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Ismaël Isaac : « Je vais arrêter la musique »

Yacouba Sangare | | Musique

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Il reste de loin l’une des plus belles voix du reggae en Côte d’Ivoire. Mais, timide et taciturne, Ismaël Isaac demeure un artiste effacé, mais talentueux. Le reggaemaker s’apprête à signer, après sept années de silence, son come-back sur le marché musical. Un retour qui devrait faire suite à …un adieu. Car, l’artiste envisage sérieusement de prendre sa retraite. Coup de bluff ou décision sérieuse ? Ismaël Isaac se confie. Sans détours.

Cela fait sept ans qu’on ne t’entend plus. Manquez-vous d’inspiration ?
La raison simple. J’ai voulu prendre le temps de changer beaucoup de choses dans ma façon de faire. Aussi lorgne-je cette fois sur le marché international. Sinon, je ne manque pas d’inspiration. Je voudrais que le travail soit bon afin de mieux conquérir le marché international. Maintenant je pense être prêt à revenir sur le marché musical. Que les fans se rassurent, on va tout faire pour les contenter d’ici la fin de l’année.

Justement qu’est-ce qui fera la singularité de cet album, par rapport à « Black System » ?
Chaque album a sa couleur et chaque chanson sa thématique. Et cette thématique évolue selon le temps. Les chansons que je chanterai seront en phase avec l’actualité. Il y aura par exemple une chanson, comme «  Djamana » dans laquelle je demande à Dieu de donner le pays à celui qui fera son bonheur. C’est une bénédiction. Cette chanson va donner à réfléchir. J’ai également composé « Botenjaill », pour les « bramôgô » du ghetto, une autre chanson pour les enfants de la rue. Je parle aussi des jeunes qui s’embarquent dans des pirogues pour l’Europe au péril de leur vie. Souffrez que je ne donne pas davantage de titres parce qu’ils sont forts et peuvent inspirer d’autres personnes.

Comment va, entre-temps, s’intituler l’album ?
Je n’ai pas encore trouvé le nom de l’œuvre. Quand l’enregistrement sera fini, je ferai un choix. Je le laisse s’imposer à moi intuitivement.

Quels sont les musiciens qui t’accompagnent sur cette œuvre ?
Je suis presque avec les mêmes, ceux qui ont fait le succès de mon précédent album, notamment Moctar Wurie. Je vais également bosser avec George Kouakou, qui était avec moi à mes débuts. Cela dit, nous allons aussi travailler avec deux autres arrangeurs et on verra ce que ça va donner.

Vous êtes une très belle voix du reggae en Côte d’Ivoire. Comment expliquez-vous que votre carrière n’arrive jusque là pas à décoller sur le plan international ?
Chaque chose en son temps. Je suis croyant et je pense profondément que chacun a son destin. Sinon, j’avais signé avec Island Records, une major. A l’époque, j’étais beaucoup jeune et puis ceux qui m’encadraient n’étaient pas trop efficaces. Aussi, l’album ne correspondait pas à mon feeling. La couleur de ma musique a changé légèrement.

Pourquoi n’avez-vous pas fait objection ?
On n’a pas voulu m’écouter sous prétexte qu’on voulait me faire un album international. En voulant me faire une œuvre pour le marché occidental, ma musique a perdu de sa couleur et c’est cela qui m’a pénalisé. Après, j’ai fait « Treich Feeling » où on a retrouvé la musique d’Ismaël Isaac.

Si votre carrière n’arrive pas à décoller sur le plan international, n’est-ce pas aussi parce que vous n’êtes pas engagé ?
Non, ce n’est pas cela. Moi, je n’ai pas peur. Quand je suis engagé, je le suis à fond. Je ne fais pas les choses à moitié. Si j’avais choisi d’être engagé dans la musique, on allait m’emprisonner à tout moment parce que j’aurais dit les choses telles qu’elles sont sans porter de gants. Quand je veux frapper, je ne fais directement et pas à côté. Au lieu de gratter le dos, je préfère sur le visage. Ceux qui sont ouvertement engagés se contentent de gratter le dos. Comme je suis jusqu’ « au boutiste », j’ai préféré ne pas m’engager dans cette voie. Il faut aussi savoir qu’opter pour l’engagement dans la musique est très facile. En revanche, composer des textes qui font réfléchir et interpellent sur les problèmes de la société, n’est pas donné à tout le monde. Etre engagé n’est pas mon feeling. J’ai fait un choix, celui de ne parler que des faits de société. Et puis, être engagé ne garantit forcément un immense succès comme on a tendance à le croire. En Jamaïque, Peter Tosh était plus engagé que Bob Marley, mais il n’a pas connu le succès et l’aura de ce dernier. Cela dit, dans la musique, il n’y a pas que le talent, il y a aussi la chance et le destin. Chaque chose en son temps. Et moi, je crois qu’il ne faut pas forcer le destin. Il ne faut pas confondre le talent et la chance.

En quinze années de carrière, vous n’avez encore jamais reçu de disque d’or. Cela ne vous frustre-t-il pas ?
Non, pas du tout. Je suis un croyant. Le moment n’est pas encore arrivé. Je ne veux pas forcer le destin. Regardez Salif Kéïta, il chante depuis plusieurs années et ce n’est que dernièrement qu’il a obtenu un disque d’or grâce à son duo avec Cesaria Evoria.

Quelles sont alors vos ambitions avec ce nouvel album, le 7ème de votre carrière ?
Cet album est l’avant-dernier d’Ismaël Isaac. Après je ferai un dernier et j’arrêterai la musique. Quand je le dis, les gens pensent que je plaisante et pourtant, je suis très sérieux. Je voulais déjà arrêter après cet album, mais j’ai reçu des appels et des messages de nombreux qui me réclament sur le marché musical. Cela dit, j’arrête la musique après ces deux albums pour faire autre chose. Je pourrai de temps en temps filer quelques compositions à des artistes, mais moi- même sur une scène, ce ne serait plus possible. Je ne ferai plus de show-business.

C’est parce que vous avez gagné beaucoup d’argent que vous voulez arrêter la musique ?
Non. La vie est une succession d’étapes. J’estime qu’à un moment donné, il faut savoir tourner la page et passer à autre chose. Même si on dit qu’il n’y a pas de retraite en musique, le moment est venu pour moi de m’arrêter et surtout de me chercher d’autres défis. Ce n’est pas une question d’argent. Je n’éprouve plus l’envie de continuer dans la musique.

Comment entrevoyez-vous la sortie de crise dans le pays ?
Avec beaucoup d’optimisme. Les populations sont fatiguées. Les hommes politiques aussi. J’ai foi que les prochaines élections vont bien se dérouler, mais ce qui se passe dans d’autres pays africains comme le Zimbabwé nous effraie. Mettons cela en prière et confions notre destinée à Dieu. Tout ira bien.