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“Yodé et Siro“, une anecdote de leur début de carrière

Arsene DOUBLE | | Musique

Depuis la sortie de leur album à succès “Héritage“, vendredi 3 juillet 2020, qui aura droit à un inédit concert, ce samedi 10 octobre 2020, au Palais de la Culture de Treichville d’Abidjan, le mythique groupe zouglou “Yodé et Siro“ constitue l’attraction des médias. Et ce, après avoir été absent, pendant plusieurs années de la scène musicale ivoirienne. Invité sur le plateau de “ Canal + Elles“, le duo a raconté une anecdote de leur début de carrière. “Asec-Kotoko“ est le titre qui les a propulsés sur le devant de la scène musicale ivoirienne.

Le zouglou à l’époque était une question de groupe. Il était quasi-impossible de réaliser une carrière solo en zouglou. Créé en 1996, le groupe “Les Poussins Chocs“, auquel appartenaient Yodé et Siro comptait au départ douze membres. En quête de visibilité, le groupe se propose de participer à un concours d’orchestration musicale dénommé “Marlboro Rock-in“, organisé par feu Callé Grégoire. Le concours a lieu à Divo.

Les douze membres du groupe décident de s’y rendre pour y participer. Mais, un problème financier se pose. Personne, excepté Fifi, Yodé, Siro et Bédel, ne veut sortir l’argent de sa poche pour se payer le transport. Seuls les quatre membres du groupe, ayant accepté de se cotiser, seront finalement de la partie.

Une fois l’argent collecté, Fifi, Yodé, Siro et Bédel partent rencontrer Sylvain Lenoir, fils de l’ancien maire de Treichville André Kouassi Lenoir, à qui ils demanderont de les accompagner à Divo. Sylvain Lenoir accepte de leur tenir compagnie. Le bienfaiteur des quatre jeunes artistes se charge d’assurer les frais de transport et d’hôtel du groupe.

Cependant, nos jeunes zougloumen ne sont pas encore au bout de leurs peines. Une des scènes les plus insolites va se produire le jour du concours à Divo. C’était un jeudi soir. A peine sont-ils montés sur scène armé de leur tam-tam que la foule s’est mise à leur lancer des projectiles. Les jeunes gens, caressant depuis Abidjan le rêve de s’imposer sur la scène musicale ivoirienne, viennent d’essuyer une des plus grandes humiliations de leur jeune carrière. Le groupe était tout en larme, mais loin d’être gagné par le grand découragement.

Aussitôt, l’artiste David Tayorault, membre du jury du concours, s’approche des jeunes garçons, les invite à sécher les larmes, s’enquiert du mobile de leur présence et tente d’apaiser le public, le suppliant de permettre aux jeunes artistes venus d’Abidjan de se produire, ne serait-ce que quelques minutes (15 min). Après quoi, ils n’auront plus qu’à se retirer de la scène. Sans le savoir, David Tayorault venait ainsi d’offrir aux jeunes garçons la chance de se faire une place dans le monde du showbiz ivoirien.
Le groupe “Les Poussins Chocs“, désormais composé de Fifi, Yodé, Siro et Bédel, occupe à nouveau la scène pour offrir au public un enthousiasmant et inoubliable spectacle, qui sera fortement ovationné par celui-ci. Au grand étonnement des jeunes zougloumen, le public refuse qu’ils se retirent de la scène. « Bissez…Bissez… », clamait la foule. La preuve que nos garçons n’ont pas du tout déçu le public. Aussi surprenant que cela puisse paraître, la foule ne veut plus entendre parler du groupe suivant, voire des autres groupes. “Les Poussins Chocs“, en sortant le grand-jeu ce soir-là, signait ainsi son entrée dans la cour des grands.

Lendemain, vendredi, nos quatre jeunes zougloumen, après qu’ils ont impressionné les mélomanes divolais, sont conduits en studio sur les bords de la lagune Ebrié pour y enregistrer deux titres. Ils reçoivent quinze mille francs chacun de la part des organisateurs du concours pour s’acheter des jeans. En chemin pour l’achat des jeans, Fifi, Yodé, Siro et Bédel sont surpris d’entendre leur chanson, “Asec-Kotoko“, passer à la radio, peu après leur entrée en studio. « Yodé, n’est-ce pas ta voix que j’entends ? », s’interroge Siro, étonné. « Mais, c’est bien notre chanson », réagit Yodé, ému.

Le même jour, disons vendredi, les jeunes sont contactés pour prendre part à l’émission musicale “Tempo“, qui devrait se tenir samedi. Au moment où la nouvelle tombe, les quatre membres du groupe s’aperçoivent qu’ils manquent de chemises, de même couleur. Puisqu’à l’époque, les prestations des groupes à “Tempo“ nécessitaient des uniformes, autrefois appelés “tout complet“.

Sylvain Lenoir va vite tirer les jeunes garçons d’affaires en leur proposant les chemises des serveurs du restaurant de sa mère. Ce sont des chemises très amples que nos garçons devront enfiler, faute de mieux, pour participer au show. Grâce à Dieu, “Les Poussins Chocs“, affublé de grosses chemises blanches du restaurant assortie de jeans 501, répondra présent à “Tempo“. C’est de là qu’est partie la popularité du groupe zouglou “Les Poussins Chocs“, ayant fait les beaux jours de la musique ivoirienne avant d’être réduit au célèbre duo “Yodé et Siro“.

 

Arsène DOUBLE