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Sortie de livre: “Raison d’état” de André Sylver Konan: Sur un air de déjà lu.

Zacharie Acafou | | Litterature

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« Je suis décédé aujourd’hui. Je savais que cela finirait par arriver. Je m’y étais presque résigné. (…). Cela a duré juste quelques petites minutes. A mesure que j’approchais la fin, mon cœur se vidait de toutes les frustrations accumulées, de toutes les humiliations supportées, de toutes les blessures non cicatrisées. »

Voici commencé par ces tournures fort étranges mais non sans beauté, le récit du journaliste ivoirien André Sylver Konan dans son dernier roman intitulé « Raison d’Etat ». Une œuvre qui raconte les déboires d’Eric Moayé face à l’injustice grandissante dans laquelle il vit, la corruption, la violence à n’en point finir, et tant qu’il en faut…

Brillant et jeune étudiant qui a su gravir tous les échelons universitaires pour asseoir ses compétences dans un cabinet spécialisé qu’il a crée avec le soutient de son beau père, Eric Moayé est parvenu au fil des années à s’ériger une notoriété et à fidéliser ses clients tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de son pays. Une vie douce, amoureuse et sans histoire qu’il menait auprès de sa femme katy qui n’avait de cesse de lui reprocher sa trop grande confiance aveugle envers les personnes qui l’approchaient… Avait-elle raison ? La suite du récit finira par le confirmer après la rencontre d’une dame cupide au possible qui mettra tout en œuvre pour combattre Eric Moayé et ce, jusqu’à son dernier souffle.

« Raison d’état » raconte avec humour parfois les infinies tares qui gangrènent nos sociétés africaines . Justices corrompues à souhait, barbaries policières, hommes politiques au dessus des lois et mainmise de ces derniers sur les institutions les plus importantes du pays.

Si l’auteur excelle dans le renouvellement des scènes tour à tour tristes, drôles ou surprenantes, son récit s’épuise vite hélas et se dissout sans efforts. Une causerie facile semée par intervalles de mots vifs est presque l’un des seuls mérites qui le distinguent. Derrière donc ce récit réaliste qu’on peut certes admirer pour la beauté de l’écriture, se profile hélas au loin, l’ombre du déjà-vu et du déjà lu de toutes ces littératures africaines dites “dénonciatrices” qui pullulent dépuis déjà bien longtemps les librairies. En sommes , rien de bien nouveau sous les tropiques.

On perçoit (hélas?) à la fin de la lecture de son ouvrage, le souvenir d’un André Sylver Konan, excellent journaliste à l’esprit distingué et ouvert, plus que d’un écrivain durable.