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Interview/ Kodzo Adzewoda Vondoly, Directeur des Editions Continents

Elvis Adou | | Litterature

Kodzo-Adzewoda-Vondoly

Kodzo Adzewoda VONDOLY, écrivain togolais, est depuis quelques années le patron des Editions  Continents, après avoir animé comme journaliste la vie éditoriale de plusieurs rédactions de la presse écrite au Togo entre 2007 et 2014. Incontournable, il l’est à force d’abnégation, sur le front culturel de son pays. Dans cette interview, il nous parle d’édition et de littérature.

Pouvez-vous vous présenter aux lecteurs ivoiriens ?

Je me nomme Kodzo Adzewoda VONDOLY, je dirige les Editions Continents. En tant qu’auteur, j’ai sur le marché, quatre ouvrages poétiques à savoir LES ETOILES D’OUTRE-CIEL une anthologie de jeunes poètes togolais, , L’HYMNE D’UN PRINCE SANS ROYAUME préfacé par Robert DUSSEY, actuel ministre des affaires étrangères et de la coopération, LE MURMURE DES MARTYRS, préfacé par Magloire K. KUAKUVI, et LES SECRETS DE PAUL AHYI en hommage à l’auteur du drapeau togolais, paru aux Editions Continents et préfacé par Me Joseph Kokou KOFFGOH. 

 

Quelle est la ligne éditoriale des Editions Continents ?

Aux Editions Continents, nous acceptons tous les genres littéraires sauf ceux dont le contenu peut porter atteinte à la vie ou à l’honneur d’un citoyen. La publication est à compte d’auteur, mais je peux vous assurer que 10% des œuvres éditées chez nous les ont été grâce à nos propres soutiens ou démarches auprès des mécènes. Parlant de la publication à compte d’auteur, plusieurs auteurs ont carrément jugé bon d’aller ailleurs, alors qu’au fond, nous arrivons à accompagner les auteurs d’une manière ou d’une autre afin que leurs manuscrits deviennent des œuvres éditées. Nous avons les preuves mais je tais les noms.

 

Le monde de l’édition est difficile. Alors qu’est-ce qui vous a poussé sur cette voie ?

C’est la volonté d’apporter ma modeste contribution à la promotion de la littérature au Togo et en Afrique qui m’a poussé à m’y mettre malgré toutes ces péripéties. J’ai mis cette maison d’édition sur pied le 1er juillet 2011, mais je vous assure que c’est en janvier 2013 que j’ai commencé par éditer des œuvres.  Il a fallu deux années pour chercher et réunir les moyens avant de pouvoir commencer par éditer des œuvres ! En toute réalité, ce secteur n’évolue pas bien au Togo car le manque de moyens fait que les éditeurs sont réduits à cette politique de publication à compte d’auteur. Comme bilan, à ce jour, nous avons publié au total 22 ouvrages composés de 12 recueils de poèmes, 2 romans, 1 recueil de contes, 2 pièces de théâtre, 2 essais, 1 recueil de nouvelles, un manuel juridique, et une biographie d’un artiste de la chanson. Nous avons en attente, plusieurs manuscrits qui peuvent se compter à plus d’une cinquantaine et que nous avons acceptés pour leur qualité.

 

La poésie, dit-on, a du mal à séduire les éditeurs africains. Est-ce votre cas ?

C’est vrai que le désintéressement du grand public à l’égard de la poésie a obligé la plupart des éditeurs à renoncer à publier les manuscrits qui leur sont souvent confiés. Ils préfèrent n’éditer des recueils de poèmes que lorsque les auteurs sont eux-mêmes prêts à investir dans la publication. «La poésie se vend mal», c’est d’ailleurs le slogan chez les confrères éditeurs au Togo. Mais je peux dire que j’ai brisé ce tabou en publiant en deux années seulement, 22 recueils de poèmes ! C’est quand même une marque de volonté de ne pas laisser les poètes dans le désespoir. Dans tous les cas, je n’ai jamais refusé des manuscrits sur la poésie. Ceci peut-être parce que je suis moi-même poète avant tout et je préside depuis six ans déjà, une association de poètes togolais qui a décidé le 30 août passé d’étendre ses activités à tous les pays africains. Donc ne soyez pas étonnés de voir dans les mois ou années à venir, cette association (le Cénacle) être représentée en Côte d’Ivoire afin de permettre aux auteurs de ce pays de se faire connaître. 

 

Souvent les rapports entre les écrivains et leur éditeur sont tendus. En avez-vous fait les frais ?

Bien sûr que oui ! Pour certaines raisons qui sont la plupart du temps comprises, des auteurs peuvent créer des scandales. Mais le reste n’est que le résultat des malentendus que les deux parties peuvent ou doivent surmonter pour continuer la route, car entre l’éditeur et l’auteur, il ne doit pas avoir de querelles.

 

Quel regard portez-vous sur la littérature togolaise?

La littérature togolaise est arrivée à une étape de décollage avec une vitesse de croisière. Elle fleurit au jour le jour avec de nouveaux auteurs dont le talent est enviable. Mais comme aucune œuvre humaine n’est parfaite, je puis vous dire la main sur la conscience que la littérature togolaise a encore du pain sur la planche. Elle a ses hauts et ses bas. Mais je me réjouis du fait que les acteurs et les auteurs ont pris conscience du mal qui ronge ce secteur qui de par le passé, était désert, sans aucun intérêt de la part du public lecteur. L’autre chose à déplorer pour notre littérature aujourd’hui, c’est qu’il y a une nouvelle génération de critiques qui confondent bien les choses, c’est-à-dire qu’ils ne distinguent pas les critiques littéraires des invectives à vocation tendancieuse. Lorsqu’un critique littéraire traite les membres d’une association de « bande » et prend une fraction de toute une œuvre (un seul vers de tout un recueil de poèmes par exemple) pour dénigrer son auteur, il y a péril en la demeure. Et c’est comme cela que la plupart de ces critiques ont fermé leurs gueules en moins de rien, malgré la pléthore d’ouvrages qui inondent le marché littéraire du pays. Mais je crois devoir dire que la littérature togolaise a devant elle un avenir prometteur.   

 

Des critiques pensent que la littérature africaine a fait beaucoup de progrès au niveau mondial. Partagez-vous cet avis?

Oui, je partage cet avis d’autant plus que je suis éditeur et je sais à peu près combien d’ouvrages d’auteurs africains sont édités à la fin de chaque mois ou année. Mais il y a encore du travail à faire pour que ces œuvres  soient accessibles au public Africain. Pour la plupart, elles paraissent dans les maisons d’édition occidentales et compte tenu des frais  le prix de vente reste exorbitant.  

 

On reproche aux gouvernants africains de ne pas faire assez pour la visibilité du livre. Que pensez-vous d’un tel grief?

C’est une réalité qu’en Afrique, des dirigeants refusent de reconnaître la place du livre dans le développement de leurs nations. Ce qui est déplorable. Peu de ces gens accordent une importance à la promotion ou à la visibilité de la chose livresque. Sinon en Occident, les dirigeants injectent des fonds colossaux dans ce secteur car le livre participe à l’élévation de la pensée des populations. Certains se  demandent si le livre peut contribuer à l’économie de leur pays, car ils préfèrent les ressources naturelles qu’ils savent gérer grâce au livre !  

 

Des livres des Editions Continents sont vendus dans les librairies ivoiriennes. N’avez-vous pas en projet de venir à la rencontre des écrivains ivoiriens ?

Oui, nous voudrions bien participer à la rencontre des écrivains ivoiriens, mais le problème, c’est que la communication autour de l’événement qui pouvait créer cette belle occasion, parait peu efficace. Il y a même échec dans la prise des contacts en Côte d’Ivoire dans ce cadre. C’est pour dire que nous souhaitons vivement participer à ce salon du livre qui s’y déroule chaque année mais cela dépendra des réponses des initiateurs qui tardent à nous parvenir lorsque nous nous adressons à eux, tant via la toile que par téléphone.

 

Avez-vous un message à lancer aux lecteurs africains ?

J’invite les lecteurs africains à s’intéresser aux œuvres publiées sur le continent. L’on ne peut évoluer sans lire. La lecture donne plus de plaisir à limer sa cervelle contre celle d’autrui que certains jeux inutiles auxquels s’adonnent aujourd’hui les Africains, surtout les jeunes. L’on dit souvent que «pour cacher quelque chose à un africain, il faut le mettre dans un livre» pour dire que les Africains n’aiment pas lire. Je veux qu’ils défient l’auteur de cette citation et cela y va de leur propre intérêt. Je profite de cette occasion pour remercier vivement votre rédaction et pour le travail que vous faites pour la promotion de la littérature africaine. Les Editions Continents feront tout pour être votre partenaire en cas de besoin.  Je ne manquerai pas de transmettre votre bonjour aux écrivains et amis du livre ici au Togo. Bonne chance et longévité à notre quotidien « votre organe ».

 

Interview réalisée par Elvis Apra

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