Suivez Nous

Égypte : Une chanteuse emprisonnée pour « débauche », deuxième condamnation en moins de 2 mois  

Cyril Verb | | Musique

Leïla Amer/Source photo: metrovaartha.com

Le parquet égyptien vient de condamner à quatre(4) jours de prison l’artiste Leïla Amer. Elle a été reconnue coupable « d’incitation à la débauche » suite à la diffusion du clip vidéo de sa chanson « Bos Oumek » ( regarde ta mère). La nouvelle est tombée mardi 2 janvier 2018.

La chanteuse a dévoilé le clip fin décembre. Sur une rythmique langoureuse, elle exécute des pas de danse orientale avec sensualité. Les déhanchés font penser au tango. Les jeux de reins et la gestuelle « suggestive »  déclenchent les critiques dans le pays. Pour l’opinion publique, la justice et même dans le monde du showbiz local, Leila Amer présente des images obscènes. Loin d’obtenir le soutien de ses paires, Leila a été sanctionnée par le président du Syndicat des musiciens Égyptiens. Hany Shaker – réputé pour des postures conservatrices – annonce la radiation de la chanteuse Leïla Amer.

Mi-décembre, une autre chanteuse a écopé de deux ans de prison pour le même chef d’accusation: « incitation à la débauche ». Sa peine a été revue à la baisse à un an le 1er janvier 2018. Le clip mis en cause: «  Andy zaroof » lui aussi jugé trop sexuellement connoté.

La perpétuité pour des artistes d’Afrique subsaharienne ? 

Dans le clip incriminé, Leïla alterne robe longue et collant-body. Le réalisateur prend le soin de ne pas zoomer fortement pendant que la danseuse effectue ses déhanchés.

Vu de la Côte d’Ivoire, ce clip est largement décent. Dans ce pays d’Afrique de l’ouest, plaque tournante de la musique sous-régionale, la majeure partie des clips, voire presque tous sont basés sur la mise en valeur de gros popotins. Collants, robes assez courtes, caleçons qui, quelques fois ne manquent pas dans les vidéos des artistes ivoiriens, notamment du courant Coupé-décalé. Des concepts sont même créés en l’honneur de l’acte sexuel à l’instar de « Maploli » de Arafat DJ, le leader de ce genre musical et désigné artiste le plus influent d’Afrique pour l’année écoulée.

Sous ces cieux, la censure frappe plus les chansons politiques.  Le reste on s’en moque. Injures, obscénités fusent sans que personne ne bronche. Arafat lance « je dis ce que je veux » suivi des « gnrin mammou ehhh gnrin dadouè ». Une désignation sans voile de l’intimité féminine en langue locale. Si nous étions en Égypte, certains chanteurs pourraient être condamnés à perpétuité tant les vidéos sont extrêmement suggestives,  commente une source  dans le showbiz sur un ton sarcastique.

Le cas ivoirien est loin d’être isolé. Toute l’Afrique subsaharienne s’inscrit dans cette lancée. Du Cameroun  au Nigeria, on « colle » les petites dans les clips-vidéos sans gène. C’est la norme d’un clip intéressant.

En dehors des critiques de salons, les contenus des clips n’ont pas encore fait leur entrée dans le débat public.  Y-a-t-il finalement une différence de perception de la notion « incitation à la débauche » entre le Maghreb et l’Afrique subsaharienne ? Ou, faut-il interroger les valeurs qui sous-tendent chacune de ces sociétés ?  Les cultures africaines ancestrales commandent la décence dans le look vestimentaire et la posture.

 

Cyril Verb

Mots-clefs : , , , , , ,