Suivez Nous

Afrobeat: l’Afrique à la conquête du monde

Danielle YESSO | | Musique

Le terme afrobeat désigne un mélange de musique traditionnelle, de jazz, de highlife, de funk et de chant accompagné de percussions et de styles vocaux. Ce terme a été inventé et popularisé par le nigérian Fela Kuti.

Tout commence au milieu des années soixante, quand le soûl américain va révolutionner le monde de la musique, mettant ainsi au placard le highlife. Fela Kuti a beau enregistré quelques morceaux dans cette veine, il sait que ce n’est pas la solution. Ne voulant pas changer radicalement de style musical vu que sa musique plait à un certain public, Fela Kuti se met à la recherche de ce qui pourrait faire la différence dans ses chansons.

La soûl tire sa source de rythmes africains, c’est donc la pulsion africaine qui fait bouger le public. Il lui vient alors l’idée de mélanger son highlife habituel avec le rythme de l’Afrique donc « Afrobeat ». Ainsi nait l’afrobeat dans les années soixante-dix.

Avec la mort de Fela Kuti en 1997, l’afrobeat disparait pour réapparaître 30 ans plus tard. Les premières chansons inspirées de ce style ne laissent personne indifférent. Le public africain se laisse emporter par la chanson « african queen » de 2face Idibia. Ensuite nait le Azonto en 2014, crée par le ghanéen Fuse ODG qui est un mélange de sonorités africaines et de musique électro. C’est un style inspiré de danse basée sur les habitudes africaines.

L’afrobeat se présente comme une musique à danser et un vecteur de contestation à l’injustice sociale, à la trahison des valeurs africaines au profit des anciennes puissances coloniales.

C’est au Nigeria que ce style musical s’est  plus développé. Le public nigérian est très conservateur et fait la promotion de ses propres artistes. Les nigérians consomment leur propre musique, ils n’écoutent que ce qui vient de chez eux. Les artistes nigérians ont su mettre en avant l’afrobeat dans leurs chansons. L’on peut ainsi apprécier le son du tam-tam et bien d’autres percussions africaines qui ont su réveiller cette appartenance culturelle qui sommeille en chaque africain. Les chants en langue du terroir, les clips tournés en plein milieu rural, ne pouvaient laisser personne indifférent.

Le Nigeria a ainsi lancé la mode. Aujourd’hui tout le monde prend exemple sur les artistes nigérians en s’inspirant de l’afrobeat. Tout le monde veut s’associer à un eux. Ils  ont acquis une telle notoriété dans le monde que faire un featuring avec eux assure le succès de la chanson.

Les businessmans de l’afrobeat ont bâti une industrie musicale qui a mis l’Afrique à ses pieds. Le reste du monde n’est pas en marge de cette vague révolutionnaire. L’afrobeat a dépassé les frontières du continent, il est aussi bien produit en Amérique qu’en Europe. Des artistes tels que Sidiki Diabaté du Mali  s’associe au français Bouba. Un mélange de rap français et de sonorités africaines baptisé « afrotrap ».

En Amérique, nous avons aussi « l’afropop » qui est l’association de l’hip-hop et des rythmes africains avec des artistes tels que : Akon, Davido, Wizkid (rappelons que ces artistes sont d’origine africaine) etc.

L’afrobeat a aujourd’hui atteint une dimension que Fela Kuti lui-même n’aurait jamais imaginée. L’afrobeat c’est l’Afrique qui se révèle, voire qui s’impose au monde. C’est sans doute la clé pour une Afrique réunifiée qui se veut fière d’elle-même.

 

Danielle YESSO