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Monika Dillier (artiste plasticienne) : « Le concept Bücher + Hefte n’est pas une fin »

Celestin Yao Koffi | | Arts Visuels

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« Knabenmorgenblüthentraüme », tel est estampillé le titre du livre à paraitre de l’artiste Monika Dillier au dos du carton d’invitation de l’exposition BÜCHER + HEFTE 1986 – 2012 à la Galerie Stampa à Bâle du 03 avril 2012 au 19 mai 2012. Nous avons visité cette exposition et nous avons rencontré l’artiste afin qu’elle nous livre détail de sa démarche singulière.

Bonjour Monika, l’exposition qui tient lieu dans la Galerie Stampa « Bücher + Hefte » est un travail que tu effectues depuis 1986, mais avant que nous parlions de cette exposition, j’aimerais que tu te présentes à nos lecteurs.
Je suis Monika Dillier, j’habite à Bâle, je suis une artiste. Je travaille souvent avec le dessin, mais je considère le dessin comme une œuvre, une peinture, une installation.

Quel concept développes-tu à travers Bücher + Hefte ?
Je développe deux choses dans ce travail. Dans Hefte, ce sont les dessins et dans Bücher je fais une collection des images que je trouve dans des magazines et journaux. Après avoir lu des journaux, s’il y a des images souvenirs qui me restent dans la tête, je reviens les récupérer.

Les images récupérées suivent-elles le fil de l’actualité ?
Parfois, je trouve chaque jour une image, d’autres fois cela peut durer un mois où je n’en trouve aucune. Je ne cherche pas une image, il faut que l’image elle-même vienne.

En feuilletant les cahiers, je peux noter qu’il n’y a pas que des images de magazines, il y a aussi des images personnelles en rapport avec ton intimité, comment expliques-tu cela ?
Ça, c’est très rare, c’est peut-être par deux fois que j’ai inclus mes photos personnelles dans mes cahiers. L’intimité des choses qui sont publiques m’intéresse. À mon sens, le regard porté sur l’intimité des choses en public peut changer. Une chose intime peut relever plus du public qu’une chose publique très intime.

Par quel processus, arrives-tu à discriminer une image dans un magazine qui comporte par essence plusieurs images ? Comment une photo t’attire-t-elle ?
Cela doit être un coup de foudre, sans réflexion, sans rien. Je vois une photo et je ne l’oublie plus. Si le journal est fermé, l’image demeure toujours dans ma tête.
Au jour du vernissage, tu m’as dit que le cahier doit se lire comme un film. J’ai donc pensé que les images se répondaient et se renvoyaient mutuellement dans tes cahiers. L’idée du film, je l’entrevois plutôt dans les cahiers de dessins. Ce sont des dépôts de matières à travail.

Comment lire ce travail qui a commencé depuis 1986 à aujourd’hui ? Du tout premier en 1986 au tout dernier en 2012, y a-t-il un lien, une idée commune ? À moins que la commune idée soit la fabrication du cahier ?
Au commencement dans les Bücher, je n’écrivais pas les dates. Cela a changé. Dans les dessins (Hefte), l’esprit de cahier est resté, mais la façon de dessiner a changé, car au début il y avait plus de haine, maintenant c’est plus doux.

Étais-tu encore débutante en 1986 quand tu effectuais ces premiers travaux ?
Non ! Mais je ne suis pas sûr. J’avais déjà des travaux antérieurs.

Avec quoi dessines-tu ?
Je travaille avec l’aquarelle.

Quand tu désignes tes cahiers comme des films ; pourquoi ne réalises-tu pas directement des vidéos ?
J’avais déjà travaillé avec la vidéo en 1982, mais je pense que pour travailler ce n’est pas ce que je souhaite. Avec la vidéo, je n’ai pas certaines possibilités. Cette chose avec le cahier, le mouvement est important. Le cahier est comme un espace.

L’interactivité avec les personnes qui touchent et manipulent les cahiers ne dégrade-t-elle pas les œuvres ?
Je n’avais jamais de problèmes à ce niveau, car les gens font attention.

À ce stade du travail dans le concept développé dans Bücher + Hefte, peut-on dire que c’est la fin d’un processus ou le début d’une étape ?
Je ne sais pas si c’est la fin, je pense que si je vis encore, ce n’est pas la fin. Je peux travailler sur les cahiers pendant deux ou trois mois et suspendre le travail pour faire autre chose. Je ne peux pas faire un travail plus grand et consacrer du temps aux cahiers dans le même temps, cela ne fonctionne pas. Quand je travaille sur les cahiers, je fais seulement ça.

J’ai effectivement vu que tu faisais autre chose, notamment les sculptures et les verres. Y a-t-il une relation entre ce travail-ci et les autres ?
Je pense qu’il y a une relation, parce que je suis au centre de tout ce travail. Mes travaux en verre sont cependant inspirés du travail que j’ai déjà fait au dessin. En dessinant, je constate que cela vient aussi de la technique du travail du verre. Le dessin d’aquarelle est très proche du travail du verre par rapport à la transparence.

La présentation de ton travail à la galerie Stampa avec l’écriture sur le mur, participe-t-elle de l’art ?
Je veux qu’il y ait une présence dans l’espace et je pense qu’avec les titres sur le mur, cela crée un espace plus ouvert. Les tables seules au centre de cet espace seraient trop introverties.

Doit-on donc voir la disposition des tréteaux comme une installation ?
En effet, cela peut se voir comme une installation.

Dans l’histoire de l’art, il y a eu des mouvements qui me rappellent ta façon singulière de concevoir les choses dans cette exposition. Je pense notamment aux cahiers des Dadas.
Je connais les Dadas, ça m’intéresse, mais pas tellement. Ce n’est pas dans mon esprit quand je travaille.

Quelles sont donc tes références ?
Je pense par exemple à Louise Bourgeois qui est très importante pour moi et une autre artiste autrichienne du nom de Maria Lassnig.

As-tu quelque chose de spécial à ajouter pour conclure cet entretien ?
Je te remercie pour l’intérêt que tu portes à ce travail. Par rapport à cette exposition, dans les jours à venir je prépare un livre sur mon travail des vingt cinq dernières années. Cela n’est pas fait dans un ordre chronologique, mais c’est le commencement et la fin d’un processus. Dans le livre, je construis de nouvelles relations entre mes travaux anciens et nouveaux. Merci.

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