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« Hair du temps », l’hommage au cheveu afro d’une artiste libano-togolaise

Cyril Verb | | Mode

Source photo : benincultures.com

Bientôt la trentaine. Mais, Mounia Youssef a déjà trouvé son combat. Du moins l’un d’eux. Photographe, designer et graphiste, la jeune métisse veut valoriser le patrimoine culturel africain, singulièrement le cheveu naturel.

Elle a déployé  « Haïr du temps », au Benin où elle vit. Une exposition en l’honneur des cheveux nappy. Les visiteurs qui s’y succèdent découvrent de beaux portraits d’hommes et de femmes arborant fièrement diverses formes de coupes afro. Intercalés entre deux portraits, des messages de sensibilisation font le pont. Sur l’un, lisons « My hair is my pride » (Mes cheveux sont ma fierté). Sur un autre, on voit un point levé avec une arme; un peigne. Illustrant parfaitement le message qui le soutien : « Your comb, your weapon ». Ton peigne, ton arme.

Sur sa  tête, une belle couronne noir laissée au vent. Mounia est une femme convaincue par la richesse de l’authenticité et de la diversité culturelle. Et, ce n’est pas demain la veille qu’elle se frisera les cheveux.

« Les cheveux naturels des afro descendants sont une fierté, une richesse, un patrimoine, ou tout simplement notre identité culturelle. Pendant longtemps, nous avons pensé que les cheveux crépus insinuent la  laideur. Mais c’est très faux. Aujourd’hui, la donne a changé. Même aux Etats-Unis, il y a des mouvements qui revendiquent et qui valorisent les cheveux nappy comme patrimoine des afro descendants. Je m’inscris dans cette logique et à travers cette exposition j’ai présenté les cheveux naturels en  montrant que la chevelure des afro descendants est  l’incarnation de beauté et de splendeur », clame-t-elle.

Un message de réappropriation que l’artiste adresse aux hommes et aux femmes du continent, notamment à la jeunesse. Certes, la mode du nappy gagne du terrain en Afrique. Mais, elle est loin de détrôner le synthétique.

En Côte d’Ivoire et comme dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne, la mode est aux cheveux artificiels. Les femmes dépensent des fortunes pour des coiffures exotiques. L’approche des  fêtes de fin d’année est un moment propice pour ce business des rajouts souvent macabres.

L’exposition de Mounia Youssef qui tire son voile le 12 décembre devrait faire le tour des capitales africaines pour poursuivre sa démarche de sensibilisation  sur « la nécessité de la réappropriation de cette valeur du patrimoine culturel ».

Certaines femmes et hommes du continent attendent-ils que L’UNESCO déclare les cheveux crépus et la peau noire comme patrimoines mondiaux avant de cesser de se décaper. Qui sait!

 

 Cyril Verb