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Ces artistes zouglou qui ont coiffé Laurent Gbagbo, Barry White, George Weah, Thérèse Houphouët…

100pour100culture | | Musique

Avec ces personnalités, des chanteurs-coiffeurs ont gagné de 200.000 FCFA à 1.500.000 FCFA par coupe de cheveux

Dans le milieu du showbiz ivoirien, Bill Wallace, Skim et Titro 1er sont connus comme des chanteurs zouglou. Dylan Brou, lui, est promoteur de spectacle et manager d’artiste. Mais une fois que les lampions se sont éteints sur les scènes, ces acteurs de l’industrie musicale endossent un autre costume, celui de coiffeur professionnel, dans leur salon respectif à Cocody-Riviéra. Avec l’honneur et le privilège d’avoir coiffé des personnalités telles que Monsieur Laurent Gbagbo, Mme Thérèse Houphouët-Boigny, le chanteur américain Barry White, le footballeur et actuel Président libérien George Weah, les académiciens de l’Asec et bien d’autres sommités. Ce qui leur a rapporté très gros financièrement parfois. Découvertes et révélations.

A la Riviéra-golf à Cocody, Armand Bouabré alias Bill Wallace, 54 ans, père de 5 enfants, chanteur zouglou et coiffeur professionnel, est connu de tous. Ou presque. Ce vendredi 13 novembre 2020 autour de 14 heures, sous un soleil de plomb, nous n’éprouvons aucune difficulté à retrouver son salon de coiffure situé au bas de l’immeuble ‘’Chari’’, dans les tours du Golf. Et ce, grâce à l’amabilité des riverains. « Des gens parlaient de lui ici hier. Allez tout droit à la tour ‘’Chari’’ », nous lancent un vendeur de café et son voisin gérant de cabine. M. Bobia, une vieille connaissance rencontrée par hasard à l’entrée des tours, nous accompagne gentiment jusqu’au salon de coiffure de l’artiste baptisé ‘’Wall’s coiffure’’Le chanteur-coiffeur que nous avions prévenu de notre arrivée pour un entretien est là. Il est habillé dans un t-shirt blanc et un pantalon de couleur sombre, assis dans un petit maquis attenant au salon, entrain de causer avec ses amis. « Bonne arrivée le ‘’Gbagbazrê ‘’ », nous lance-t-il, en rigolant. C’est notre ‘’nom de code’’ tous les deux.

Bill Wallace devant son salon de coiffure à la Riviera Golf

Après avoir bu une petite sucrerie qu’il nous offre pour nous souhaiter la bienvenue, nous entamons notre échange au sujet de sa double casquette de chanteur zouglou et coiffeur professionnel. « J’ai toujours été chanteur. Je suis né artiste. J’ai ça dans le sang. Déjà adolescent, je pratiquais le wôyô en 1983 au lycée moderne de San-Pedro. Quand je suis revenu avec mes parents à Abidjan en 1987, nous nous sommes installés à la Riviéra-golf. J’ai continué le ‘’wôyô’’ et je suis devenu l’ambianceur attitré de l’équipe de l’Asec pendant les matches, à l’époque de la génération Fallet Villasco. C’était par passion et ça m’a donné le privilège de côtoyer les joueurs, sinon il n’y avait pas d’argent à gagner véritablement », explique-t-il.

Avant de poursuivre : « C’est aussi en 1987, que parallèlement au wôyô, j’ai créé mon premier salon de coiffure à l’espace conteneur, qui était situé à l’ancien allocodrome du Golf. Je n’ai jamais appris la coiffure. Je l’ai fait juste pour avoir un peu d’argent. Je coiffais les clients à 500F ou 700F. Ça me dépannait et ça me rendait un peu indépendant vis-à-vis de mes parents ».

L’histoire de Bill Wallace ressemble à celle de son confrère chanteur-coiffeur Simplice Djohoré Dago dit Titro 1er , 50 ans, père de 6 enfants, propriétaire du salon ‘’Espoir Titro 1er‘’, installé également à la Riviéra-Anono, non loin du carrefour ‘’gorille’’. A la seule différence que lui a commencé le wôyô en 1978, dans son village à Bessaboha, dans la région de Zikisso. Avant de venir plus tard à Abidjan en 1994, pour prendre ses quartiers à M’Pouto. Où il monte également un petit salon de coiffure baptisé ‘’Chez Titro 1er le Rasta’’ à l’ancien maché de M’Pouto. Pour arrondir ses fins de mois, à côté du wôyô. Sans aucune formation de coiffeur au préalable. « C’est moi qui coiffais les académiciens de Jean-Marc Guillou à l’époque, avec le peigne et la lame de rasoir. C’est comme ça qu’on coiffait à l’époque. J’ai coiffé Yaya Touré, Kolo Touré, Copa Barry, Baky Koné, Patcheco, Romaric, Lolo Igor, Né Marco, Junior, Gervinho, Eboué Emmanuel, Aruna, Maestro, Joss, Tony, Zézéto et bien d’autres joueurs. Je leur faisais des coupes ‘’Tintin’’, ‘’deux tons’’, ‘’tyson’’, ‘’coupé-coupé’’ et ‘’ras congo’’. C’était 300F la coupe par joueur et c’est leur encadreur Siaka qui payait la facture totale pour tous », rappelle-t-il, avec la musique de son prochain album zouglou en fond sonore dans le salon.

 

Titro 1er, dans son salon de coiffure

Comme pourboires et remerciements pour ses belles ‘’créations’’ sur les têtes des petits génies académiciens chaque semaine, Titro 1er recevait des gadgets à l’effigie de l’Asec et des maillots Mimos. Cela suffisait largement à son bonheur. Mais aujourd’hui, le souhait ardent du chanteur-coiffeur est de rencontrer ses anciens petits clients devenus des stars du football. Pour revivre les souvenirs du passé avec eux. Car, il a contribué à sa manière, à les rendre ‘’beaux’’ sur les stades ivoiriens et d’Afrique.

Mais depuis l’époque, il n’a plus jamais eu l’occasion de les revoir. Il les trouvait en son temps très sages et respectueux. En tout cas, Titro 1er recherche les anciens petits génies de l’académie devenus stars avec ‘’torche’’. Aujourd’hui, il ne les coiffe d’ailleurs plus parce qu’ils sont sous d’autres cieux.

Quant à Bill Wallace, quoique devenu également coiffeur, plus par un concours de circonstance que par passion, il a pris goût au jeu. Et il est devenu un coiffeur reconnu et renommé à Cocody et à Abidjan au fil des années. Ainsi, il a eu l’opportunité de coiffer des personnalités ivoiriennes et des stars venues d’ailleurs.

« La première célébrité que j’ai coiffée en 1983 à la Riviéra-Golf, a été Monsieur Laurent Gbagbo, quand il était encore opposant et revenait d’exil de France. Mon salon n’était pas loin de chez lui au Golf. Chaque fois que j’allais le coiffer à domicile, il me donnait 10.000F, alors que mon déplacement coûtait en réalité 2.000F. La Première Dame de l’époque, Mme Thérèse Houphouët-Boigny, elle, me remettait 200.000F à sa résidence du Golf, quand je finissais son shampoing et la mise en forme de ses cheveux. En 1992, quand j’ai fait les Waves du chanteur américain Barry White de passage à Abidjan et coiffé son équipe de tournage de son clip, il m’a donné 1.500.000 Fcfa à mon grand étonnement. Quand le footballeur libérien George Weah est venu aussi à Abidjan en 1995, pendant qu’il était au Milan AC, il m’a payé 600.000 Fcfa, pour une coupe de cheveux. C’étaient tous des gestes surprises que je n’oublierai jamais. Toutes ces célébrités étaient humbles et sympathiques et gentilles avec moi à l’époque. Et je remercie toutes les personnes qui m’ont permis de coiffer ces stars »confie le ‘’Gbagbazrê’’, qui continue de mener de front ses carrières de chanteur et de coiffeur. Avec son deuxième album zouglou en chantier. Après le premier, ‘’Zouglou Pib’’, sorti en 2015, arrangé par Evariste Yacé.

Skim, en attendant la sortie de son prochain album

Son jeune confrère Sylvain N’guessan alias Skim, 41 ans, père de 2 enfants, lui aussi chanteur zouglou et coiffeur, installé à la Riviéra-golf, carrefour Casino-Leader Price, ne regrette pas d’exercer concomitamment les deux métiers jusque-là. Bien au contraire. « Je suis venu d’abord à la coiffure par passion depuis ma tendre enfance. Ce métier a exercé un véritable attrait sur moi. Je l’ai appris chez deux patrons aux 220 logements, après avoir arrêté l’école au CM2. Avant de m’installer à mon propre compte. ‘’La tondeuse d’or’’ est mon 6ème salon, que j’ai installé depuis 2012 à la Riviéra-Golf. Il m’a apporté beaucoup de satisfactions humaines et financières. Entre 2015 et 2016 par exemple, deux de mes clients, cadres d’assurance, m’ont donné un jour respectivement 500.000Fcfa et 250.000 Fcfa, quand j’ai fini de les coiffer. Pour me féliciter et m’encourager dans mon travail. Je n’en revenais pas », raconte celui qu’on surnomme le ‘’Tchoutchou inter’’.

Côté musique, il vient de mettre sur le marché il y a quelques semaines, sa troisième œuvre zouglou baptisée “Point d’interrogation’’. Il nous la fait écouter dans son salon, avec beaucoup d’enthousiasme.

Si Bill Wallace, Titro 1er et Skim ont besoin de manager, dans le cadre de leur carrière de chanteur-coiffeur, ils n’auront pas besoin d’aller chercher loin. A côté d’eux, à la Riviéra 2, rue Elysée-Viéra, se trouve le salon de coiffure ‘’Chez Jonathan’’. Où exerce comme coiffeur Dylan Brou, par ailleurs promoteur de spectacle et manager d’artiste depuis de nombreuses années. Agé de 43 ans, père d’une fille, il s’adonne à la coiffure par pure passion. Entre deux spectacles et deux voyages avec ses artistes chanteurs, il vient coiffer au salon. Et son carnet d’adresses fait que ‘’Chez Jonathan’’ ne désemplit pas. A la grande satisfaction de Jonathan, le boss des lieux. Dylan Brou organise d’ailleurs bientôt à Abidjan une grande cérémonie de récompense des acteurs de l’ombre du showbiz ivoirien.

Le manager-coiffeur Dylan Brou

Ainsi va la vie des chanteurs-coiffeurs et manager-coiffeur de la Riviéra-Anono-Golf, qui mènent avec beaucoup de bonheur et de plaisir leurs deux carrières. Pour le reste, c’est une question d’organisation, disent-ils en chœur. Tout en reconnaissant que le salon de coiffure les dépanne ‘’sérieusement’’, pendant les périodes de vaches maigres dans la musique. Comme cela a été le cas pendant la longue période de la maladie à coronavirus, qui a plombé complètement les activités des artistes.

 

 

Éric Chasseur