratiques mutuelles où s’effacent les frontières entre profane et sacré, populaire et religieux, contemporain et archaïque. Il suffit de dresser la liste des thématiques communes : le rituel, la mythologie, la croyance, l’animisme, la charge, le geste, la parole, le récit, etc… Pour entrevoir cette proximité ; il faut accepter d’opérer une mise à distance, de dépasser les idées reçues et les topos: méfions-nous de la patine des objets comme des idées. A propos de la sculpture africaine, Jacques Kerchache écrivait en 1988 : « Les arts africains n’ont pas pour but de nous enseigner une certaine idéologie, mais de nous apprendre à regarder autrement. Il faut se garder du racisme subtil, c’est-à-dire penser qu’il faut être africain pour comprendre cette sculpture, attitude exotique qui n’est plus de mise. (1)» Au-delà de la surprise produite par la vue de ces objets étranges, il apparaît donc essentiel que nous acceptions de repenser le rapport que nous entretenons entre les objets d’art et les objets d’histoire.

«Si le vodou est un art et une pratique de revendications identitaires et de résistance sourde contre la colonisation», nous dit Christian Noorbergen (2), « il est d’abord le langage toujours surgissant des puissances incontrôlées du magma humain, si mal connues de l’Occident.» Qu’est-ce qui dans le vodou nous permet donc de réinterroger notre propre contemporanéité d’artiste occidental ? Ce questionnement est à l’origine de mon envie d’organiser dans la ville de Strasbourg un parcours d’art contemporain dans notre ville, où des artistes européens, gabonais, béninois et camerounais poseront, chacun à sa manière, leurs regards critiques sur ce nouveau musée consacré au vodou. A mesure que les distances entre l’hémisphère nord et l’hémisphère sud s’amenuisent, grâce à la rencontre entre ces artistes, les lieux-communs s’éraflent.

Artistes participants:

Salle Vingt-Sept et Aula du Palais Universitaire

Artistes invités: Myriam Mihindou, Vincent Harisdo, Désiré Amani, Percussionsde Strasbourg

La Chaufferie

Artiste invité: Barthélémy Toguo

Salle d’Evolution du Portique

Artiste invité: Vincent Harisdo

Galerie Jean-Pierre Ritsch-Fisch

Artistes invités: ORLAN, Philippe Lepeut, Francis Marshall, Christophe Meyer, Jean Claus, Patrick Bailly-Maître-Grand, Percussions de Strasbourg

Salle Conrath de l’Hôtel de Ville de Strasbourg

Artistes invités: Mathieu Boisadan, Aude Baguet, Jean-François Robic, Arthur Eskenazi et Jennifer Lauro Mariani, Juliana Andrade, Delphine Gatinois, Ainaz Nosrat, Hervé Bohnert, Percussions de Strasbourg

Edicule – Petit Cabinet du Faubourg de Pierre

Artiste invité: Pascale Marthine Tayou

Galerie Chantal Bamberger

Artistes invités: Laurence Demaison, Christine Sefolosha

Barrage Vauban

Artistes invités : Edwige Aplogan, Daniel Depoutot, Thibault Honoré

Présenté par le TJP au Hall des Chars

Artistes invités: Compagnie Pseudonymo et CFB 451

 

Thibault Honoré

1 Jacques Kerchache, publié dans Jacques Kerchache, Jean-Louis Paudrat et Lucien Stéphan, L’Art africain, Citadelles & Mazenod, 1988-2008.

2 Christian Noorbergen, VAUDOU, VODOU, VODUN…., paru dans Artension n° 107, mai-juin 2011.

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