Mort de Claude Pivi : Disparu en détention, figure controversée d’un procès historique en Guinée

Le colonel Claude Pivi, ancien chef de la sécurité présidentielle guinéenne et figure centrale du procès du massacre du 28 septembre 2009 à Conakry, est mort le mardi 6 janvier 2026, en détention sanitaire à l’hôpital militaire du Camp Almamy Samory Touré, a annoncé le Parquet général près la Cour d’appel de Conakry.
Âgé d’environ 66 ans et surnommé « Coplan », Pivi avait été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une période de sûreté de 25 ans, pour crimes contre l’humanité liés à la répression meurtrière de manifestants au stade de Conakry en 2009, lors d’une manifestation contre la candidature du chef de la junte à la présidentielle.
Un dossier judiciaire lourd et un procès historique
Le massacre du 28 septembre 2009 avait fait au moins 156 morts, des centaines de blessés et un grand nombre de violences sexuelles, selon les enquêtes internationales et rapports de droits humains.
Le procès, ouvert en 2022, constitue l’une des plus importantes procédures judiciaires pour violations massives des droits humains dans l’histoire récente de la Guinée. Parmi les accusés figuraient Moussa Dadis Camara, ancien chef de la junte, Moussa Tiégboro Camara et plusieurs autres hauts responsables militaires et civils, tous jugés devant le tribunal criminel spécial de Dixinn.
Pivi, en tant que ministre en charge de la sécurité présidentielle au moment des faits, fut jugé pour sa responsabilité de commandement dans ces violences.
Les « frasques » et épisodes marquants du procès
Le procès de Claude Pivi a donné lieu à plusieurs moments remarqués :
Négation des faits à la barre : Durant les audiences, Pivi a souvent nié sa présence sur les lieux du massacre et contesté sa responsabilité directe, arguant de sa carrière militaire et de son rôle, dans un contexte où la défense cherchait à relativiser sa participation.
Départ de son avocat en 2022 : Lors d’un passage à la barre, Me Salifou Béavogui, l’un de ses avocats, a renoncé à le défendre, dans un contexte d’audience tendue où les relations entre la défense et Pivi semblaient difficiles.
Évasion spectaculaire : En novembre 2023, Pivi s’est échappé de la Maison centrale de Conakry lors d’un raid armé qui a libéré plusieurs des accusés les plus en vue, dont lui-même, ce qui a profondément marqué l’opinion publique guinéenne. Il fut l’un des derniers à être repris, capturé près de la frontière libérienne en septembre 2024, avant d’être réincarcéré pour y purger sa peine.
Ces épisodes ont nourri polémiques politiques et médiatiques, entre critiques sur la sécurité des institutions et débats sur la nécessité d’une justice transparente et complète pour les victimes.
Décès et réactions
Selon les autorités, Pivi souffrait de plusieurs pathologies chroniques (diabète, hypertension, goutte) et serait décédé des suites d’une hypoglycémie sévère, après un non-respect de son traitement médical en détention. Une autopsie médico-légale a été ordonnée pour confirmer les circonstances exactes de son décès.
La mort de Claude Pivi clôt un chapitre dramatique de la justice guinéenne, mais laisse des questions sur la responsabilité collective, la mémoire des victimes et la capacité des institutions à rendre une justice complète pour les crimes graves du passé.
Firmin Koto
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