Suivez Nous

LE CONTRE-CHANT DU POUVOIR

Eric Tape Daleba | | Musique

-
L’art musical et le pouvoir, dans leurs relations au social, constituent deux maillons incontournables dans la mise en œuvre et la réalisation d’une politique. Le pouvoir, par définition est matérialisé par l’autorité légale, souveraine, et est un système régit par des valeurs qui cherchent à être suivi, obéit et soutenu.
Au contraire, l’œuvre d’art musicale, a besoin d’être vue, diffusée, célébrée et rémunérée. Cet antagoniste apparent est très souvent, et même trop souvent, le fruit d’un mariage hors propos, qui a besoin d’être légitimé dans les deux cas, de la part des acteurs. Quel que soit la nature de leurs ambitions, les artistes sont obligés, au grand dam de leur population, de se déterminer par rapport aux pouvoirs politiques du temps.

Chanter à l’unisson du pouvoir, se faire tantôt l’écho du gouvernement ou célébrer un homme politique est un problème auquel est confronté la majorité des artistes musiciens face aux politiques de leur pays. L’artiste est pris, ou se laisse embourber dans le tourbillon des velléités de la gestion de la cité. La difficulté de sa réaction à la situation est certainement son manque de recule face à ce « monstre froid » selon les propos de Nietzsche, qui considère l’état comme le plus froid de tous les monstres froids.

Pour penser comme planton posons cette question : «Eh bien, dis-moi quelle idée tu te fais d’un sophiste ? Pour moi dit-il, comme le nom l’indique, c’est un homme savant en choses savantes. – Mais, repris- je, on peut dire aussi bien des peintres et des architectes qu’ils sont savants en choses savantes. Si l’on nous demandait en quelles espèces de choses savantes les peintres sont savants, nous répondrions, j’imagine, que c’est dans l’exécution des images, et ainsi de suite. Mais si l’on nous demande en quelles espèces de choses savantes le sophiste est savant, que répondrons-nous ? Que sait-il exécuter ? Que dire de lui, Socrate, sinon qu’il sait rendre les autres habiles à parler ? ». Il est clair que l’artiste joue un rôle primordial dans les réflexions sur la gestion de la cité.

Le contre-chant du pouvoir, par analogie, est tout artiste qui par principe est contraint, d’une manière ou d’une autre, d’élaborer une politique artistique et esthétique en parallèle avec le programme d’un parti politique afin de répondre à ses propres besoins, et non, ceux pour lesquels il a eut mandat de la part de ses paires. Son œuvre est indépendante, mais se mêle au chant du pouvoir. C’est-à-dire, l’artiste est obligé de concevoir ses thèmes pour satisfaire les thèmes d’une politique gouvernementale quelconque.

Une politique est une conduite calculée en vue d’atteindre un but précis en relation avec les affaires publiques d’un état. C’est dire que le pouvoir oriente son discours en fonction de ses intérêts, et l’artiste devrait pouvoir rester en dehors de telle turbulence afin de demeurer la voix des sans voix. Une telle responsabilité renferme des enjeux vraisemblablement importants, quels sont-ils ?

S’il est vrai que les artistes jouaient, dans la Grèce antique, le rôle d’éducateur, ils servaient également de mémoire éclairée et de savants à la communauté. Aujourd’hui, la profession est galvaudée et relégué au second plan. En vu de diffuser leurs œuvres, les artistes sont contraints de suivre le politique. Pour être rémunérés, ils sont obligés d’obéir. Trop de choses qui militent en faveur d’un manque de considération toujours exacerbé.
De nos jours, pendant les campagnes électorales, trop d’artistes sont à la solde de pouvoir politique en vue de mener une campagne qui se déroule dans une période précise, et qui agira cependant, sur toute une carrière. Les intérêts du moment viennent absorber la détermination que devrait avoir l’artiste pour répondre aux exigences de la création. La créativité a besoin d’être libre de toute pression et oppression. Même si ce n’est pas toujours le cas, le jeu en vaut la chandelle.

L’art n’est pas une action de l’instant. Par son caractère atemporel, il doit surpasser les petites pensées de la panse pour atteindre les grandes idées de l’esprit. La force de l’artiste se trouve dans la persévérance et dans « l’amour qu’il fait à l’art » selon les termes du performeur ivoirien Désiré Amani. Faisons donc l’amour à l’art et évitons de nous empoussiéré dans les méandres de la politique politicienne.