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Maroc : 21ème édition du Festival culturel gnaoua à Essaouira

Innocent KONAN | | Musique

La 21ème édition du rendez-vous culturel et musical marocain s’est tenue du Jeudi 21 au samedi 22 Juin à Essaouira. Sur la place Moulay-Hassan, l’une des plus belles esplanades de la ville marocaine, entre le port et l’entrée de la médina, des techniciens s’affairent sur la grande scène et terminent leurs derniers ajustements, sous les cris des goélands et l’œil curieux de chats maigrelets.

Harnachés d’un sac de randonnée surmonté d’une tente, Taha et Nizar, 18 ans, sont partis de Marrakech en stop, tôt le matin, pour fêter la fin de leurs études à Essaouira. « On vient de passer le bac et on a décidé de commencer nos vacances par le Festival gnaoua. La programmation musicale est super, tout est gratuit, mais on vient surtout pour l’ambiance, car ici tout le monde est ensemble », expliquent-ils.

Comme eux, des milliers de jeunes Marocains viennent assister chaque année à ce festival qui met à l’honneur la culture gnaoua. En 2017, pour les 20 ans de l’événement, près de 300 000 personnes étaient au rendez-vous.

Difficile de retracer avec précision l’origine exacte de la culture gnaoua, mais ce patrimoine musical aurait été importé par les esclaves capturés au sud du Sahara. Un héritage que de nombreuses confréries revendiquent dans les paroles de leurs chants.

Relève, le festival y a accordé sa priorité en faisant appel aux jeunes gnaouas attitrés. La fusion dans toute sa splendeur a elle aussi marqué ce festival, nous indique Karim Ziad. Preuve à l’appui, le festival continue, en effet, d’inviter des artistes du monde pour collaborer avec les musiciens locaux, une manière de faire voyager ce genre à travers le monde. “On a invité des musiciens du monde entier pour rencontrer des Gnaouas et essayer de faire collaborer ce genre à la World Music”, affirme le directeur artistique.

Originaire d’Essaouira, Asmaa Hamzaoui, l’une des rares femmes maalem, joue pour la première fois sur la grande scène du festival qui l’a révélée, devant des dizaines de milliers de spectateurs. La soirée connaît son apothéose lorsque, à 3 heures du matin, la Malienne Fatoumata Diawara la rejoint sur scène.

Pendant le festival, Essaouira ne dort jamais. La grande scène tire ses rideaux, mais dans les ruelles et dans certains riads, des groupes amateurs gardent la ville éveillée jusqu’à ce que les festivaliers s’en emparent de nouveau au petit jour. Des scènes plus intimistes proposent des concerts pour initiés et mélomanes avides de pénétrer plus en profondeur l’univers gnaoua. Cependant, le festival n’est pas que musical. Tous les jours, des tables rondes sont organisées en différents lieux.

« Nous avons rapidement pris conscience qu’il fallait aller au-delà d’un rendez-vous musical et œuvrer à la préservation du patrimoine gnaoua. Notre objectif est aussi de préserver et de perpétuer cette tradition orale », explique Neila Tazi, qui espère que l’art gnaoua sera inscrit en 2019 sur la liste du patrimoine oral et immatériel de l’humanité de l’Unesco.

Le festival, qui s’est clos samedi par un concert fusionnant les univers du jeune maalem Houssam Guinea, du saxophoniste Shabaka Hutchings, du batteur Karim Ziad et du guitariste Nguyen Le, aura incarné, cette année encore, cette capacité d’adaptation et d’ouverture à l’autre.

 

Innocent KONAN