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Stéphane OUEGNIN (Président de la Fédération Ivoirienne d’Equitation), « L’équitation est un sport à la portée de tous »

Raymond Alex Loukou | | Société

L’équitation a toujours été perçue comme un sport de riches d’où la réticence de certaines personnes à s’y adonner. Dans cet entretien M. Stéphane Ouégnin, Président de la Fédération Ivoirienne d’Equitation lève un coin de voile sur cette discipline et invite les ivoiriens à la pratiquer sans exclusive. Rencontre avec un passionné de l’équitation qui sait la transmettre à son entourage.

Comment est née votre passion pour l’équitation ?

La passion je crois qu’elle a toujours dormi en moi parce qu’étant jeune, quand j’avais 14 ans, en colonie de vacances on faisait un peu de l’équitation. Et en 2008 j’étais un jour invité à un mariage, étant à ma table, les gens faisaient de l’équitation. Ils m’ont dit qu’ils montaient chaque week-end et si ça me dirait de le faire. J’ai dit bien sûr. J’ai pris leur numéro de téléphone et on s’est laissé. J’ai dit s’ils m’appellent, j’irai s’ils ne le font pas, je n’irai pas. Et ils ont appelé. J’y suis allé 2 à 3 fois ici même à Abidjan et c’est là j’ai vu que j’avais toujours ce talent en moi et ça s’est réveillé.

Est-ce à dire que ceux qui vous ont invité à faire de l’équitation vous ont donné l’occasion de réveiller ce talent caché en vous ?

Exactement. Et neuf mois après, j’ai eu mon premier cheval du nom de Jaïpur.

C’était un cadeau ?

Non c’est moi qui l’ai acheté. Chaque jour j’étais au travail, je comprenais les gens qui étaient propriétaire de chevaux, la passion qu’ils avaient pour leurs animaux. Malheureusement, le mien est décédé en 2010. Ne voulant pas être égoïste, j’ai décidé de transmettre mon talent à tout mon entourage : famille, amis, connaissances et proches. Dieu merci c’était une manière de transmettre une passion extrêmement contagieuse.

Au point où vous pouviez vous contenter peut-être d’être un simple amateur mais de là à décider d’être Président de fédération d’équitation. Y-a-t-il quelque chose que vous voulez organiser ou transmettre ?

Vous savez, le Président Houphouët disait : on peut servir à tous les postes à condition de le faire avec le cœur, avec amour et avec assurance et puis l’opportunité s’est présentée à moi. On était arrivé à la fin du mandat de l’ancien président. On devrait faire des élections, et j’étais élu à une voix de différence sans battre de campagne. Ceux qui étaient là travaillaient. Certes j’avais les yeux neufs mais les gens de mon bureau avaient les yeux encore plus neufs que les miens car tout comme moi ils avaient une vision plus large. Et je félicite vraiment cette équipe pour laquelle j’ai un profond respect et une grande reconnaissance.

Quelles sont les stratégies que vous développez pour la promotion de l’équitation en Côte d’ivoire ?

Nous avons eu la première année, dans notre plan de promotion de ce sport, nous avons eu la sagesse de voyager et de visiter les pays et les fédérations qui avaient beaucoup plus d’avance que nous. Le cheval était une culture, c’était presqu’une religion. Ils ont eu la gentillesse, l’amabilité de nous aider, de nous guider, nous informer des erreurs à ne pas commettre et des voies à prendre. Et nous avons commencé par la base, être légalement constitué et être reconnu par les autorités ivoiriennes ainsi que les autorités internationales. Et là, nous allons au mois d’octobre au Maroc pour le salon du cheval qui est un rendez-vous mondialement reconnu. Ça sera notre 2ème invitation. La première c’était en tant qu’observateur, et cette année nous allons non seulement en tant qu’observateur et en plus nous avons la chance d’avoir eu des cavaliers ivoiriens qui sont en stage au Maroc. Donc le salon qui aura lieu du 14 au 20 octobre prochain, les voltigeurs ivoiriens vont aussi faire des concours, des démonstrations avec nos frères marocains. En novembre, si Dieu le veut, nous allons adhérer à la FEI (Fédération Equestre Internationale) afin d’être son quatrième membre et je crois le deuxième membre de la CEDEAO après le Sénégal. D’ailleurs, nous sommes en discussion avec l’INJS afin de signer un partenariat. Ainsi, lorsque nos frères marocains viendront en Côte d’Ivoire pour donner des cours de formation qu’ils ne le fassent pas juste au sein de la fédération mais qu’ils le fassent au sein de l’INJS pour que les ivoiriens qui ne connaissent pas l’équitation, puissent mieux la découvrir. Nous formerons également des vétérinaires car ils sont peu dans ce domaine.

Que faire pour que le grand public puisse s’intéresser à cette discipline ?

D’abord il y a vous, grâce à votre magazine 100%culture. Aujourd’hui nous avons une équipe de communication que je salue, qui fait du bon travail. Nous avons aussi les réseaux sociaux qui nous permettent de mettre beaucoup de vidéos, beaucoup d’images. Cela nous permet de mieux communiquer.

Quelles sont les difficultés que cette discipline rencontre en Côte d’Ivoire ?

J’ai envie de vous dire que je n’ai même pas envie de penser à ça. Lorsqu’on regarde les difficultés on est découragé. On vise un objectif et on fait tout pour l’atteindre. Il y a des difficultés certes mais j’ai en tête une devise « à vaincre sans péril on triomphe sans gloire ». Même s’il y a des difficultés on prend ça comme un défi. Les défis nous font vivre et nous stimulent. Plutôt que de nous décourager, c’est là qu’on a envie d’aller encore plus fort et de casser les obstacles. Malgré les difficultés aussi bien techniques qu’humaines nous avançons.

Que répondez-vous à ceux qui pensent que l’équitation est une discipline réservée à des élites ?

Je répondrai qu’à l’époque aller en boite de nuit et boire du champagne était réservé à une élite. Aujourd’hui c’est devenu banal. Je répondrai qu’aller à Assinie était réservé à une élite aujourd’hui c’est devenu banal. Voyager pour aller en France était réservé à une élite, aujourd’hui c’est devenu pratiquement banal. C’est pour dire que le cheval est accessible et que beaucoup de personnes aient cette passion-là.

Il existe combien de centres de formation d’équestre en Côte d’Ivoire ?

Nous sommes en train de construire, voilà pourquoi c’est motivant.

Comment voyez-vous l’équitation en 5 ans en Côte d’Ivoire ?

Aujourd’hui, nous avons 300 licenciés si en 5 ans nous pouvons avoir 1000, 1200 ça serait bien. Aujourd’hui nous n’avons pas de vétérinaires, si en 5 ans nous avons des vétérinaires pour donner des soins en Côte d’Ivoire et dans la sous-région. Si en 5 ans nous pouvons avoir des métiers liés au cheval pour les jeunes. Ça sera déjà un grand pas en avant.

Trouvez-vous la subvention de l’Etat assez suffisante ?

Aujourd’hui l’Etat nous donne 2 millions de FCFA par trimestre. On ne peut pas juger l’autre si on n’est pas à sa place car on ne sait pas ce qui se passe. Je ne blâme pas le ministère, sincèrement je ne les blâme pas. Mais avec les moyens que nous avons, nous voulons donner envie aux gens de pratiquer ce sport.

Votre mot de fin.

Je vous remercie, je souhaite plein de succès à votre magazine. Je suis honoré que vous vous rendez compte que le cheval fait partie de la culture parce que c’est vrai, depuis la nuit des temps ça a été pour certains peuples le seul vecteur de communication, de transport, de connaissance, de richesse et le cheval a également permis à l’homme d’évoluer. J’espère que beaucoup d’ivoiriens s’adonneront à ce sport assez passionnant. L’âge pour monter à cheval chez nous varie de 7 à 77 ans, de différents sexes, différentes races, de différentes ethnies et de différentes religions. Et lorsque nous sommes ensemble, nous ne formons qu’un. Et j’espère que ceux qui liront votre magazine voudront essayer le cheval. Merci beaucoup et plein succès à votre magazine.

 

Raymond Alex LOUKOU