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Sortie de livre : Omar Ba, “Je suis venu, j’ai vu, je n’y crois plus”.

Zacharie Acafou | | Litterature

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« Rentrer ne doit plus horrifier (…) Je veux faire comprendre aux jeunes d’Afrique que cette Europe ne vaut pas la peine de risquer sa vie » A tous les malheureux Africains tentés par l’immigration clandestine, l’auteur leur lance dans son livre ce message dérangeant:

«  Il faut que cesse cette ruée vers l’Europe. (…) Si vous croyez que l’Europe est la solution à vos problèmes, ne venez pas ! Rêvez plutôt d’Afrique !” ». Oui, mais sauf que Omar Ba, en France depuis 6 ans, n’a jamais “rêvé d’Afrique”. Il a plutôt rêvé d’Europe pour finalement y arriver clandestinement au péril de sa vie. Il a voulu atteindre à tout prix l’eldorado comme des milliers de jeunes africains. Il a connu les pirogues, les centres de rétentions et autres humiliations qui s’en accommodent. Il est finalement venu, a vu et n’y crois plus, car il ne trouvera rien des belles images de l’Eldorado qui circulent abondamment en Afrique…

Après “Soif d’Europe : témoignage d’un clandestin”, dans lequel il racontait son périple de trois ans pour émigrer en Europe, Omar Ba publie un nouveau récit. Dans “Je suis venu, j’ai vu, je n’y crois plus”, il exprime ses désillusions face à une Europe qui se révèle loin du paradis imaginé, et dénonce ouvertement le mythe tenace d’un eldorado européen. Il tente, au travers de son histoire excellemment racontée, de mettre en exergue les mensonges et les fantasmes qui font de l’Europe le nouvel Eldorado. Quel immigré ose raconter à sa famille son quotidien prolétaire et souvent misérable? chômage, logement, papiers…Lorsqu’il part au pays pour ses vacances, chargé de cadeaux, il a souvent dû s’endetter auprès de sa banque. Tels des rapaces, les proches savent souvent transformer un parent immigré en « vache à lait ». Et le téléphone de prolonger le harcèlement: «  aujourd’hui, il m’arrive de ne pas répondre aux appels qui viennent d’Afrique » écrit-il.

Pour Omar BA, le mal est dans les têtes. Les jeunes africains n’ont de cesse de voir des films et téléfilms occidentaux où tout n’est qu’ordre, luxe, calme et volupté. L’effet dévastateur du mythe de l’eldorado européen a donc pour conséquence de jeter à la mer chaque année des milliers d’Africains portés par la promesse d’une vie dorée, et parfois les tue. Encore tiraillé par l’envie pressante de repartir et la nécessité de rester, il plaide pour que cesse ce mensonge meurtrier et pour que ses amis et sa famille encore au pays “rêvent d’Afrique”. Enfin, l’auteur remet en cause l’école publique africaine, qui tournée vers l’Europe, dédaigne les réalités africaines et incite in fine, la jeunesse diplômée à déguerpir.

Si le mérite de ce livre réside essentiellement dans la dénonciation des fausses images sans cesse véhiculées par une Europe qui fait rêver, l’auteur peine toutefois à convaincre sur les véritables raisons de rester au pays, de penser et de “rêver d’Afrique” Il s’évertue à peindre une Europe économiquement malade, injuste, sans toutefois pointer du doigt les interminables tares qui, pis encore, font fuir des milliers de jeunes africains. Les histoires tristes et déplorables d’immigrés clandestins vivant en Europe suffisent-elles à dissuader une jeunesse fortement attirée par le mythe de l’eldorado? L’auteur survole tel dans un affreux discours d’homme politique, une vision parfois limitée des jeunes africains (comme si quitter l’Afrique était le projet commun à tous les jeunes de ce continent)…et cela, sans doute, rend le livre parfois insupportable… Si le discours politique est pour sûr excellent et peut largement tirer profit de ce livre, la littérature, elle, outre quelques phrases sublimes écrites pas l’auteur, en début d’ouvrage notamment, n’y gagne pas grand-chose…

Je suis venu, j’ai vu, je n’y crois plus de OMAR BA, Editeur Max Milo (avril 2009)