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ISAAC KEMO / LE JAZZ A FLEUR DE PEAU

Raymond Alex Loukou | | Musique

Isaac Kémo n’ a  certainement pas la célébrité de Charlie Parker, ni le charisme de Féla Kuti et encore moins l’ aura de Manu Dibango mais il partage avec ces célébrités la même passion : la musique jazz. Enfant turbulent, son père a voulu calmer ses nerfs en l’ envoyant faire de la musique. Ironie du sort, la musique lui a collé à la peau ! Depuis une décennie, saxo à la bouche Isaac arpente les scènes européennes pour distiller ces sonorités ” éternelles ” aux amateurs de jazz, cette musique qualifiée de musique de la vie. Lentement mais sûrement ce jeune prodige du saxo est en train de faire son propre chemin. Installé depuis peu en France dans le cadre des échanges inter-culturelles, celui qui se considère comme musicien ” sans frontières ” nous éclaire sur ce choix musical. Lumière sur Isaac Kémo, le futur  prophète du saxo !

 Pouvez-vous vous présentez aux internautes ?

Kemossiei Tia Mougnehi Isaac né à Adjamé (Abidjan) natif du grand ouest de la Côte d’ Ivoire. Artiste musicien “saxophoniste”

Comment avez-vous piqué le virus de la musique ?
Juste parce que mon père pour mieux me canaliser (car enfant assez turbulent à l’époque) ,a touché mes fibres artistiques qu’il a décelé depuis 1984 à Bouaké ou il servait dans la police. C’ est donc là que j’ ai touché à mon premier instrument et ce fut également mon premier contact avec le solfège.

Avez-vous suivi des cours de musique ?
Oui !  d’abord à domicile ( Bouaké ) ou le professeur  Edjié Pascal, paix à son âme, me dispensait des cours ( formation pratique et théorique ). C’ est de façon logique que je me suis retrouvé plus tard à l’ Institut National Supérieur des Arts et de l’ Action Culturelle ( INSAAC ) mais précisément au  Conservatoire.

Votre formation a duré combien d’ années ?
Pour ma part il n’ y a vraiment pas eu de durée de formation car elle est quotidienne et représente l’ école de la vie en elle-même.

Pourquoi avez-vous optez pour le jazz ?
Parce que la musique est la vie et le jazz est l’ école…

Quels sont les jazzmen connus ou méconnus qui ont influencé votre choix ?

Charlie Parker, Lester Young, Coltrane, Manu Dibango, Fela et bien d’autrs… La liste est longue

 A quel âge avez-vous reçu votre premier saxo et quelle a été votre réaction ? 

Bien avant le saxophone j’ai fait du piano (ce qui me  permet aujourd’ hui de faire mes arrangements), la clarinette qui a facilité mon approche du saxophone. Et le jour j’ ai touché à mon premier saxo, cela s’ est passé comme du couteau dans du beurre (rires ). Il n’ y avait pas une joie particulière mais juste un relais. Par contre l’ idée de ressembler à mes idoles cités plus haut me réjouissais énormément.

Et si on vous demandait de définir la musique jazz ?
Ecole, technique ,émotion, sensualité ,acidité, modernité, poussiéreux , avant-gardiste ,futuriste etc… C’ est ma définition de cette ” bête féroce et douce” qu’ est le jazz.

De façon concrète, qu’ appréciez-vous dans cette musique ?
La sensation de liberté.

 Comme musique classique, pensez-vous que le jazz doit subir des influences extérieures ?

C’est le but du jeu ! C’ est une brèche ouverte, alors on l’invite ,elle s’invite aussi partout.

 

 Qu’ est-ce qui vous a motivé à quitter votre pays pour vous installer en Europe ?

Juste pour pouvoir faire l’inverse plus tard. C’ est-à-dire de l’ Europe vers mon pays. ( rires )…

 

 Est-ce parce que cette musique n’ a pas de public chez vous ?

Elle a un public ,il faut  que “nous”, musiciens trouvions la vraie parade  voire l’expression accessible à nos mélomanes locaux.

 

 La révolution ne peut-elle pas se mener de l’ intérieur ? 

Bien sûr c’ est faisable ! Je dois dire que les mécènes font souvent avec les moyens de bord sinon tout se trouve  tout prêt d’eux.

Comment vous est venue l’ idée de quitter le pays ?

Ce n’est pas un choix, c’est un relais des choses. Je disais plus haut que l’ idée c’est de pouvoir faire l’inverse Europe-Côte d’Ivoire, juste dans le domaine dans lequel j’évolue.

 

 Avec la musique urbaine en pleine propension, ne pensez-vous pas que votre posture ” jazzy ” est quelque peu dépassée ?

Non!!! parce que ,c’est  juste une mode qui passe. C’est juste  un mouvement qui traverse. Sache qu’ à Abidjan il y a de la place pour tout le monde.

 Depuis quand avez-vous formé cet quartet ?

 

J’ai eu la chance de monter mon premier quartet avec Laurent Noah entré 2009 à ABIDJAN et sur Paris. C’ est le relais avec d’autres musiciens ,le groupe c’est formé naturellement parce qu’ une date était confirmée alors on a monté plutôt que prévu le groupe. Et depuis je suis mon petit bonhomme de chemin lentement mais sûrement et surtout efficacement.

 

Qu’ est-ce qui fait votre particularité ? 

Je suis toujours sérieux et heureux de jouer (sans calcul) même dans l’endroit le plus fécal jusqu’aux endroits les plus élitistes.

 Quels sont les festivals significatifs auxquels vous aviez participé depuis que vous existez ? 

En Hollande au festival Africa Non Stop avec Boni Gnahoré en 2004  et bien d’autres.

Quel concert vous a particulièrement marqué ?

Mon dernier concert, la première de Mory Kanté (car plus le temps passe, plus la machine est huilée) au Festival Nautic & Music 2012.

 Comptez-vous, vous installer de façon continue en Europe pour donner plus de visibilité à votre carrière ? 

 

Je me trouve toujours où je suis que ce soit à Abidjan où partout en Afrique où même en Europe où même où tu veux. Pourvu que la musique passe ,car pour signification la musique pour ma part est le langage universel qui fait des frontières et surtout n’a pas besoin  d’interprète ,elle coule, elle court et elle se glisse partout .

Avez-vous néanmoins un projet de concert en Côte d’ Ivoire ?
Oui !!! surtout échanger avec les jeunes frères au pays ( organiser des workshops), présenter mon premier album et surtout faire jouer mes musiciens avec mes amis restés à Abidjan. ça fait un peu famille élargie et même famille nombreuse et joyeuse ( rires ).

Envisagez-vous des collaborations avec des musiciens de renom sur vos prochaines discographiques ? Si oui, lesquels ?
Tout à fait ! mais je garde les noms au secret pour l’instant. Il y a beaucoup d’amis qui sont prêts à collaborer de façon spontanée de sur cet album.

A quel jazzman voudrais-tu ressembler ?
A moi bien entendu ! A partir des expériences des autres.

Comment envisagez-vous la suite de votre carrière ?
Comme un bon rêveur il y a dix milles choses qui se bousculent dans ma tête…

Isaac Kemo peut-il se définir en deux mots ?

Aime son prochain, ne supporte pas les méchants. Que les méchants s’abstennent de s’approcher de moi.

Un mot à l’ endroit des ivoiriens qui attendent le retour du  ” jazzman d’ Abidjan “.
Comme toute chose ,il y a une traversée ,il y a la pluie ,la tempête, la sécheresse ,le soleil… Et c’est comme ça la vie. Rien n’est dramatique il y aura forcement alors là « l’oasis » . Et c’est  le cadre de toutes ces intempéries que nous travaillons. Bientôt le retour de l’ enfant prodige enrichi des sonorités d’ ailleurs. Vous avez dit jazz !

Loukou Alex Raymond