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Amadou Diabaté dit ATT : « La musique peut servir de grandes causes »

Raymond Alex Loukou | | Musique

Amadou Diabaté alias ATT (Artiste Tout Terrain) est un artiste burkinabé très côté en matière de musique mandingue. Avec son épouse Awa Sissao ils ont écumé les espaces live de la capitale au point où ils ont fini par créer leur propre espace dénommé « Le Mandé » situé non loin du stade municipal. Chaque soir les férus de la musique mandingue s’y retrouvent pour partager des moments de convivialité. C’est là que nous avons rencontré l’Artiste Tout Terrain qui a accepté de lever un coin de voile sur sa carrière.

Combien d’albums as-tu à ton actif ?

En 2008 j’ai fait une  compilation de titres à Bamako. Sinon depuis lors j’ai deux albums à mon actif.

Quel genre musical pratiques-tu ?

Je fais de la musique  mandingue avec des déclinaisons blues, jazz et rock. Pour faire plus dans la modernité je dirai que je fais de l’afro-mandingue.

Est-ce la musique qui a rencontré ton chemin ou est-ce le contraire ?

Je peux dire que je suis né dans la musique. Mon père et ma mère pratiquaient la musique. De façon triviale je dirai que la  musique coule dans mes veines. Issu d’une famille de griots. Mon père jouait à la guitare et ma mère chantait les louanges des personnalités. Donc en vérité la musique et moi on s’est rencontré…

Quels sont tes instruments de prédilection ?

Je suis batteur, bassiste et guitariste. Mais j’ai un faible pour les instruments traditionnels tels le djembé et la kora. J’adore ces deux instruments et je veux bien les valoriser. C’est en tant qu’instrumentiste que je payais mon loyer pendant mes moments de galère.

Pourquoi as-tu opté pour les prestations live ?

Comme je le disais tantôt, j’ai baigné dans un environnement de live. La musique était dans mon  quotidien. Ma mère me portait sur son dos pour aller chanter dans les cérémonies. Donc le live c’est tout naturel pour moi. Je n’ai pas évolué dans un environnement de play-back c’est donc dire comment le live me colle à la peau.

Penses-tu que la musique mandingue doit se nourrir d’autres influences musicales ?

Bien entendu ! Vous savez je suis né à l’ouest du Burkina mais souvent les gens trouvent que je  ne suis pas suffisamment burkinabé à cause de ma proximité avec le Mali. La musique mandingue est très riche et assez profonde. Beaucoup de peuples étrangers explorent cette musique à l’instar des congolais qui s’y intéressent depuis fort longtemps. La musique mandingue ne doit pas se fermer aux autres courants bien au contraire elle doit faire fusion avec eux.

Des projets de featuring avec des artistes de renom ?

Oui bien sûr ! Je pense à des artistes comme Kerfala Kanté et Sékouba Bambino pour ce qui est de la musique mandingue. Ce sont des pionniers auprès desquels nous sommes toujours à l’école. Ils nous ont montré que la musique mandingue avait plusieurs portes d’entrée qu’il faut exploiter. Pour la génération présente je pense à Bil Aka Kora et à Alif Naaba.

Que penses-tu du management artistique au Burkina ?

Pour moi il n’y a pas de véritable politique de management artistique. Même quand un artiste n’est pas bon, il peut être programmé à des spectacles. J’en veux aux premiers managers qui étaient dans le milieu. Ils n’ont pas su jouer leur rôle. C’est ici je vois un manager assis dans un maquis en train d’insulter son artiste. Cela veut dire qu’il n’y a pas de relations vraiment professionnelles entre les deux. Il faut que les artistes eux-mêmes se réveillent s’ils veulent voir avancer les choses.

Comment gères-tu ta carrière avec Awa Sissao qui est ton épouse et en même temps ta partenaire sur scène ?

C’est une question d’organisation. Awa est une artiste talentueuse. Awa pouvait être mon épouse et ne pas être talentueuse. Mais dans mon cas, non seulement elle est mon épouse mais elle est également talentueuse et je suis à l’aise pour mener ma carrière avec elle. On s’est connu avant qu’on ne soit mari et femme. A l’époque sans se connaître, on a failli travailler ensemble parce que je la trouvais talentueuse. Ella a gagné le Grand Prix de la musique moderne à Réo. C’était moi qui devrais jouer à la guitare basse mais des circonstances n’ont pas rendu la chose possible. Pour terminer je dirais qu’au-delà d’être mon épouse Awa Sissao est une artiste talentueuse avec qui j’aime travailler.

Penses-tu que la musique au-delà de son aspect de divertissement peut faire changer le monde ?

Pourquoi pas ! La musique est un canal puissant pour faire passer des messages en vue d’un changement. Quand j’écoute les chaînes de télévisions dédiées à la musique telle que Trace Africa, je me rends compte qu’il y a une multitude d’œuvres musicales. Mais le hic c’est que le plus souvent des artistes véhiculent des messages insensés. C’est vraiment dommage ! C’est vrai que le côté mercantile a pris le pas mais il faut pouvoir changer la donne. Il y a tellement de grandes et nobles causes que l’artiste peut défendre à travers la musique que je trouve aberrant que la musique soit devenue aujourd’hui une suite d’onomatopées qui dérangent les oreilles. Avec le terrorisme qui sévit je pense qu’il y a des compositions qui peuvent sensibiliser ces individus qui portent la mort partout. La musique est un puissant outil de communication. Elle peut être au service des grandes causes. De grâce qu’on arrête de chanter des conneries sur les télés et radios pour embrouiller nos oreilles.

Es-tu satisfait de ta carrière ?

Pas vraiment ! A vrai dire je n’en suis pas satisfait. Peut-être que je ne suis pas encore tombé sur un bon producteur. J’aime les producteurs qui aiment les défis. Un producteur qui est capable de me dire chaque quatre mois je veux un album de 12 titres. Je veux vraiment exploser. J’ai du potentiel qui n’attend qu’à être exploité. J’attends toujours un producteur qui aime les challenges. Maintenant que j’ai opté pour une carrière à deux avec mon épouse j’attends de voir…

A quand ton prochain album ?

C’est pour très bientôt. Je n’ai pas de date précise mais sachez que ça va faire mouche.

Un dernier mot

Il y a des chanteurs comme Alpha Blondy, Mory Kanté, Salif Keïta et bien d’autres qui ont laissé un héritage. Ces artistes ne sont pas arrivés au sommet par hasard. Ce sont des compositions qui véhiculent une somme de cultures. La nouvelle génération à mieux à faire que de chanter des conneries. Il y a même des artistes qui se permettent d’inviter les mélomanes à danser au son de leur musique sans vraiment chercher à comprendre les paroles. C’est vraiment insensé. L’Afrique a de grands défis à relever plutôt que de s’amuser. Il y a du travail faire…

 

Loukou Raymond-Alex