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Blé Goudé: Du symbolisme des stades à la symbolique de la paix

Remi Coulibaly | | Litterature

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Après son best-seller «Crise ivoirienne, Ma part de vérité» paru en 2006, à Frat Mat Editions, l’auteur rempile avec l’ouvrage d’analyse sur la crise ivoirienne déclenchée le 19 septembre 2002.

«D’un stade à un autre, Devoir de mémoire». La dernière parution livresque de Charles Blé Goudé dans les rayons depuis le 19 septembre dernier, est une analyse critique, contextuelle et symbolique de la crise que traverse la Côte d’Ivoire depuis le 19 septembre 2002.
Edité par Frat-Mat Editions, l’ouvrage se veut, à la fois polémique et objectif, d’une captivante lucidité et d’une démarcation épistémologique. En effet, sans afficher, de façon péremptoire, son parti pris, à moins que ce ne soit celui de la paix, Charles Blé Goudé jette un regard rétrospectif sur les tentatives de paix amorcées depuis 2003 à Linas Marcoussis dans la banlieue parisienne sous l’égide de la France, pour construire la paix, aux espoirs et acquis actuels, nés de l’Accord politique de Ouagadougou, matérialisés par «La flamme de la paix» allumée à Bouaké. Entre le stade (camp d’entraînement) de rugby français et le stade de football ivoirien, l’auteur oppose à la violence du premier à la liesse populaire du second. Ainsi, le leader de la jeunesse patriotique et résistante ivoirienne montre-t-il comment, d’un climat de suspicion, d’adversité, de «face-à-face», les ex-belligérants ivoiriens en sont arrivés à un tableau de «côte à côte».

En le faisant, Blé Goudé, sous la forme d’une immersion active dans le processus de paix, tente de montrer en quoi la résolution de la crise ivoirienne par le «Dialogue direct» issu de l’Accord de la capitale burkinabè est un modèle du genre dans la nomenclature des mécanismes de gestion et de règlements des conflits. En même temps, il esquisse une typologie de l’Ivoirien nouveau, attaché à l’amour de son pays pour lequel il devra, par ses propres vertus et son propre travail, atteindre les sommets.

Rompant ainsi avec la classe des «fils à papa» pour ériger celle des «papas à fils». Posture discutable, certes, mais ô combien actuelle. Il n’empêche, entre ces deux versants, Blé Goudé n’occulte pas la résurgence du mandarinat en politique qui passe, par trop souvent, par le syndicalisme.

Blé Goudé, dresse même, en l’occurrence, un check-up des relations entre Laurent Gbagbo et Guillaume Soro; l’un et l’autre y étant dépeints comme «père et fils». Son alter ego en somme. Il rappelle avec subtilité que Soro et lui, Blé Goudé, ne sont plus des «frères ennemis». Toutes choses qui désabuseraient l’opposition ivoirienne et, plus particulièrement, Alassane Ouattara qui aurait perçu l’actuel Premier ministre comme un strapontin à son accession au fauteuil présidentiel.

Au-delà, l’auteur, acteur et instigateur de l’Accord du Café de Versailles (du nom de l’établissement abidjanais de la star du reggae Alpha Blondy), scellant la paix des braves entre les leaders des jeunesses politiques, le 26 juillet 2006, assume sa partition dans le climat apaisé du pays, prélude à l’Accord de Ouaga. Bien plus, il estime par la narration d’anecdotes, avec des personnalités de l’ex-rébellion (Wattao, Sidiki Konaté) dont il est (re) devenu familier, au gré des croisades pour la paix, qu’il faut désormais compter avec lui sur l’échiquier politique national et africain.

L’écrivain s’intéresse aussi à la nouvelle cartographie des relations internationales. Avec l’ère finissante du «bibéronisme» franco-africain marqué par la chute de Chirac et l’essor d’une ère novatrice de politiques sous le sceau de l’accession au pouvoir, aux Usa, de Barack Obama. Etant entendu que Laurent Gbagbo participe de cette réforme amorcée de la philosophie et de l’action politique dont l’un des signes patents est l’attachement à sa patrie dans un monde où les rapports sont plus fraternisés et égalitaires que caporalisés et conflictuels.

Dans la préface de l’ouvrage, Jean-Baptiste Akrou, directeur général de Fraternité Matin apprécie avec assez d’humanisme l’œuvre et le parcours de Blé Goudé: «Sans partager ses convictions, nous avons beaucoup d’admiration pour celui que nous considérons comme le plus accompli, au plan politique, dans sa génération». Une profession de foi qui en dit long sur l’acceptation par l’éditeur de refaire la route avec l’auteur en dépit des menaces, à peine voilées, de l’Onu, au nom d’une sanction surannée d’interdiction de voyager et de gel d’avoir au plus fort de la crise. Dont les évènements meurtriers de novembre 2004 sont l’illustration avec le combat aux mains nues des «jeunes patriotes» face à La Licorne, à Abidjan.
Et le post-facier, Zio Moussa de clore le débat: «Le nouveau virage est clair: que s’arrêtent les violences! Ce n’est pas qu’une incantation. L’histoire récente de la Côte d’Ivoire en porte témoignage: l’arrêt de l’engrenage meurtrier des audiences foraines l’atteste. Charles Blé Goudé, les siens et ses anciens camarades, au-delà des divergences politiques, ont fait barrage à la «rwandisation» qui guettait le pays».

Fort illustré, cet ouvrage de conviction ne manquera pas de susciter d’autres débats, des levées de boucliers qui devraient ramener à la confrontation des idées et arguments, le combat politique.

Photo Livre Blé Goudé FM du 24 sept 2009
D’un stade à un autre, Devoir de mémoire, Frat-Mat Editions/Leaders Associated, 2009, 133P.

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