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RETICE : L’intelligenstia africaine dans le numerique

Firmin Koto | | Evènements

Png;base64,iVBORw0KGgoAAAANSUhEUgAAAOYAAAClAQMAAAByaBM6AAAAA1BMVEUAAACnej3aAAAAAXRSTlMAQObYZgAAABtJREFUGBntwTEBAAAAwiD7p14Gf2AAAAAAwCkTVgAB14zQmwAAAABJRU5ErkJggg==Le 21ème siècle baptisé ère de l’informatique ou du numérique a permis de réaliser relativement des progrès considérables dans le monde et dans presque tous les domaines de la société en termes d’efficacité et de célérité dans la réalisation des tâches. On peut néanmoins déplorer les difficultés  observées ça et là dans les modalités pratiques de mise en œuvre et les effets collatéraux de cette technologie innovante. Si les pays développés ont répondu présents à ce rendez-vous du numérique, l’Afrique reste encore et toujours à la traine. Le transfert des Technologies reste un luxe tel que de nombreux pays ne peuvent se l’offrir.  Pour y remédier et mettre l’Afrique au diapason, on dirait, à jour de l’évolution du monde, des efforts sont déployés par les gouvernants mais surtout par l’intelligentsia africaine qui propose des solutions innovantes qui ne sont pas forcément révolutionnaires. C’est le cas de du  programme RETICE (Réseau Énergie, Technologie de l’Information et de la Communication en Education) proposé par KA technologie à travers le cartable numérique et conçu à l’initiative de l’Association pour le Développement de l’Education en Afrique(ADEA). Le cartable numérique est donc la pièce maitresse de ce programme porté par des ingénieurs et techniciens africains dont le Dr. Victor Agbégnenou qui en est d’ailleurs le coordonnateur. Il est évident qu’on se posera la question de savoir ce que c’est qu’un cartable numérique ? On connait les ebook, mais personne ne sait vraiment à quoi se rapporte le cartable numérique. Pour le profane, pris isolément, le terme cartable fait penser de manière générique au sac à dos ou tout autre sac de l’écolier en se rapportant précisément à son contenu. Ce qui exclut d’emblée l’enseignant qui ne porte pas de cartable même si cela n’est pas exclu.

En attendant que le Dr. Agbégnenou présente plus en détail son produit, on ne peut pas s’empêcher de tenter une réponse; réponse qui est fournie par des professionnels de la question dans d’autres parties du monde. En effet, le concept de cartable numérique ou cartable électronique est sans ambages en rapport avec l’introduction de l’informatique dans le système éducatif. Cette introduction nécessite la prise de dispositions pratiques et peut prendre des formes diverses. Ainsi, on pourrait partir de la salle informatique modeste faite sur mesure à des espaces plus vastes, plus appropriés et plus aménagés. On pourrait aussi accompagner tout cela de  la numérisation des manuels et ouvrages scolaires. C’est en cela que l’expérience du cartable numérique prend tout son intérêt en ce qu’il se situe à une étape importante du processus d’introduction des TIC à l’école.

Le site educnet tente de fournir une définition du cartable numérique comme «un « espace » personnel et persistant, destiné à l’enseignant, à l’élève ainsi qu’à sa famille, inclus dans l’espace collectif de la classe, accessible à la fois au sein de l’établissement et en dehors, qui met à disposition un ensemble de ressources et d’outils, dans le double but de favoriser l’appropriation des TIC par les élèves et d’intégrer de manière profonde l’usage des TIC au sein de l’école ».  Si, on s’en tient à cette définition générale, le cartable numérique comprend les personnes, le matériel et l’espace dans lequel ces personnes utilisent ce matériel. Rien de plus compliqué alors.

Dans les pays comme la France, le Canada, la Belgique ou encore la Corée du Sud, où les expériences sont bien avancées, le cartable numérique est essentiellement perçu comme une amélioration de l’Espace Numérique de Travail (ENT) déjà existant et opérationnel depuis quelque temps dans les établissements pilotes concernés et accessible depuis n’importe quel ordinateur, avec un code d’accès. La numérisation des manuels scolaires et l’introduction des tablettes électroniques dans les salles de classes en remplacement des livres scolaires traditionnels constituent la véritable nouveauté du processus. Ainsi, une seule tablette par élève suffirait à tenir lieu d’ouvrages physiques d’histoire, de mathématiques, de français, de géographie, d’anglais par exemple.

Comme on peut le constater, les expériences existent mais sont différentes. Le Dr. Agbégnenou et KA technologie proposent une version du cartable numérique ou encore e-TEP via le programme RETICE (Réseau Énergie, Technologie de l’Information et de la Communication en Education) pour intégrer les TIC dans l’éducation.  Si on peut considérer que la technologie n’est pas révolutionnaire en soit parce que déjà présente sous d’autres cieux, sa mise en œuvre pourrait être qualifiée comme telle. RETICE se propose donc de conduire cette révolution sur le continent africain bien souvent en retrait de l’évolution du reste du monde. Le Dr. Agbégnenou est bien conscient de la responsabilité de l’intelligentsia africaine qu’il incarne ici de transporter en Afrique cette révolution. Mais, il choisit modestement d’affirmer que l’institution du cartable numérique est une « innovation technologique majeure et une solution globale pour intégrer complètement les TIC dans l’éducation en mettant l’accent sur le remplacement des manuels scolaires ». Le Burkina Faso se constitue en terrain d’expérimentation en décidant de s’illustrer comme un pionnier de cette innovation technologique. Et l’occasion lui en été donnée de montrer son engagement lors de la Triennale 2012 de l’ADEA.  Le Dr. Agbégnenou  et son équipe ont saisi cette opportunité pour présenter leur produit aux participants, essentiellement fait des décideurs africains de l’éducation nationale. On apprendra par la suite que le programme RETICE  conçu par KA Technologies est porté par l’ADEA et le Ministère de l’Éducation nationale du Burkina Faso. Son objectif général étant  de proposer « une solution globale pour intégrer complètement les TIC dans l’éducation » par l’introduction du cartable numérique l’un des outils majeurs de cette intégration déjà mis au point par KA Technologies pour remplacer les manuels scolaires.

Les mérites de ce programme ont été ultérieurement reconnus dans les pays qui l’ont expérimenté non sans lui opposer  limites.

Il est certes  admis que dans un contexte favorable, le cartable numérique aide à alléger le sac d’écolier parfois trop lourd pour les enfants, à changer les pratiques pédagogiques, de familiariser plus d’élèves aux TIC, de permettre l’actualisation suivie et régulière des manuels scolaires, de revenir dans certains cas moins couteux que l’achat de livres physiques selon ses propres estimations. Il considère que « les bénéfices liés à la mise en œuvre de ce programme seraient importants pour les élèves, enseignants, parents et gouvernants ».

Ses propos emboitent ainsi le pas aux premières expériences réalisées en matière d’utilisation de cartable numérique  dans plusieurs pays du monde.

Le Dr. Victor Agbégnenou ne cesse de vanter les mérites du programme RETICE presque sans réserves et pourtant des questions spécifiques liées au contexte africain presque parfois sinon souvent déficitaire en infrastructures de base, se posent à lui en l’invitant à nuancer et à relativiser les résultats en vue. Ces questions qui sont, non seulement déterminantes dans les chances de succès du programme et qui pourraient orienter ou influencer sensiblement la décision politique ne semblent pas entacher la volonté du concepteur de RETICE. Il minime même leur impact.

Selon lui, cette technologie porte en elle les solutions aux questions parallèles qui pourraient se poser à son utilisation en Afrique, pour lui permettre de contribuer à une éducation équitable. La question des infrastructures minimum nécessaires, les sources d’énergie, la maintenance, les conditions climatiques etc. Des questions essentielles dans un contexte africain. Les concepteurs du programme affirment presque sans réserve que «  le cartable numérique a été pensé pour être utilisé dans les régions les plus reculées où l’électricité est inexistante ».

A écouter le Dr. Agbégnenou l’artillerie de séduction est déployée, toutes les conditions sont réunies pour que les dirigeants politiques africains encouragent l’initiative, épousent l’idée et l’adoptent. Plus rien ne devrait s’opposer à la prise de décision.

Il assure même que la technologie RETICE  est la solution qui vise à apporter les TIC sur la table d’école de chaque élève africain pris son milieu spécifique.

Les Etats africains ont tout intérêt à encourager ce programme. Ce qui n’est pas toujours le cas en Afrique avec les lourdeurs de l’Administration et la corruption des différents acteurs de la chaine de commandement qui constituent des obstacles sérieux et tendent à empêcher à l’éclosion des initiatives d’où qu’elles viennent. Déplore-t-il. C’est pourquoi, dira-t-il « l’Afrique n’a pas besoin de transfert de Technologies. Les africains ont les idées et la technologie, il faut juste que les gouvernants se décomplexent, abandonnent les vieilles habitudes, les vieux réflexes, en affichant une volonté politique claire  par la libération de l’espace incluant les partenaires du secteur privé».

On le voit, le programme est certes séduisant. Mais, on ne peut occulter des aspects de son opérationnalité  en général et dans un contexte africain en particulier. Des réserves avaient été émises quant à l’abandon du livre traditionnel qui disparaitrait au profit du livre numérique, à la perte de certains rudiments éducatifs de bases, ouvrant ainsi la voie à la paresse et la déresponsabilisation des élèves qui attendraient tout des enseignants. Les apprenants ne pourraient plus s’affranchir du numérique et ne sauraient jamais comment utiliser un livre physique, un magazine ni même un journal, ne l’ayant jamais appris auparavant. Et puis, qui nous dit que le cartable numérique  dont on ignore tout de ses dimensions est plus pratique en termes de poids. De plus en plus d’enfants sont précoces et auraient des difficultés physiques à porter et transporter un ordinateur portable appelé cartable numérique en plus des cahiers physiques. Que dire de la formation initiale, l’adaptation aux nouveaux outils des élèves, des enseignants et des parents ? On  ne peut occulter la question essentielle du coût à l’accès des énergies renouvelables contenues dans le programme RETICE. Les conditions notamment climatiques et culturelles dans lesquelles se dérouleront ces enseignements et les pratiques originales ont-elles été prises en compte? Les expériences de l’enseignement télévisuel importé en Côte d’Ivoire ayant laissé un goût amer, invitent à la prudence. Qu’en est-il des mécanismes de maintenance en cas de dysfonctionnements pouvant souvent survenir au niveau des matériels électroniques.

Les concepteurs du programme RETICE avec le cartable numérique en ligne de mire et dont l’objectif principal est de contribuer à l’amélioration de l’éducation et à l’accès à une éducation de qualité, portent un projet ambitieux. Mais, de nombreuses questions restent à résoudre, de nombreux défis sont à relever dans un contexte de sous-développement généralisé peu favorable. Comme l’avait fait remarquer un homme politique africain, « A cette allure, ce n’est sûrement pas demain que l’on verra cette technologie opérationnelle dans toutes nos écoles ».

L’espoir est néanmoins permis avec les adaptations qui s’imposent.

Firmin Koto

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