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Côte d’Ivoire : l’influenceur Apoutchou National condamné à 3 ans de prison ferme

Innocent KONAN | | Société
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Le procès d’Apoutchou National a livré son verdict en Côte d’Ivoire. L’influenceur ivoirien a été condamné à trois ans de prison ferme pour blanchiment de capitaux dans une affaire qui secoue les réseaux sociaux depuis plusieurs mois. Une décision judiciaire qui relance le débat sur la circulation des espèces et le respect des règles financières dans le pays.

Après des mois d’attente et de nombreuses spéculations, la justice ivoirienne a finalement tranché dans l’affaire impliquant l’influenceur Apoutchou National. Figure incontournable des réseaux sociaux en Côte d’Ivoire, Stéphane Agbré, de son vrai nom, a été reconnu coupable de blanchiment de capitaux par le Pôle pénal économique et financier.

Ce jugement, rendu le mardi 2 juin 2026, marque une étape importante dans la lutte contre les infractions financières et envoie un signal fort aux acteurs du numérique, aux opérateurs économiques et à la jeunesse ivoirienne.

Une vidéo devenue le point de départ d’une vaste procédure judiciaire

L’origine de cette affaire remonte à une séquence vidéo largement relayée sur les réseaux sociaux il y a près de deux ans. On y voyait Apoutchou National exhiber d’importantes liasses de billets, représentant plusieurs dizaines de millions de francs CFA.

À l’époque, l’influenceur avait expliqué que cet argent ne lui appartenait pas et qu’il lui avait été confié temporairement par un bookmaker dans le cadre d’une future acquisition automobile.

Mais cette démonstration de richesse, devenue virale en quelques heures, a attiré l’attention des autorités compétentes. Une enquête a alors été ouverte afin de déterminer l’origine exacte des fonds ainsi que les conditions dans lesquelles ces sommes circulaient.

À l’issue de la procédure, le tribunal a estimé que les éléments réunis justifiaient une condamnation. Apoutchou National a ainsi écopé de trois années de prison ferme.

Dans le même dossier, Lionel PCS, considéré comme l’un des principaux protagonistes, a reçu la peine la plus lourde : cinq ans d’emprisonnement ferme, notamment pour prise illicite de paris et transfert illégal d’argent.

Une décision qui relance le débat sur la réglementation financière

Au cœur du dossier figure une réglementation édictée par la BCEAO qui encadre les paiements en espèces dans l’espace UEMOA.

Selon cette disposition, toute transaction ou dette dépassant cinq millions de francs CFA doit être réglée par des moyens de paiement traçables, notamment par chèque ou virement bancaire. Le recours à l’argent liquide au-delà de ce seuil est considéré comme une infraction susceptible d’entrer dans le champ de la lutte contre le blanchiment de capitaux.

Cependant, la défense conteste fermement l’interprétation retenue par le tribunal. Les avocats des prévenus estiment qu’un flou juridique subsiste concernant les sanctions applicables en cas de dépassement du plafond fixé par la BCEAO.

Malgré ces contestations, la juridiction a également condamné les cinq prévenus à verser solidairement une amende de 100 millions de francs CFA à l’État de Côte d’Ivoire et à la Lonaci, constitués parties civiles dans cette affaire.

Du côté de l’État, cette décision est perçue comme un levier supplémentaire de sensibilisation. Les autorités souhaitent renforcer la vigilance autour de l’utilisation des espèces et encourager le respect des mécanismes financiers destinés à lutter contre les flux d’argent non traçables.

Au-delà du cas Apoutchou National, ce verdict pourrait faire jurisprudence et marquer un tournant dans la manière dont les autorités ivoiriennes abordent les questions liées à l’argent liquide, aux activités numériques et à l’exposition ostentatoire de fortunes sur les réseaux sociaux.

Si les condamnés ont déjà annoncé leur intention de faire appel, cette affaire restera comme l’un des dossiers judiciaires les plus médiatisés de ces dernières années en Côte d’Ivoire. Une décision qui rappelle que la notoriété numérique ne place personne au-dessus des règles financières et des exigences de la loi.

Innocent Konan

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