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Événementiel: Teshome Wondimu (Pdg de Selam Music), Promoteur des “cultures invisibles”

Firmin Koto | | Musique

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TESHOME WONDIMU est désormais une référence en Suède. Il est l’un des tous premiers africains à s’investir de manière professionnelle dans la promotion, dans cette partie du monde, de la musique africaine et latino-américaine. «Le but de Selam (sa structure, ndlr) est de promouvoir des cultures invisibles sur les scènes publiques à Stockholm», lance-t-il avec conviction et fierté.

«Je suis né et j’ai grandi à Addis-Abeba, en Éthiopie. J’habite et je travaille à Stockholm depuis 1990. Mon intérêt pour la musique date de ma tendre enfance. J’ai commencé à jouer à la clarinette quand j’avais 10 ans. À 17 ans, j’ai eu un travail comme musicien professionnel à la marine à Asmara en Érythrée. En 1986 j’ai obtenu une bourse pour étudier la musique en Russie. J’ai habité Moscou pendant quatre ans et j’ai étudié à l’Académie militaire de l’armée pour devenir chef d’orchestre. En Suède, j’ai aussi étudié la musique. Je me suis aussi formé comme serveur et j’ai travaillé comme tel au Jazz Club Fashing. En 1996 j’ai fait une formation intitulée «administration de la culture» pour la culture africaine. Cette formation avait pour but de trouver une voix pour l’intégration de d’autres formes de culture en Suède. Pendant ce temps, j’ai entre outre appris comment la vie culturelle Suédoise fonctionne. Après cette étude, j’ai fondé la structure Selam afin d’organiser des concerts, des festivals et des fêtes sur des scènes publiques avec une affiliation africaine et latino-américaine… » À l’écouter, on ne peut s’empêcher de penser à ces petits génies, surdoués dont l’Afrique n’a souvent eu quoi faire de bon et qui font désormais la fortune des pays occidentaux . TSEHOME WONDIMU a tout de suite pris son destin en main dès son jeune âge. Mais la notoriété n’est pas venue de soi, aussi facilement. «Les autorités culturelles et les institutions d’État ont montré très peu d’engagement dans le domaine de la culture plurielle […]. J’ai beaucoup aimé le processus de changement de l’offre culturel à Stockholm ».
Comment alors peut-on être africain et faire son chemin dans un domaine aussi peu accessible que celui du spectacle et de la musique dans un pays comme la Suède, qui amorce à peine son ouverture aux autres diversités. La Percée de TSEHOME WONDIMU ressemble à un véritable parcours du combattant : « Au début, Selam faisait partie d’une structure plus grande qui existait déjà et qui travaillait avec des danses et musiques traditionnelles en général. En 1999 Selam, a été consacrée structure autonome et moi avec le poste de Président et directeur artistique. À cette époque, je travaillais à 50% pour Selam et 50% pour Rix Concert. Aujourd’hui nous sommes 4 employés et jusqu’ à maintenant, notre travail dépasse tout entendement. Le travail de Selam a démontré une nouvelle forme d’activité. Notre objectif est aujourd’hui de vulgariser la notion de la Word Music et la danse. Notre travail se résume donc à l’organisation de concerts, de festivals, des ateliers, des clubs et des séminaires. Nous travaillons avec des artistes locaux aussi bien que des artistes internationaux. Et notre objectif est de refléter la diversité culturelle de la musique et l’art de la scène et aussi de toucher un plus grand publique en Suède. Pour nous c’est tres important de mener les choses en tant que politique culturelle en étant un partenaire des réseaux actifs entre les pays nordiques et ceux du monde entier. Nous avons initié l’organisation TUNE et Nomade et Swedish East African Music Net Work. Selam a également toujours soutenu les associations de communautés immigrées en tant que conseiller et créateur de connections et intermédiaire. Depuis 1997 Selam a obtenu assez de financement et a pu développer ses activités, ses compétences et ses ressources humaines. Nous qui travaillons à Selam possédons non seulement une compétence interculturelle et des connaissances diverses. Nous avons aussi des origines multiethniques avec beaucoup de langues parlées comme acquis.
Beaucoup d’événement se sont déroulé pendant ces dix dernières années. Nous avons créé un intérêt et une tendance qui existent et qui fait son petit bonhomme de chemin. »

Aujourd’hui, SELAN a 10 ans alors que plusieurs organisations du genre se sont succédé et se sont cassé la tête, faute de professionnalisme et de sérieux. C’est pourquoi, selon le maître à penser de cette structure, cette célébration ne passera pas sous silence. Ce sera l’occasion pour Selam de poser les bases de sa nouvelle vison culturelle entre le nord et le sud. C’est-à-dire mener des actions professionnelles à l’endroit de la musique en Afrique avec des subventions venant de la Suède.
« Cette année, en dehors des concerts, nous allons créer une plate-forme avec libre entée où il y aura des projections de films, des séminaires, des défilés de mode et beaucoup d’autres attractions… ». La nouvelle vision de Selam s’explique en ce sens que cette structure gère depuis l’été 2004 un projet financé par l’Agence suédoise de coopération internationale au développement (ASDI). C’est un projet venu pour renforcer l’infrastructure de la musique au niveau local et régional en Afrique de l’Est (Éthiopie, Kenya, Tanzanie et Ouganda). Avec Swedish East African Music Net Work et Selam. Ces différentes structures ont pour but de contribuer à un développement d’échanges de connaissances et d’ expériences dans l’industrie musicale et soutenir des initiatives dans la formation musicale pour professeurs et étudiants à tous niveaux. Ce projet devrait faciliter l’établissement de réseaux nationaux et régionaux, en outre, avec l’organisation des séminaires et des débats. Concrètement, ces structures supporteront la création des organisations musicales locales qui peuvent à leur tour constituer des pouvoirs démocratiques et progressifs dans la vie culturelle et dans la société en général. Aujourd’hui, Selam gère une dizaine de projets concrets avec des partenaires en Éthiopie, au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie. Dans chacun de ces pays, SELAM emploie un coordinateur. Pour son Pdg TSEHOME, ses contacts et ses collaborateurs se trouvent dans les groupes musicaux informels jusqu’à l’université en passant par le ministère de la culture de chaque pays. « À titre d’exemple, dans le cadre du projet et avec le financement de l’institut suédois, le célèbre rapper suédois Tumbouctou etait à Addis-Abeba en mai 2007. Il y a offert un spectacle fort apprécié et géré des ateliers pour des adolescents. Ce sont des échanges de ce genre que nous voudrions continuer à développer. Il y a plein de choses à faire . Et le besoin et la demande de formation dans le domaine musical est grand en Afrique. En plus c’est une situation où toutes les parties gagnent quelque chose. Tout le monde apprend quelque chose et obtient quelque chose qui reste une valeur. ».

En attendant la grande célébration en question, à savoir les 10 ans de SELAM, TSEHOME et son équipe étaient présents cet été au rendez-vous de sa désormais traditionnelle « TUNE IN » à Stockholm. C’était du 17 au 18 août dernier à Hötorget à Stockholm, dans le cadre des festivités marquant la célébration des festivals de l’été. Pour le bonheur du public suédois les artistes Aster Aweke, Million Stylez et Machel Montano et Patirce Robert en featuring ont assuré au cours de ces shows signés… Selam !