Suivez Nous

Salif Keïta: ‘‘L’Europe ne peut pas bien se porter si l’Afrique va mal’’

Firmin Koto | | Musique
IMG_1139

concert Salif Keita , Stockholm -100%culture

 

A Stockholm, où il a donné un concert mémorable le 5 novembre dernier, nous avons rencontré l’artiste Salif Keïta qui a bien voulu partager avec le Webmagazine 100pour100culture quelques sujets d’actualité.

 

Nous écrivions dans nos colonnes récemment en marge du concert que vous êtes désormais à Stockholm comme chez vous. Avez-vous toujours le sentiment d’être chez vous après le concert que vous venez de donner?

Bien sûr que je me sens ici comme chez moi.  J’ai été envahi ce soir par toute l’Afrique si je peux m’exprimer ainsi. Il y avait des ivoiriens des sénégalais, des malien, des gambiens, pour ne citer que ces quelques pays africains. Ici, je ne suis du tout été dépaysé.  Il y avait aussi des suédoises et des suédois qui sont plus africain que nous. C’était un bon mélange.

Quel est votre commentaire sur le phénomène de migration auquel l’Afrique prend une grande part ?

Concernant ce sujet malheureux et désastreux, je pense que ce qui arrive est la faute à l’Europe. Pour la simple raison qu’elles refusent d’accorder le développement à l’Afrique. Ce qui arrive aujourdui n’est pas étonnant et l’Europe devait s’y attendre. Et si cela ne tenait qu’à moi tout l’africain aller venir ici pour faire entendre leur voix.

Quel serait dans ce cas la tâche des africains si c’est à l’Europe de développer l’Afrique?

L’on dira que le développement de l’Afrique devrait être opéré par les africains. Ok mais, ces africains, ils sont bien là et ils veulent bien travailler pour développer de leur continent. Mais le constat est tout simple. Chaque fois que des africains émergent on leur met des bâtons dans les roues. Et en même temps, on leur dit que c’est aux africains de développer leurs continent.  L’Afrique a aujourd’hui la capacité de se développer. Il suffit de mettre le train en marche surtout avec une grande volonté du côté de l’occident. Parce qu’en réalité l’Afrique est le grenier de ressources et de matière première. Et dans la configuration actuelle du monde, l’Europe ne peut pas bien se porter si l’Afrique va mal. Le développement de l’Afrique doit donc être l’affaire de tous et surtout dans l’urgence.

Au passage vous êtes aussi issus de l’immigration. Pensiez-vous que c’était finalement la solution pour une vie meilleure?

C’est assez triste de le dire mais la musique n’est pas un métier chez nous en Afrique. Faire la musique, c’est directement être assimilé à un délinquant, un alcoolique ou encore un drogué. Imaginez-vous! Si je n’étais pas venu en Europe, pensiez-vous que je serais à ce stade de ma carrière? Non, j’aurais tout simplement moisi là-bas et peut être on aurait jamais entendu parler de Salif Keïta. C’est pour dire qu’il faut régler les problèmes à la source.

Parlant justement d’industrie musicale …

Tout ça, c’est le manque de développement. Si on  avait un cadre de développement de la musique qui prend en compte une vraie industrie musicale qui s’adapte au temps, cela serait un grand pas. Parce qu’en réalité dans des pays comme la Guinée, la Côte d’Ivoire ou le Mali l’activité musicale devrait en principe faire vivre plus de 5000 personnes.

Quels est selon vous la solution pour que les choses avancent ?

Je reviendrai à ma même préoccupation du début. Car j’estime que tout se fera par le développement qui a aussi ses contraintes. Et ces contraintes passent à mon sens par l’accès à l’électrification pour toute l’Afrique et d’autres pôles de développement. On nous parle aujourd’hui de famine et de maladie.

Vous êtes donc d’avis avec le politicien français Jean-Louis Borloo qui justement vient de lancer un grand projet pour l’électrification de toute l’Afrique Borloo d’ici 2025.

Absolument. Et j’ai beaucoup d’admiration pour Jean-Louis. Je crois qu’il a compris le problème essentiel de l’Afrique, à savoir que son développement ne passera que par l’électrification. C’est même la première brique à poser car on ne peut rien faire sans électricité aujourdui. J’exhorte donc  tous les africains à faire un bloc derrière Jean louis Borloo pour le succès de ce projet et surtout demander aux Chefs d’Etat africains de faciliter la mise en place opérationnel de ce projet

Comment voyez-vous la démocratie en Afrique?

Concernant l’Afrique et la démocratie, je pense que c’est Chirac qui avait raison quand il a estimé que l’Afrique n’était pas encore prête pour l’appliquer. L’Europe l’a exigé,  à  mon sens. On ne peut pas l’imposer aux gens qui ne savent pas ce que c’est. La démocratie est un concept purement intellectuel et il faut avoir été à l’école  pour la comprendre avant de l’appliquer.

 

Pensez-vous que la démocratie comme exiger par l’occident aux pays en voie de développement n’est donc pas adaptée?

Au regard de ce qui se passe en Libye et aussi en Irak  par exemple, on comprend clairement que le remède proposer par les grandes puissances pour l’Afrique n’est pas toujours la solution.

Revenons au Mali vous étiez un des premiers à fustiger le Coup d’état militaire de mars 2012?

Je suis très content que l’armée n’est pas parvenu à se maintenir au pouvoir après cette tentation de le Coup d’Etat au Mali en mars 2012. Tout le monde sait comment ça se passe en Afrique quand l’armée est à la commande. Il n’est pas très élégants de nos jours  que ce soit l’armée qui défende la position d’un pays l’ONU.

Alors comment va le mali aujourd’hui?

Lorsque le président IBK (Ndlr : Ibrahim Boubacar Keïta) a pris les commandes après la crise, j’avoue qu’il a pris le pays en très grande difficulté. Depuis lors, il fait ce qu’il peut et je pense bien que d’ici la fin de son mandat,  il pourra mettre les choses sur les rails. On peut néanmoins constaté qu’il n’y a plus de violence. On peut circuler librement et les envahisseurs qui auraient pu profiter de cette situation se sont terrés. Je veux parler de djihadistes qui auraient pu profiter de ce désordre pour plonger le pays dans un chaos.

Alors pendant que nous y sommes. Comment évolue la situation à ce niveau aujourd’hui ?

On parle aujourd’hui des Tamashek comme étant à la base du problème du terrorisme au nord du Mali. Cela est faux. Tout le monde sait aujourdui qui est derrière tout ça. On sait qui est là!

C’est qui alors?

Je ne dirai rien de plus, je sais que tous les maliens savent ce qui se passe et un jour le monde entier le saura aussi.

Comment se porte votre fondation pour la protection des albinos?  

Je pense que nous avons considérablement avancé  dans la protection des albinos en Afrique  dans la mesure où nous avons influencé les Nations Unies qui ont décrété une journée de l’albinisme dans le monde. Et même aujourd’hui la violence faite contre ces personnes est   un crime contre l’humanité. Sinon avant, les albinos qui sont prisés pour des  sacrifices rituels peuvent aujourd’hui se réunir entre eux et envisager une vie sociale normale.

Par contre, il reste encore beaucoup à faire. Surtout au niveau de leur entretien corporel. La fondation essai de trouver des moyens pour leur procurer des crèmes solaires parce que les albinos sont très souvent victimes de cancer  à cause de leur peaux fragiles. Il faut donc leur trouver des prises en charge médicale.

Vous avez traversé toutes les époques mais vous restez toujours d’actualité. Quels est votre secret?

Mon secret, c’est que j’aime la musique. Mais surtout je ne perds pas de vue le faite que la musique évolue avec les générations. J’essaie juste de m’adapter aux différents courants en gardant mon originalité. Faire une musique d’armoire n’est donc pas la solution pour avoir une longue carrière dans la musique. Si tu aimes, tu cherches et si tu cherches, tu trouves.

 Pouvez-vous aujourd’hui vivre pleinement de votre métier après le chamboulement  de l’ancien code aux nouvelles technologies. Où l’on se procurer la musique aussi facilement sans payer un rond?

Effectivement la musique est aujourdui quasi gratuite, les disques ne se vendent plus et c’est plus en plus difficile quand on ne peut pas s’adapter pour être dans les nouveaux system. Moi heureusement je ne me plains pas trop parce que je peux vivre sur les concerts que je donne dans le monde.

 Avez-vous un dernier mot pour vos fans suédois?

Je voudrais dire merci à mes fans en suède qui est toujours au rendez-vous quand je suis de passage. Je voudrais aussi demander au gouvernement suédois de bien s’occuper des immigrés. Nous savons qu’il fait déjà beaucoup et pour finir lancer un appel pour faire des dons pour la fondation qui a besoin de ressources pour faire rentrer les albinos dans un autre air.

 Digest: Salif Keita albinos dans un seconde vie

Je considère le faite d’être albinos comme une mission et je n’ai aucun problème de redevenir albinos dans une seconde vie. Nous avons tous une mission sur la terre et si Dieu me confie une mission dans une apparence d’albinos je ne le refuserai pas.

IMG_1119

concert Salif Keita , Stockholm -100%culture

 

interview realisée par Firmin Koto

100pour100culture
Résumé de la politique de confidentialité

Ce site utilise des cookies afin que nous puissions vous fournir la meilleure expérience utilisateur possible. Les informations sur les cookies sont stockées dans votre navigateur et remplissent des fonctions telles que vous reconnaître lorsque vous revenez sur notre site Web et aider notre équipe à comprendre les sections du site que vous trouvez les plus intéressantes et utiles.