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Jemimah Kansiime: 10 ans de prison pour sa dernière vidéo ?

100pour100culture | | Musique

Jemimah-Kansiime_3310718b« I Am  Panadol Wa Basajja…»,« je suis Panadol Wa Basajja… »en référence sûrement au petit comprimé qui soulage les « petits » maux de tête et calme les douleurs. Ainsi débute la chasson «Ensolo Yange » de la jeune pop rockeuse ougandaise Jemimah Kansiime.

Fumant de manière décontractée  un pétard  et  sirotant un verre de bière, le clip «Ensolo Yange » déjà vu sur YouTube plus de 12 milles fois depuis sa diffusion en juin dernier débute sur un air provocateur. Il crée même la polémique dans un pays qui reste attachée aux valeurs d’éthique et de morale.

Jemimah Kansiime veut choquer pour plaire. Quand soudain tout bascule dans un décor fessier subtilement dénudé et entre moussé. Des déhanchés qui dérangent. Des séquences chaudes du corps sculpté accompagnées d’une gestuelle provocatrice. Le tout avec une voix suave et sensuelle. Le décor est planté.

Jemimah Kansiime a encore frappé. La toile s’enflamme et le public explose. Certains sont choqués et s’affolent tandis que d’autres apprécient et se régalent. Il n’en fallait pas plus pour irriter les autorités conservatrices ougandaises qui ne tardent pas à le démontrer se disant  sous le choc et très fâchées. Elles comptent faire payer à l’artiste cette atteinte aux bonnes mœurs.

Le résultat, on le devine. Jemimah Kansiime encourt jusqu’à 10 ans de prison si elle est  reconnue  coupable de participation à des productions, diffusion illégale, vente, trafique, d’œuvre pornographique ainsi que leur encouragement.

A ce sujet, la jeune  chanteuse avait été arrêtée en même temps que son directeur artistique, Didi Muchwa Mugisha et avait passé cinq semaines en prison pour ces faits pour lesquels elle avait plaidé non coupable tandis que Mugisha avait plaidé coupable et  reçu une amende de 200 000 shillings ougandais (43 £). Kantisme a été détenue pendant plus d’un mois avant d’obtenir sa libération sous caution. Une caution réunie grâce à une levée de fonds.

A sa sortie de cellule, Jemimah Kansiime dénonce la violation de ses droits. « Mes droits ont été bafoués, ma liberté d’expression a été foulée  aux pieds», avait-elle confiée à un confrère  à son domicile à Kampala pour dénoncer un acharnement contre sa personne. Loin de regretter ses gestes, l’artiste assume et entend défendre la liberté d’expression des artistes.

Mieux, elle se justifie.

«Je suis consciente qu’il y a des  conservateurs dans nos sociétés mais en même temps il ne faut pas empêcher les  artistes de s’exprimer. Une chose que j’ai apprise de mes idoles y compris Rihanna et Nicki Minaj – est que le sexe vend. Je voulais simplement expérimenter pour voir si le public réagirait de la même manière si je mettais  une robe courte »

Voici donc  qui est clair. Marketing oblige.

Jemimah   pense avoir atteint ses objetifs par l’effet médiatique de sa vidéo accentuée par la réaction négative des autorités conservatrices de son pays. Une réaction, qui, au lieu d’être contre-productive a été en sa faveur. Elle a d’ailleurs fortement contribué à attiser la curiosité des mélomanes à regarder l’œuvre qu’elle a produite. Pour l’instant, l’artiste est satisfaite de l’accueil qu’à reçu son œuvre.

Maintenant,  il reste à savoir si son œuvre sera qualifiée de pornographique pour que la chanteuse soit reconnue coupable et condamnée à 10 ans d’emprisonnement.Voici autant d’interrogations auxquelles chacun essaie de donner son opinion sur la toile.

Cependant, Jemimah Kansiime n’a pas que des détracteurs. Elle a aussi des admirateurs  qui n’hésitent pas à critiquer  cette  décision  de l’autorité ougandaise qu’ils traitent parfois d’anti-libérale et à qui ils imputent  des lois sévères contre les homosexuels dans un pays où le conservatisme religieux semble être à la hausse.

Du point de vue des droits de l’homme, Human Rights Watch affirme que cette nouvelle loi  en Ouganda qui devait prendre effet en février 2016 serait définie de manière lâche sur la pornographie encourageant  les attaques publiques contre les femmes portant des vêtements étriqués.

Dans tous les cas, la talentueuse chanteuse Jemimah Kansiime a de beaux jours devant elle. Et sa carrière est ainsi lancée sous un fond de polémique dans un pays qui très réservé sur les questions de liberté artistique. Il reste pour Jemimah Kansiime à concilier cette liberté artistique et les lois nationales ougandaises.

Jeanie Badjo

Pour visionner la vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=KAD4sFqj_HU