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Burkina Faso : Le « Faso Dan Fani » veut remplacer l’uniforme kaki des écoles

Cyril Verb | | Mode

Substituer l’uniforme Kaki en  Faso Dan Fani. Une  préoccupation majeure exprimée par les  tisserands burkinabé. Dans le pays, certains établissements scolaires notamment le lycée Thomas Sankara ont décrété ce tissu local en  uniforme.

Insuffisant ! Estiment les tisserands qui souhaitent la généralisation de la mesure dans tout le pays. Une volonté noble pour un développement durable. La question de l’appropriation des valeurs culturelles africaines rescapées dont les tissus imprimés par les populations locales refait surface. Au Faso, cet élan butte cependant sur divers problèmes. Des difficultés principalement structurelles.

L’absence de moyens d’accompagnement face au niveau de concurrence dans l’industrie textile pèse énormément sur l’accessibilité du Dan Fani pour cette population majoritairement pauvre. Le tissu nécessaire pour la confection d’une tenue scolaire avoisine 5 000 – 6 000 F CFA pour le Dan Fani contre 2 000 F CFA le kaki. L’amour pour le Danfani aura ainsi beau brûlé les cœurs des parents d’élèves, ils préfèrent de loin le kaki surtout que le total (achat de tissu + confection) leur revient à près de 3 500 F CFA. Le pouvoir d’achat dans ce pays est faible.

Selon les tisserands, la cherté du pagne local sur les marchés est due en partie au coût élevé du matériau. Ils achètent le rouleau de fil à 2 000 FCFA auprès de la Filature du sahel, la seule usine du pays. Ajouté à cela, les autres frais de production –  teinture, main d’œuvre – font que «  le pagne ne peut pas être vendu à moins de 5 000 F CFA », explique les dirigeants   de la Fédération nationale de tisserands.

Le Burkina Faso exporte une grande partie de sa production de coton. Le fil brut. La diminution des taxes sur le fil est réclamée. Une libéralisation et un développement de l’industrie textile locale également. Des conditions loin d’être remplies. La Filature du Sahel estime ses prix de vente extrêmement abordable. Alors elle les maintient. Interpellé de part et autres, le gouvernement reste timide.

Abdoulaye Kouanda montre une voie pour contourner les difficultés structurelles et politiques. Cet ancien pionnier de la révolution conduite par le défunt Sankara, farouche défenseur de ce pagne, a inclus le métier à tisser dans les modules de formation au sein de son établissement. Cela permet « d’initier les enfants, dès leur plus jeune âge, à porter le Faso Dan Fani, le pagne traditionnel, mais aussi à le fabriquer ». Les premiers résultats sont encourageants.  Les élèves produisent les pagnes sur place. Ces pagnes sont revendus aux parents d’élèves au même prix que le kaki, 2 000 F CFA.  Un marché local concurrentiel est créé en impliquant le consommateur dans la chaîne de production.

Le pays compte 50 000 tisserands. Assez pour fournir le tissu nécessaire à la confection des uniformes Dan Fani aux élèves, estime-t-on à la Fédération des tisserands.

Le Wax et les pagnes contrefaits sont  encensés sur le continent. Cet imprimé d’origine néerlandaise est perçu comme  « un pagne africain ». L’argument marketing profite à l’entreprise. Les pagnes locaux sont lésés, relégués presqu’au rang de vestiges. Les populations autochtones et internationales leur font un clin d’œil touristique au passage.

À l’instar des autres pays du continent la Côte d’Ivoire pays cosmopolite, frontalier au Burkina Faso, possède une diversité de tissus locaux ( pagne Baoulé, Sénoufo, Yacouba, Dida, Gourou etc) dont le processus le fabrication reste encore artisanal. Les politiques publiques pour la promotion de ces valeurs du continent africain manquent encore. L’industrie vestimentaire est inondée par les fripes autant que le secteur automobile et autres. Enfoncée dans ces amas, la créativité locale imprégnée depuis des lustres par une vision économique fondée sur une production durable et écologique, peine à se frayer un chemin face à de puissants affairistes.

 

Cyril Verb