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Mali : Quand le Taman construit l’union…

Corinne Binesti | | Musique

La 5e édition du festival La nuit du Taman, qui se déroulera les 22 et 23 novembre prochains à Bamako devant le stade Mamadou Konaté s’inscrit comme un évènement majeur pour de nombreux maliens et plus largement pour beaucoup d’Africains. Un évènement qui rassemble des milliers de personnes qui mettent l’accent sur le rôle important du Taman, cette percussion ancestrale, renommée dans la société malienne.

« Je suis fils de griot. Le Taman a toujours fait partie de ma vie depuis l’enfance. Il m’a été transmis par mes parents et mes grands-parents griots … il fait partie de l’histoire familiale », raconte Cheickne Sissoko musicien talentueux, originaire du village de Madina Sacko, dans la région de Koulikoro au Mali.

Fondateur depuis 2014 du festival La nuit du Taman, l’artiste est connu au Mali et en Afrique comme l’un des plus grands joueurs de cet instrument.

 

Un membranophone qui parle …

Le Taman plus communément appelé « le tambour qui parle » est cette percussion composée de bois rares, que l’on place sous les aisselles et qui jadis permettait aux griots des rois de passer les messages du chef aux villageois. L’instrument annonçait ainsi les cérémonies de mariages, les baptêmes, le décès du souverain ou d’un chef de quartier… Avec son unique qui s’apparente étonnement à une voix et à un langage, il est très apprécié.

Aussi, l’une des caractéristiques de Cheickne Sissoko, est d’avoir su préserver la nature même de l’instrument tout en l’intégrant dans des ensembles instrumentaux d’aujourd’hui.

Avec son groupe SOMANE-MALI composé de musiciens de hauts vols de la grande chanteuse YAH KOUYATE, l’artiste s’est frayé un chemin dans la cour des grands, occupant des scènes nationales et internationales dans de nombreux pays : Côte d’Ivoire, Benin, Cameroun, Niger, Guinée équatoriale, mais aussi en Suède, Danemark…, aux États-Unis…

 

La musique est un savoir et engagement

L’artiste revendique une démarche de transmission des savoirs auprès de la jeunesse de son pays : « lorsque je joue, je continue toujours à passer des messages … », dit Cheickne.

Lors d’ateliers de formations musicales organisés auprès de jeunes non scolarisés ou sans-emploi, le musicien veut donner du sens à son Art : « Je considère qu’il est important de transmettre et de permettre à notre jeunesse de mieux savoir l’histoire ancestrale de nos instruments. Malheureusement beaucoup ne connaissent pas la richesse des morceaux de nos ancêtres ».

Plus inquiet quant au devenir de certains jeunes maliens : « je demande aux jeunes de mon pays de se donner la main et de rester chez nous pour travailler. Arrêtez d’aller sur les mers pour perdre la vie. Cette situation est dramatique et il en va de l’avenir de nos enfants. »

 

La cohésion reste un garant de la paix

Cette histoire musicale à travers le festival, la Nuit du Taman est pour Cheickne et son groupe un rassemblement qui va bien au-delà de la passion. Il parle aussi d’un engagement essentiel à l’heure ou le Mali connait de graves déchirures. Et depuis 2014, l’artiste crée un évènement qui construit une cohésion, une union aussi entre chaque groupe linguistique du pays. Jean louis Sagot Duvauroux Co-fondateur de la compagnie malienne Blonba et fondateur au Mali de Blonba Culture en partage, écrivain, dramaturge et directeur de théâtre de l’Arlequin dans le département de l’Essonne raconte : « les Arts du spectacle ont la magie de pouvoir réunir des personnes appartenant à des communautés différentes, dans lesquelles pendant un moment, ces gens vivent ensemble la même histoire et les mêmes émotions. Or, la fonction même de la musique est de rassembler les êtres dans une émotion commune ».  C’est toute la démarche de Cheickne Sissoko. À travers un tel festival, le musicien cherche à produire une résistance et une solidarité : « il en va de l’avenir de nos enfants », dit-il.

Pour l’heure, et depuis plusieurs semaines, un premier lancement du festival s’est déroulé en amont à l’institut français de Bamako, à travers des ateliers d’initiation autour du Taman avec un grand succès à la clef.

Les 22 et 23 novembre prochains seront des dates officielles d’ouverture du Festival la Nuit du Taman. Un rendez-vous à ne pas manquer qui va rassembler tout un panel de grands artistes.

 

Corinne Binesti