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Interview: Fatou Keita (écrivaine) “Pour les hommes, c’est généralement très confortable d’avoir tous les avantages”

Firmin Koto | | Evènements

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Entre donner du bonheur aux enfants à traves ses livres de jeunesse et s’attaquer désormais aux problèmes de société avec des romans adultes, Fatou Keita est toujours sur son cheval de pèlerin à travers le monde. A l’occasion de la sortie de son livre sonore « un arbre pour Lollie » adapté du français au suédois, elle était récemment à Stockholm en Suède. 100%Culture l’a rencontrée.

Votre livre pour enfant « un arbre pour Lollie » vient de faire l’objet d’une édition sonore en suédois et c’est justement dans le cadre de la promotion de ce livre que vous êtes à Stockhhom.Cette aventure a tout de même une histoire?
Effectivement je suis à Stockholm à l’initiative de l’association Afrikultur pour présenter « un arbre pour Lollie » qui fait l’objet d’une édition sonore en suédois accompagnée par le livre en francais. Comme vous le soligniez, c’est une avanture qui a débuté depuis quelques années avec madame Françoise Sule qui est professeur de français à l’Université de Stockholm et qui connait bien mes oeuvres. Il se trouve qu’elle est tombée amoureuse du livre « un arbre pour Lollie », elle l’a travaillé avec ses étudiants et depuis lors nous avons entamé ce projet d’édition du livre sonore qui vient de déboucher sur cette édition et donc je suis très heureuse d’être à Stockholm pour sa présentation.

Le choix de « un arbre pour Lollie » est-il motivé par un besoin spécifique ? nous constatons que c’est une histoire urbaine ?
Les histoires dans mes livres se déroulent toujours en Afrique et j’ai pris l’habitude d’alterner entre les scènes citadines pour les histoires contemporaines et les scènes de village pour les contes pour coller un peu à l’authenticité. Le choix de « un arbre pour Lollie » je peux dire ne répond pas un besoin spécifique du point de vu géographique, c’est un livre de jeunesse comme tous les autres qui pouvait se dérouler en Afrique aussi dans un village. Le plus important c’est l’histoire, qui montre des enfants à l’école. Alterner donc entre des scènes de la ville et du village ne me posent aucun problème car pour moi, il est important de monter l’Afrique sur toute ses facettes. En Afrique il ya des villes et des villages, des enfants pauvres et des enfants riches, des femmes des hommes des jeunes et des vieux…

A votre impressionnante bibliographie composée, dans un passé récent que de livres de jeunesse, il s’est ajouté depuis peu de la littérature adulte avec votre premier roman Rebelle qui est finalement un best seller. Peut ton savoir pourquoi un tel revirement ?
Depuis que j’ecris des livres pour enfants j’ai été toujours subjugée par un certain nombre de sujets dont l’excision. j’avais toujours voulu parler. La litterature adulte était donc le canal, le plus approprié pour le roman « rebelle » qui est un roman pour adulte. Ce fut aussi un prétexte pour s’essayer à autre chose. Et comme ça marche il n’ya pas de raison que j’arrête.

Cet état de fait ne risquerait-il pas de changer l’ordre des choses ?
Ah non pas du tout. Il est claire que « rebelle » a eu un grand succès mais je reste toujours dans la literrature jeunesse qui est mon domaine de prédilection. En ce moment, par exemple je suis entrain d’écrire un autre roman adulte mais en même temps je travaille sur des livres de jeunesses.

Que doit-on finalement retenir de « rebelle » ?
« rebelle » c’est ma contribution dans la lutte contre l’exision. Cela fait partir pour moi d’une lutte noble, celle du droit de la femme. Parce que, malgré tout, rien n’a vraiment avancé, quand on voit le comportement de nos compatriotes africains qui, pour la femme africaine, luttent pour le respect de ses droits.

Si vous suivez bien l’histoire, le refus de l’excision par l’héroine du livre a été le point de depart de son affranchissement vis à vis d’un certain nombre de règles établies par sa société comme l’exision : le mariage forcé et la polygamie par exemple. Ce qui est intéressant par contre c’est que ce refus par…. de l’excision a été un effet déclancheur qui lui a permis de donner un sens à son combat.Néamoins quand elle parvient à créer cette association d’aide à la femme ce n’est pas seulement pour dire que la femme est une victime, mais qu’elle a aussi sa part de responsabilité dans la manière dont elle est traitée et cela prend sa source depuis le bas âge.

Expliquez vous ?
Avec « Rebelle » , je voulais aussi attirer l’attention de la femme africaine sur un fait. Si on est d’accord que l’éducation des enfants en Afrique incombe en magorité à la femme, il est claire de souligner que c’est la femme qui oriente l’éducation de ses enfants dans cette voie ou les filles doivent toujours être à la cuisine, faire des tâches ménagères pendant que les garçons, eux, sont en dehors des corvées et ils jouent au football.

Cette attitude avec le temps rend les garçons matcho qui innevitablement comprennent qu’ils ont l’avantage sur la femme et cela se passe comme ça tout au long de la vie. Même dans les pays dit developés où l’on parlent très souvent d’égalité entre les sexes, les choses n’ont pas vraiment evolué au niveau des couples africains. Parcqu’on a fini par se dire que la femme est inferieure à l’homme et que c’est un ordre établi.

Pour revenir à l’excision, le message est assez perspectible, mais selon le constat fait il est encore difficile dans certaines traditions d’origine africaines, de se defaire de ce fléau. Quel est selon vous le bemole ?
Je pense que le regard de l’occident sur le problème de l’exision est un mauvais regard.Dans la mesure ou on a toute de suite fait passer l’exision comme une sauvagerie, je m’explique. D’un coté, vous conviendrai surement avec moi que toutes les civilisations ont leur moeurs et leur coutumes. L’exision fait partir de ces moeurs dans certaines tribus en Afrique. Croyez vous vraiment que les parents qui font exiser leurs filles ne les aiment pas ? je pense plutôt que c’est le contraire.
Et puis de l’autre coté la vie évolue et les societés sont en pleine mutation qui nous soumettent naturellement à des tries au fil du temps. Et c’est comme ça que progressivent on se débarasse des pratiques jugées dangereuses pour l’homme.

Vous donnez le sentiment d’accorder quelques circonstances atténuantes au fléau que vous combattez ?
Non pas du tout, je veux plutôt dire que c’est la manière de traiter le probème de l’exision qui pose probème. Je peux comprendre que c’est par ignorance que ces pratiques ont encore lieu dans nos pays africains et donc la meilleure manière de l’éradiquer est plutôt de sensibiliser sur ses dangers et ensuite convaincre progressivement ceux qui la pratique encore de l’abandonner.

Croyez vous donc à l’éradication de ce fléau dans un futur proche ?
Je crois que les mentalités évoluent quand même mais très lentement parce que pour les hommes c’est généralement très confortable d’avoir tous les avantages. La polygamie par exemple est un désastre mais comme ça arrange les hommes(…)

En tant que leader d’opinion qu’elle regard portez vous sur la crise qui sécoue votre pays la Côte d’Ivoire ?
Ce qui est important pour moi pour ce qui concerne la crise dans mon pays. C’est qu’on continue de se battre et qu’on reste positif quand à la résolution de cette crise. Il faut par contre que la violence, la recrimination et la vengeance s’arreêtent en Côte d’Ivoire parce que c’est pas comme ça qu’on construit un pays. Il ya eu des élections, les choses se sont mal passées. C’était horible. Ça peut arriver dans la vie d’une nation. De toutes les façons même les grandes puissances et les pays démocratiques ont tous eu une période de grave crise. Alors après tout ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire, si nous pensons que nous aimons notre pays, il faut qu’on avance.
Il est donc temps que chaque ivoirien s’interroge sur les actes qu’il pause dans l’interêt de la nation. Le fanatisme n’arrange rien. Le pouvoir n’est pas éternel. Il faut que nous comprenons que laurent gbagbo ne reviendra pas au pouvoir. Nous avons reçu le pays en bon état et nous devons le restituer en bon état à nos enfants. Et le seul gage du développement de la Côte d’Ivoire, c’est la paix.

Croyez vous, cependant, qu’un climat d’acalmie durable s’installera d’ici peu ?
Sur ce point je suis un peu septique. Je dirai même que je suis très inquiète au regard des derniers événements ou l’on a tenté de faire exploser la centrale électrique. Je crains qu’on ne bascule dans des mouvements extremistes comme au Nigeria. Imaginez que cela s’était produit. C’est tout le pays qui serait dans le noir.

Et si vous aviez un message pour les politiciens ?
Aux politiciens, je demanderais un plus grand sens de responsabilité et de devoir. Pour m’adresser à l’actuel président Alassane Ouatarra, je lui demande de mettre bal par terre et de soulager les populations de l’Ouest qui ont payé le lourd tribut de cette crise. Il faut leur donner un peu de sourire et la joie de vivre. Et comme cela ne peut se passer dans une telle violence, il faut aussi que le camp adverse accèpte le verdicte des urnes même s’il le conteste. Le camp de Laurent Gbagbo doit se constituer en une opposition pacifique et travailler de concert avec le gouvernement en place. Même si on ne l’aime pas il faut reconnaitre qu’il travail bien. Il faut donc donner le temps à Alassane Ouatarra de finir son mandat et laisser la place à un autre. Le poivoir n’est pas éternel.

Quels sont vos projets futurs ?
Je vais continuer à travailler et à écrire pour donner du bonheur aux enfants. J’ai des projets de film d’animation avec mes propres oeuvres. Je suis donc aussi à la recherche de financement parcque ça demande de gros budgets.

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Bibliographie
Née à Soubré en Côte d’Ivoire d’une mère sage-femme et d’un père médecin. Elle effectue ses études primaires à Bordeaux en France où son père termine sa formation de chirurgien anesthésiste. Ses études secondaires se déroulent à Bouaké où elle obtient le Bac série A4 en 1974.

En 1976 elle obtient un BTS/Secrétariat de Direction au Lycée Technique d’Abidjan avant de s’envoler pour Londres où elle suit des cours d’anglais au Pitman School of English et au Polytechnic of Central London. Elle ambitionne de devenir interprète. Elle obtient sa Licence d’anglais en 1981 puis sa Maîtrise à l’université Nationale de Côte d’Ivoire.

En 1984, elle soutient sa thèse de Doctorat de 3ème Cycle en Études anglo-saxonnes à l’Université de Caen en France. Elle est Maître-Assistant au Département d’Anglais de l’Université de Cocody à Abidjan où elle enseigne la littérature anglaise. En détachement au Programme National de Réinsertion et de Réhabilitation Communautaire elle s’intéresse aux problèmes post-crise en C.I.

En 1994 elle obtient le Premier prix pour le concours de littérature africaine pour enfants de l’ACCT (l’Agence de la Francophonie) avec Le Petit Garçon Bleu (NEI 1996) et la Mention spéciale du Jury pour La Voleuse de Sourires (NEI 1997).

Le Petit Garçon Bleu obtient également la Mention Honorable au Prix UNESCO 1997 de littérature pour enfants au service de la tolérance. La même année ce livre reçoit le Prix d’Excellence de la République de Côte d’Ivoire pour la Culture. Il est traduit en anglais et en allemand.

En 1995, elle bénéficie d’une bourse Fulbright pour effectuer à Charlottesville en Virginie (USA) des recherches sur les femmes écrivains noires aux États-Unis et en Angleterre. Son séjour aux USA au contact d’écrivains et de critiques littéraires lui donnera envie de se lancer, elle aussi dans le roman. De retour à Abidjan, elle publie Rebelle (Présence Africaine/NEI 1998) qui est un best-seller en Côte d’Ivoire. Rebelle est depuis plusieurs années au programme officiel des Secondes de Collège en Côte d’Ivoire. Le livre est traduit en allemand et le sera très prochainement en anglais. Selon elle, Rebelle est sa contribution au combat des femmes contre ce qu’elle considère être une violation flagrante des droits de la personne : l’excision.

La littérature pour la jeunesse étant son domaine de prédilection, elle publie Le retour de la voleuse de sourires (NEI 1999), Kyatou cache ses dents (NEI 1999) Sinabani, la petite dernière (NEI 1998). Le Coq qui ne voulait plus chanter (NEI 1999) lui vaut le Prix Enfance décerné par l’Association des Écrivaines de Côte d’Ivoire. Le Boubou du Père Noël (NEI 2000) est traduit par les Redditions Zanzibar en espagnol et en catalan (1994). De 1998 à 2001 Fatou Keïta est Membre du Jury du prix UNESCO de littérature pour enfants au service de la tolérance. Elle est nommée Membre du Jury des Cent Meilleurs livres africains du siècle au Salon International du Livre du Zimbabwe en 2001. Elle est également membre du jury du Prix NOMA de 2003 à 2005. Elle a également publié Un arbre pour Lollie (NEI 2004), qui parle aux enfants du délicat problème du SIDA.

En septembre 2005, elle anime un atelier d’écriture organisé par l’UNESCO et le BREDA à Dakar. Cet atelier aboutit à la publication d’un livre pour enfants Des papis pas possibles ! (Bld 2007)

Son deuxième roman : Et l’aube se leva… est publié par (PRESENCE AFRICAINE/NEI/CEDA 2006).
Son album Le Loup du Petit Chaperon Rouge en Afrique (NEI/CEDA 2007)lui vaut une Mention Honorable au le Prix NOMA 2008.

Elle publie un album sur le drame d’Haïti, par devoir de mémoire, dit-elle : Haïti, Sauvée par ma poupée (NEI 2010).
Son dernier album, La Petite Pièce de Monnaie, vient de paraître (NEI 2011)

Fatou Keïta est l’heureuse maman de deux jeunes adultes et de nombreux neveux et nièces. TROIS fois Grand-mère, eh oui! Ils ont osé !!!

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