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Portrait A’Salfo, lead vocal Magic System

Didier Kore | | Musique
Credit photo: www.chartsinfrance.net
A’Salfo « Dieu m’a fait grâce en me faisant naître à Anoumambo »
Né un mois de mars 1979 dans le village d’Anoumambo (Abidjan), Traoré Salif, alias A’Salfo n’est pas venu au monde avec une cuillère en argent dans la bouche. Sa réputation, son charisme et son ascension dans la vie, il les doit à la rue, mais aussi à une famille, dont le père, malgré les maigres revenus dont il disposait a su donner une éducation enviable à sa descendance…Découvrons peut-être ensemble, le chemin parcouru par ce jeune-homme, aujourd’hui père d’une fratrie de 4 enfants, dont 3 filles.
Ses souvenirs d’enfance
Garçon hâtif, c’est à l’âge de 6 ans que le jeune Salif fait son entrée dans le monde scolaire. Et, c’est l’EPP Stade d’Anoumambo qui l’accueille dès la classe de CPI, puisqu’il n’a pas eu la chance, comme bon nombre de ses amis à l’époque, de connaître les joies et les délices de la maternelle. « Au CPI, on commençait à y aller à l’âge de 7-8 ans. Après tout cela, tout est allé un peu vite. Je crois qu’il y a une classe que je n’ai pas eu à faire », fera-t-il savoir. Cette école, presque tous les membres de sa famille l’ont fréquentée. «Avec mon frère jumeau, nous sommes allés à l’école le même jour, quoi de plus normal. Lui et moi avions la chance de jongler comme cela, soit il est 1er de classe, et moi 2ème, et vis versa. (Rires). », relate-t-il, avec l’humour débordant qu’on lui connaît. Elève brillant, bavard en classe mais travailleur selon ses propres termes, Traoré Salif garde encore de beaux souvenirs de ses années tables-bancs. « Le souvenir que j’avais était que j’étais dans un autre milieu. Pour une première fois on va rester loin des parents pendant plusieurs heures. Depuis sa naissance, on est collé à des êtres qui nous sont chers, et un matin on te dépose quelque part…Ce qui m’a le plus marqué, c’est que j’étais dans le même habit que tout le monde. J’étais heureux d’être dans un groupe où nous tous avons porté les mêmes vêtements. A un moment on était fier d’appartenir à un groupe. Et puis après on s’habitue à avoir une vie qui n’a rien à voir avec celle qu’on a à la maison. Et nous sommes dès lors obligés de côtoyer deux univers différents », fait remarquer celui qui allait interpréter le tube 1er Gaou.
Déformation où simple question d’hérédité ? En tout cas, Traoré Salif n’était pas le genre d’écolier qui révisait fréquemment ses leçons. « Tout comme dans la musique, on va dire que je n’ai jamais pris le temps de m’asseoir à la maison pour dire que je vais étudier. Ce n’est pas un conseil que je donne aux autres. C’est dû au fait que j’ai peut- être une fertilité de mémoire qui me permet de faire cela. J’écoutais attentivement en classe pour ne pas oublier. C’est bien pourquoi aujourd’hui même sur scène je peux me permettre de faire 30 chansons en me rappelant de toutes les paroles que j’ai eue à écrire…C’est quelque chose qui est née depuis l’école, en tout cas, moi je n’étudiais pas. C’est sur le tas, ce qu’on me disait que je retenais. Même ce que nous sommes en train de nous dire, vous m’appellerait dans 2, voir 3 ans, je vous rappellerais ce que je vous avais dit. C’est une fertilité d’esprit que j’ai, et je ne pense pas que tout le monde l’ait, sinon on ne nous demanderait pas d’étudier », a-t-il avertit.
Ses années collèges et lycées…
Le temps passe. Et, le môme d’Anoumambo devient plus responsable. Fini les culottes kaki, place au bleu et blanc des collèges et lycées du publique . De Marcory, Traoré Salif est parachuté dans une autre commune, celle de Port-bouêt. Loin de son frère jumeau. Il raconte : « Je vais au CEG de Port-Bouët, qui est devenu aujourd’hui le lycée de Port-Bouët. Je reste là, jusqu’à la classe de 3ème. Normalement, je devais faire le lycée moderne de Koumassi, mais je me suis plus concentré sur la musique, même si parallèlement je suivais les cours. J’ai suivi quand même des cours par correspondance avec Educatel jusqu’à un niveau terminal. La musique étant au dessus de tout le lot, je n’ai pas pu résister. Dans les années Fesci (Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire) aussi, au moment où j’étais avec la fesci. Bien vrai que j’avais le niveau 1ère, et Terminal, je militais auprès des Soro Guillaume, Charles Blé Goudé et tout ça ».
Avait-il une fibre de leader qui bouillonnait en lui ? Que non, vous répondra-t-il toute suite, sans ambages ! Si non, pourquoi suivait-il les Guillaume Soro et autres Blé Goudé ? Il vous rétorquera ceci : « j’aimais plutôt le rassemblement de la jeunesse qui se réunissait pour revendiquer quelque chose. Et je me souviens encore à l’époque, où le présent Président de l’Assemblée Nationale, Guillaume Soro qui me disait que j’étais son secrétaire à la Culture. Cela avait l’air anodin, mais c’était une responsabilité, mais cela m’a permis de savoir qu’on pouvait me confier des responsabilités. Car, j’ai bien mené cette mission jusqu’en 1998, où j’ai par la suite décidé de faire quelque chose avec Magic System. Toujours sur les encouragements des Soro et Blé Goudé et autres…C’est bien cela qui a consolidé notre amitié, contrairement à ce que plusieurs personnes pensent qu’on s’est connus à travers la politique », voilà qui est donc désormais clair…
Après avoir officiellement arrêté les cours en classe de 3ème, et suivi les cours par correspondance pour avoir le niveau de la terminale, le lead vocal des « gaous »n’a pas jugé utile de s’arrêter en bon chemin. « Et là aujourd’hui encore où je vous parle, je suis entrain de m’inscrire en Science-politique à Paris, pour apprendre encore sur l’entreprenariat culturel. Les gens croient que quand on a de l’argent, on doit arrêter les études. L’argent ne doit pas être l’objectif premier de quelqu’un parce qu’il y a des connaissances qu’on doit encore acquérir pour mettre au service des autres personnes et tout. Et moi, Dieu m’a fait grâce. Dieu m’a permis à partir de 20 ans, de toucher comme argent ce que j’aurai pu toucher après 50 ans. Quand tout s’anticipe dans ta vie, il faut te dire que cela n’est pas fait pour rien. Il y a une mission qui t’es confiée de manière divine. Et si tu ne sais pas faire des sacrifices pour aider d’autres personnes, pas à devenir comme toi, mais ne serait-ce qu’a profiter de ce qui t’arrive, c’est que cela ne vaut pas la peine. Et comme tu le dis, en principe, après la classe de 3ème, j’aurai pu tout arrêter », clame-t-il avec une certaine fierté.
Quelques anecdotes sur son frère jumeau
Très réservé et souvent peu bavard sur les liens qu’il a avec son frère jumeau, A’Salfo a bien voulu déroger à la règle, pour les lecteurs de Select Magazine. Il raconte dans ces lignes qui suivent leurs parcours communs et quelques aspects de la vie qui les a toujours divisés. « Nos chemins se sont déjà séparé mon frère jumeau et moi à partir de l’école parce que quand on a eu l’entrée en sixième, je crois que chacun est parti de son côté. Moi j’ai été envoyé au CEG de Port-Bouët qui était une école publique très ouverte, lui, il a eu la chance d’aller au collège Voltaire, une école qui à l’époque n’était pas permise à n’importe qui. C’était une école de référence. Pendant que nous on remplissait nos bulletins au stylo, eux, ils étaient déjà informatisés. Il y avait déjà cette différence qui était là. Dans la vie réelle, mon frère et moi n’avions jamais eu les mêmes goûts. Par exemple, j’étais supporter de l’Asec, lui, il était de l’Africa. Et ça toujours été comme celajusqu’aujourd’hui. Nous avons grandi, mais il y a un truc qui dit que nous ne devons pas avoir les mêmes goûts. C’est peut-être d’ailleurs pourquoi nous ne nous ressemblons pas. Quand je lui disais que moi j’aimais Bailly Spinto, lui me rétorquait qu’il était fana de Lougah François. Je crois que c’est les différences qui font les hommes », a-t-il fini par conclure sur ce chapitre.
Magic System, la formidable épopée
Constitué véritablement en 1994, le groupe Magic System a connu une scission peut avant 1997. Date à laquelle, Tino, Goudé, Manadja et A’Salfo décident ensemble de prendre leurs destins en main. Avec l’avènement du Zouglou à cette époque, des groupes  commencèrent donc à se constituer pour pérenniser le mouvement. «  Personne ne pensait que ce mouvement  allait être un mouvement culturel et national qui pouvait régénérer des fonds. Nous, on animait dans des baptêmes et funérailles pour la somme de 15 000 FCFA tout au plus. Et après, ça suffisait ! », dit-il sans conviction apparente comme s’il était encore de cette époque là. Puis, arrivèrent les groupes comme « Les Parents du campus », « System Gazeur », « Zougloumania » et autres….
« C’est surtout le succès du groupe « Les Poussins Chocs » qui nous a fouetté l’orgueil par ce que ce sont des amis. Et aujourd’hui, ils chantent un album qui est écouté partout. « Espoir 2000 », qui sort un album qui cartonne, « Petit Denis » qui sort un album qui cartonne aussi. Pourtant, nous sommes de la même génération. Nous nous sommes dit pourquoi pas nous…Donc, nous avons essayé de retravailler toutes les chansons. Donc avec mes écrits, on a essayé de trouver des choses de biens. Il y a des succès qui ont éclos avant même que Magic System ne sorte, mais qui proviennent de mes écrits », révèle t-il, sans toutefois vouloir entrer dans la polémique. Mais, il tenait à préciser ceci : « Excusez-moi, je ne voudrais pas polémiquer là-dessus ! Mais je sais que ceux qui lisent entre les lignes se reconnaîtront. Car, il y a ma plume qui a écrit beaucoup de textes dans le Zouglou, mais moi, je n’ai jamais revendiqué quoi que ce soit. C’est plutôt une fierté de savoir que quelque chose qui venait de ma tête allait plaire. Quand je voyais des amis comme, Yodé, Les Salopards, Petit Denis…qui, malgré leurs succès revenaient à Anoumambo nous voir, cela nous donnait encore du courage de pouvoir travailler. Je me disais que peut-être, un jour le succès nous sourira, jusqu’à ce que « Premier gaou » arrive. Et le succès de « Premier gaou » a été tellement planétaire que j’ai même oublié tout ce qui a été pris avant ».
Anoumambo sa terre promise…
Que d’émotions ! Lorsque même au jour d’aujourd’hui, quand A’Salfo évoque ses souvenirs d’Anoumambo. Ce lopin de terre perdu aux fins fonds de la commune de Marcory a été pour beaucoup pour cette formation, à en croire l’artiste. « Je dirai que le bon Dieu m’a fait grâce. Et peut-être aussi que c’est en voulant me faire grâce que le bon Dieu m’a fait naître à Anoumambo. C’est une école aujourd’hui qui me sers. Parce que les vraies valeurs humaines, c’est ici que je les ai eues, ce n’est pas dans ma carrière. Quand je regarde donc mon parcours et celui de tout le groupe, c’est le fait de partir d’ici…C’est exclusif quand même de voir un groupe Africain qui pendant 17 ans, reste soudé. Ça veut dire qu’il y a eu une école qui était plus forte que ce que vous pouvez voir aujourd’hui », relate-t-il, toujours avec un brin d’émotion.
Une histoire passionnante et attachante qui ne compte pas s’arrêter là. Vu les perspectives et les succès que promet encore ce groupe. C’est aussi cela, l’effet magique du groupe Magic System.
Didier Koré

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